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Au delà du récif

L'école française touche le fond

9 septembre 2026 à 05:12
5 min de lecture
L'école française touche le fond

Résumé IA

Le classement PISA 2025, publié par l'OCDE, révèle pour la France ses résultats les plus bas jamais enregistrés, avec notamment 458 points en mathématiques et 456 en compréhension de l'écrit. L'Estonie se distingue comme la meilleure européenne en sciences et mathématiques, tandis que les juridictions chinoises dominent le classement mondial.

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Le classement PISA 2025 est tombé mardi. Les chiffres, eux, ne se négocient pas. Jamais la France n'avait signé d'aussi mauvais résultats depuis qu'elle est évaluée.

Un décrochage français que plus personne ne peut maquiller

L'OCDE a publié le 8 septembre 2026 les résultats de son enquête PISA 2025. Plus de 760 000 élèves de 15 ans, dans 91 pays ou régions, évalués en sciences, en mathématiques et en compréhension de l'écrit. Le protocole est le même depuis 2000. Les conclusions, elles, sont de plus en plus difficiles à entendre pour Paris.

La France obtient 483 points en sciences, très exactement dans la moyenne des pays de l'OCDE, fixée à 482. Le reste est nettement moins flatteur : 456 points en compréhension de l'écrit contre une moyenne de 461, et 458 en mathématiques contre 463. Traduit en rangs mondiaux, cela donne une 27e place en sciences, une 28e en lecture et une 33e en mathématiques.

Ce sont les résultats les plus bas jamais mesurés pour notre pays depuis la création de ce classement. Pas les plus bas depuis dix ans. Les plus bas, tout court.

Le détail achève le tableau. Depuis l'édition 2022, déjà catastrophique, la France perd encore 4 points en sciences, 18 en lecture et 16 en mathématiques. La chute est particulièrement brutale là où elle fait le plus de dégâts : lire, comprendre, calculer. C'est-à-dire, très concrètement, l'accès à tout le reste.

On entendra les excuses habituelles. Le Covid, les écrans, les inégalités, le manque de moyens. Elles ont toutes une part de vérité et aucune n'explique pourquoi d'autres pays, soumis aux mêmes chocs, s'en sortent. La pandémie a frappé partout. Les smartphones existent aussi à Tallinn, à Varsovie et à Bratislava. La différence ne se joue pas sur les circonstances, mais sur ce qu'un pays décide d'exiger de son école.

Car la crise n'est pas seulement française. En moyenne, dans l'OCDE, les élèves plafonnent à 482 points en sciences, 461 en lecture et 463 en mathématiques. Sur dix ans, la baisse atteint 7 points en sciences, mais 22 en mathématiques et 28 en compréhension de l'écrit. Le naufrage est occidental. Ce n'est pas une consolation, c'est une alerte.

L'Estonie, ou la preuve par les faits qu'on peut réussir

Il existe pourtant une exception européenne, et elle ne doit rien au hasard. Avec 527 points en sciences et 508 en mathématiques, l'Estonie signe les meilleurs résultats des Vingt-Sept dans ces deux disciplines. En lecture, ses 499 points la placent juste derrière l'Irlande et ses 500 points. Ce petit pays balte de 1,3 million d'habitants figure désormais parmi les dix meilleurs systèmes éducatifs du monde dans les trois matières évaluées.

Derrière, l'Europe se tient. La Finlande atteint 504 points en sciences, l'Irlande 500. La Pologne complète le trio de tête européen en lecture avec 482 points, et se hisse à 484 en mathématiques, juste devant les Pays-Bas et leurs 483 points.

Le bas du tableau, lui, est cruel. Chypre affiche le score scientifique le plus faible de l'Union avec 411 points, devant la Bulgarie (421) et la Roumanie (425). En compréhension de l'écrit, Chypre ferme encore la marche avec 379 points. En mathématiques, c'est la Bulgarie qui termine dernière, à 405 points.

Le plus instructif reste l'évolution depuis 2022. La Lettonie s'effondre : -25 points en sciences, -45 en compréhension de l'écrit, -23 en mathématiques. Malte perd 31 points en lecture et 27 en mathématiques. La Slovénie recule sur les trois tableaux.

Et puis il y a la Slovaquie. Seule véritable exception du continent, elle progresse de 13 points en sciences et de 5 en mathématiques, tout en stabilisant sa lecture. L'Autriche et l'Italie gagnent elles aussi 6 points en sciences. Modeste, mais réel. Ces pays n'ont pas bénéficié d'une météo pédagogique plus clémente que la nôtre. Ils ont simplement choisi de remonter la pente.

L'Asie loin devant, et la fin d'un confort intellectuel

Au niveau mondial, la hiérarchie ne bouge pas d'un pouce. Les juridictions chinoises de Pékin, Shanghai, du Jiangsu et du Zhejiang, regroupées par l'OCDE sous le sigle P-S-J-Z, dominent les sciences avec 597 points. Singapour suit à 560, puis Macao (541), Taïwan (540) et le Japon (538). L'Estonie arrache la sixième place et devient le premier pays européen du classement, devant la Corée du Sud. Le Royaume-Uni est huitième avec 511 points, le Canada neuvième.

En mathématiques, l'écart devient vertigineux. Les territoires chinois culminent à 612 points, contre 463 de moyenne dans l'OCDE. Soit 149 points de différence. Singapour suit à 563, Macao à 549, Taïwan à 546. L'Estonie se classe huitième avec 508 points, la Suisse neuvième avec 499.

En compréhension de l'écrit, Singapour prend la tête avec 535 points, devant les territoires chinois (527) et Taïwan (508). L'Irlande sauve l'honneur européen avec 500 points, l'Estonie suit à 499, le Royaume-Uni à 494.

Une précision s'impose, et l'OCDE la formule elle-même. Ces scores sont des estimations bâties sur des échantillons d'élèves, assorties d'une marge d'erreur. Deux résultats séparés de deux ou trois points ne traduisent pas forcément une différence réelle de niveau. L'organisation invite d'ailleurs à interpréter avec prudence les données du Canada et de la Nouvelle-Zélande, dont les normes d'échantillonnage n'ont pas toutes été respectées.

Mais cette prudence statistique ne change rien à l'essentiel. Ce ne sont pas les rangs qui accusent, ce sont les trajectoires. Et la trajectoire française descend, année après année, édition après édition, sans que rien n'inverse la pente.

Dix-huit points perdus en lecture en trois ans, ce n'est pas une marge d'erreur. C'est une génération d'élèves qui comprend moins bien ce qu'elle lit que celle qui la précédait. Dans un pays qui a bâti son influence sur sa langue, sa littérature et son école publique, le symbole est lourd.

L'Estonie, la Pologne, la Slovaquie ne disposent ni de nos moyens budgétaires, ni de notre histoire scolaire, ni de notre prestige académique. Elles font mieux. Voilà le seul enseignement qui compte vraiment dans ce rapport, et il n'appelle ni fatalisme, ni contrition, ni discours sur les excuses sociales. Il appelle des décisions.

(Crédit photo : SYSPEO/SIPA)