Nickel : en Indonésie, les producteurs chinois envisagent de réduire fortement leur production

Résumé IA
Des groupes chinois du secteur du nickel en Indonésie envisagent de réduire leur production jusqu’à 30 % face à la baisse des cours et à la hausse des coûts, notamment du soufre. Aucun accord définitif n’a été conclu, mais cette éventuelle diminution illustre un changement majeur après des années d’expansion rapide.
Le géant indonésien du nickel commence à subir les effets de la faiblesse des cours et de la hausse de ses coûts de production. Plusieurs groupes chinois envisagent désormais de réduire la cadence de leurs usines.
Une baisse pouvant atteindre 30 % de la production de certaines installations est actuellement évoquée, alors que les marges des producteurs se dégradent.
Les groupes chinois réfléchissent à une baisse de 30 %
Plusieurs entreprises chinoises actives dans le nickel en Indonésie ont récemment engagé des discussions sur une éventuelle réduction de leur production. Des groupes liés notamment à Tsingshan Holding Group, GEM, Lygend Resources & Technology et Zhejiang Huayou Cobalt étudieraient une diminution des taux d'exploitation de leurs installations utilisant le procédé HPAL, ou lixiviation acide sous haute pression.
Selon les informations rapportées, une proposition évoquée lors des discussions consisterait à réduire la production d'environ 30 % pour chaque entreprise concernée. Aucun accord définitif n'a cependant encore été trouvé.
La coordination d'une telle diminution entre plusieurs industriels constitue notamment l'une des principales difficultés du projet.
Le nickel et le cobalt pèsent sur les marges
Ces installations produisent notamment du MHP, ou précipité d'hydroxydes mixtes, un matériau contenant du nickel et du cobalt utilisé dans la chaîne d'approvisionnement des batteries.
Or, la baisse des cours de ces deux métaux fragilise directement la rentabilité des installations.
Le marché du nickel raffiné a notamment connu une forte baisse en juin, tandis que les cours du cobalt ont également reculé ces dernières semaines.
Cette situation intervient alors que l'offre de cobalt a recommencé à augmenter après l'assouplissement des restrictions à l'exportation décidées par la République démocratique du Congo.
Pour les producteurs indonésiens, l'équation devient donc de plus en plus complexe : les prix de vente diminuent alors que plusieurs coûts industriels progressent.
Le coût du minerai augmente en Indonésie
Le gouvernement indonésien a parallèlement relevé le prix du minerai de nickel, notamment afin d'augmenter les revenus tirés de ses ressources naturelles.
Cette politique réduit mécaniquement les marges des industriels chargés de transformer le minerai.
Les groupes chinois implantés dans le pays doivent également composer avec l'évolution des quotas miniers et des politiques décidées par Jakarta.
Ces changements interviennent après plusieurs années d'expansion spectaculaire de l'industrie indonésienne du nickel, largement soutenue par les investissements chinois.
Le prix du soufre devient un problème majeur
Un autre facteur pèse désormais lourdement sur les producteurs : la hausse du prix du soufre.
Le soufre constitue un élément essentiel du procédé HPAL utilisé pour transformer certains minerais de nickel.
La hausse de son prix, alimentée notamment par les tensions au Moyen-Orient, augmente donc directement les coûts de fonctionnement des installations.
Le phénomène avait déjà provoqué des ajustements quelques mois plus tôt.
En avril, Zhejiang Huayou Cobalt avait annoncé une réduction d'environ 50 % de la production d'une importante usine située à Weda Bay, précisément en raison de l'augmentation du coût du soufre.
Le modèle indonésien du nickel sous pression
Depuis une dizaine d'années, l'Indonésie a profondément transformé le marché mondial du nickel.
Grâce à ses immenses réserves et aux investissements massifs de groupes chinois, le pays a développé rapidement ses capacités minières, métallurgiques et de raffinage.
Jakarta est ainsi devenu un acteur central de la chaîne mondiale du nickel et des matériaux destinés aux batteries.
Mais la faiblesse persistante des prix commence désormais à mettre cette industrie sous pression.
Les producteurs doivent simultanément absorber des coûts plus élevés pour le minerai, le soufre et leurs opérations industrielles, tout en vendant leurs produits dans un marché moins rémunérateur.
Une réduction de l'offre pourrait changer la donne
Une baisse significative de la production indonésienne pourrait toutefois avoir des conséquences sur l'ensemble du marché mondial du nickel.
Pour l'instant, les discussions entre industriels n'ont pas débouché sur une décision commune.
Mais le simple fait que plusieurs groupes chinois envisagent désormais des réductions pouvant atteindre 30 % illustre le changement de climat dans une industrie qui a longtemps privilégié une expansion extrêmement rapide de ses capacités.
Après plusieurs années durant lesquelles l'augmentation de l'offre indonésienne a profondément pesé sur le marché mondial, la question devient désormais celle de la rentabilité de cette production.
Une évolution particulièrement importante à suivre pour l'ensemble des autres territoires producteurs de nickel.
