Trente ans de conservation, en cinq rendez-vous

Résumé IA
Les 7 et 11 septembre 2026, la province Sud organise cinq visites terrain pour les délégations de la Conférence des îles du Pacifique sur la conservation de la nature. Elle présente ses résultats, notamment près d'un millier de cagous contre soixante en 1984, et un budget environnemental de 359 549 020 FCFP.
Soixante cagous en 1984. Près d'un millier aujourd'hui. Pendant que le Pacifique débat, la province Sud, elle, compte ses résultats.
Une compétence exercée, pas revendiquée
Il y a les colloques, et il y a le terrain.
Du 7 au 11 septembre 2026, le Centre culturel Tjibaou accueille la 11ᵉ Conférence des îles du Pacifique sur la conservation de la nature, portée par le PROE/SPREP et le Pacific Islands Roundtable for Nature Conservation. Des acteurs venus de toute la région, des tables rondes, des échanges. Le format est connu. Ce qui l'est moins, c'est ce que la Nouvelle-Calédonie a décidé d'y opposer : jeudi 10 septembre, la province Sud emmène les délégations dehors.
Cinq temps forts. Cinq sites. Aucune diapositive.
Le rappel institutionnel mérite d'être fait, parce qu'il est trop souvent escamoté. Depuis les accords de Matignon-Oudinot de 1988 et la loi organique du 19 mars 1999, les provinces exercent en Nouvelle-Calédonie une compétence de droit commun en matière d'environnement. Sur son territoire, la province Sud est la seule institution compétente, l'action du gouvernement calédonien dans ce domaine se limitant au Parc naturel de la Mer de Corail.
Autrement dit : ce n'est pas une compétence que l'on réclame dans les tribunes. C'est une compétence que l'on exerce, depuis trente-cinq ans, avec un code de l'environnement propre, adopté dès l'origine.
Plus de trois décennies de politique de conservation continue. En 2025, le budget provincial consacré à l'environnement s'élevait à 359 549 020 FCFP.
Ce chiffre-là, personne ne l'a scandé dans une conférence internationale. Il a simplement été voté, puis dépensé.
Le cagou, la tortue et le palmier : la preuve par le terrain
Commençons par ce qui ne trompe pas : les courbes.
Au Parc provincial de la Rivière Bleue, où les délégations sont attendues à 9 h pour une visite courant jusqu'à 12 h 30, le programme de réintroduction du cagou tourne depuis plus de quarante ans. Résultat : environ 1 000 individus estimés aujourd'hui, contre 60 lors du premier recensement, en 1984. Un relâcher de cagous est prévu sur place.
Multiplier par seize la population d'un oiseau emblématique en quarante ans, cela ne relève pas de l'incantation. Cela relève de la gestion.
Les visiteurs y découvriront aussi le plan de sauvegarde du Palmier chou, espèce rare et menacée dont il n'existe qu'un seul individu producteur de graines. Un seul. Sur ce dossier, la province travaille avec Prony Ressources et l'IAC, la coopération entre puissance publique et acteurs économiques n'y est pas un gros mot, elle y est un outil.
Quelques repères sur ce parc : 73 millions F CFP de budget annuel, 17 agents provinciaux en charge de la gestion, de l'entretien, de l'accueil du public et des programmes de conservation palmier chou, cagou, méliphage noir, 110 millions FCFP inscrits au contrat de développement pour sécuriser les traversées du parc, et près de 30 000 visiteurs en 2026.
Deuxième séquence, maritime celle-là. De 8 h à 15 h, de l'Aquarium des Lagons au centre de soins, puis à l'aire protégée de l'îlot Maître. À midi, Georges y sera relâché : une tortue verte de 120 kilos, recueillie après son échouage sur ce même îlot en juin 2026, soignée depuis par l'Aquarium.
Une tortue de 120 kilos qui retourne à l'eau, cela vaut tous les rapports d'étape.
Derrière l'image, une mécanique. 65 millions F CFP de subvention annuelle versés par la province Sud à l'Aquarium pour ses missions de soins et de réhabilitation. 20 gardes-nature provinciaux qui sensibilisent chaque année plus de 10 000 usagers à la protection des espèces menacées tortues, dugongs, baleines, oiseaux, à la réglementation des aires protégées et aux règles de la pêche et de la chasse. Ils sont épaulés par les bénévoles du réseau d'échouage, mis en place par la Province en 2023.
À Bourail, enfin, le parcours démarre à 10 h 30 à l'Office du tourisme et s'achève à 15 h 30. Forêt sèche du Domaine de Deva entre 10 h 30 et 11 h 30, Roche Percée de 13 h à 13 h 45, Baie des Tortues de 14 h à 15 h 30. Cinq agents provinciaux un chargé d'études et quatre gardes nature assurent la gestion de l'aire protégée. La journée associe l'Agence néo-Calédonienne de la biodiversité (ANCB), Vision Kanak de l'Océan et la mairie de Bourail.
Coutumiers, communes, agences, province : tout le monde autour de la même table. Sans tribune.
Dumbéa, ou la conservation face au réel
Reste le quatrième site. Et il ne raconte pas une success story.
Au parc de la Dumbéa, de 8 h à 11 h 30, les conférenciers verront ce que la conservation affronte vraiment : les feux de forêt et les espèces envahissantes. Impact des incendies sur la biodiversité et sur la ressource en eau, plantations de reconquête, plan de gestion contre le scarabée rhinocéros, découverte du NebuloBus de l'association Dumbéa Rivière Vivante. La visite se fait avec le soutien de la DRV et du WWF.
Là encore, des moyens : cinq agents provinciaux, une subvention d'environ 3 millions F CFP à la DRV, le financement de deux emplois PPIC. Et 295 millions FCFP de financement France Relance à venir pour le parc, aires d'accueil, voies d'accès, parking.
France Relance. Le mot est écrit noir sur blanc dans le dossier de presse.
Ceux qui expliquent que la Nouvelle-Calédonie n'aurait rien à attendre de la République liront avec profit cette ligne budgétaire.
Cinquième temps fort, celui-ci ouvert à tous : ce mercredi 9 septembre à 18 h, à l'auditorium de la province Sud, une conférence intitulée « Conserver ensemble : L'action de la province Sud et de ses partenaires pour les espèces protégées ». Tortues, cagous, palmier chou, méliphage noir. La séance se tiendra en anglais, dans la limite de 200 places.
Reste l'essentiel. Face aux délégations du Pacifique, la province Sud n'arrive pas les mains vides, ni en demandeuse de leçons. Elle arrive avec un code de l'environnement, trois décennies de continuité, des agents sur le terrain et une population de cagous multipliée par seize.
Ce n'est pas un plaidoyer. C'est un bilan.
(Crédit photo : Parc Provincial de la Rivière Bleue)

