Le FIP a chuté de 24% : la ressource des communes s'effondre

Résumé IA
La maire de Nouméa, Sonia Lagarde, a annoncé le 4 septembre avoir été informée par le président du gouvernement d’une baisse imminente du Fonds intercommunal de péréquation (FIP), qu’elle avait déjà anticipée. Elle avertit que cette diminution, liée à la chute des recettes fiscales calédoniennes, pourrait ramener la ville à la situation difficile de 2024, l’empêchant d’investir et de soutenir le BTP.
Interrogée sur RRB le 4 septembre, la maire de Nouméa Sonia Lagarde raconte un échange avec le président du gouvernement, trois semaines plus tôt. "Madame le Maire, j'ai une mauvaise nouvelle pour vous", lui aurait-il dit. Elle répond avant qu'il ne poursuive : "Vous allez nous baisser le FIP." Il demande comment elle le savait déjà. Elle l'avait anticipé en lisant, dans la presse, une baisse des ressources fiscales de 50 milliards de francs.
Sa réponse, telle qu'elle la rapporte : "Vous allez amener les communes dans le mur si vous faites ça." Et la réponse du président du gouvernement, toujours selon elle : "Oui, mais je n'ai pas beaucoup de marge de manœuvre." Il aurait ajouté être incapable de payer les centimes additionnels jusqu'à la fin de l'année.
Le mécanisme
Les communes calédoniennes ne lèvent pas l'essentiel de leur argent elles-mêmes. Elles reçoivent une part des impôts perçus par la Nouvelle-Calédonie, via le Fonds intercommunal de péréquation, le FIP. Ce fonds ne peut être inférieur à 16% de l'assiette définie par la loi organique. La quote-part exacte est arrêtée chaque année par décret, sur proposition du ministre chargé des outre-mer, après consultation du Congrès et avis du haut-commissaire.
Conséquence directe : quand les recettes fiscales du territoire baissent, celles des communes baissent mécaniquement, sans qu'aucun maire n'ait rien décidé. Une régularisation à la hausse est prévue si l'assiette se révèle finalement plus favorable que prévu. Aucune régularisation à la baisse n'existe dans le sens inverse.
Les chiffres
Le budget de répartition, qui finance les provinces, les communes et la Nouvelle-Calédonie elle-même, se situait entre 113 et 115 milliards de francs les années précédentes. Il est descendu à 113 milliards en 2025, puis à 101 milliards en 2026, selon l'examen du budget primitif au Congrès du 19 février 2026. Soit environ 12 milliards de moins en un an, plus de 10%.
La répartition 2026 attribue 56 milliards aux provinces (27,6 au Sud, 18,2 au Nord, 10,1 aux Îles), 16,9 milliards aux communes, et 28 milliards à la Nouvelle-Calédonie elle-même.
L'impact est déjà mesuré. Selon l'Observatoire des communes 2025 de l'Agence française de développement, présenté le 4 décembre 2025, les recettes de fonctionnement des communes ont baissé de 14%, le FIP a chuté de 24%, l'épargne brute est réduite à 7,3 milliards de francs, un quart de moins qu'en 2023, et l'investissement communal s'est établi à 13,8 milliards en 2024.
Pascal Vittori, maire de Boulouparis et président de l'Association française des maires, décrivait en décembre 2025 une année 2026 "compliquée", avec un budget de répartition "bien en dessous" des années précédentes. Il évoquait des communes menacées de cessation de paiement, des contrats non renouvelés et des reports d'investissements ayant touché l'emploi local et le BTP.
La Chambre territoriale des comptes indiquait en décembre 2025 que la dette des collectivités calédoniennes atteignait 197 milliards de francs en 2024, en hausse de 23 milliards sur l'année, et que la durée moyenne de désendettement des trente-trois communes était passée de 3,5 à 5 ans. Selon l'Observatoire de l'AFD, les communes de l'agglomération portent une dette représentant 86,3% de leurs recettes, contre 50,1% pour les autres, pour un seuil d'alerte fixé à 90%. Plus de 70% de l'encours communal est détenu par l'Agence française de développement.
Le cas de Nouméa
Un document officiel de la Ville, présenté au débat d'orientation budgétaire du 4 mars 2025 et publié sur noumea.nc, s'intitule "Un endettement modéré et une solvabilité satisfaite". L'encours de la dette y est chiffré à 15,1 milliards de francs à la clôture 2024, soit environ 126 millions d'euros, pour un taux d'endettement de 82,6% des recettes, sous la limite de 150% préconisée par les bailleurs. La capacité de désendettement y est de 4,8 années, contre 3,5 en 2023, et 89% de la dette est à taux fixe, avec une extinction du stock prévue en 2044.
Le même document précise : "En raison d'une situation de trésorerie très critique, le remboursement de la dette en capital au titre des échéances du 2e semestre 2024 a été différé en 2025."
L'exercice 2024 a été tenu grâce à deux recettes exceptionnelles : 5 milliards de francs versés par l'État en fin d'année au titre de centimes additionnels attendus depuis janvier, et 5 milliards versés par l'assureur de la Ville au titre du sinistre de mai 2024. Lors du débat budgétaire, un élu a résumé : "Sans les 5 milliards de francs des assurances, qui sont une recette exceptionnelle, on n'aurait pas pu équilibrer le budget."
En mars 2025, LNC rapportait que la diminution attendue des ressources entraînerait une chute du taux d'épargne, "qui deviendrait nulle à partir de 2026", et que la ville ne serait plus en mesure de proposer un programme d'investissement, faute de pouvoir le financer ni par l'épargne ni par l'emprunt.
Le budget 2026, voté le 25 février, s'établit finalement à 25,14 milliards de francs en recettes et 23,77 milliards en dépenses. La ville n'emprunte pas cette année. L'écart avec le scénario annoncé un an plus tôt s'explique par la réutilisation d'une partie de l'excédent dégagé en 2025. Les dotations de l'État, de la Nouvelle-Calédonie et de la province Sud, première source de financement à 7,06 milliards de francs, reculent de 312 millions sur un an. Le FIP est évalué à 3,5 milliards, sur une hypothèse que la commune qualifie elle-même de prudente.
Pendant le débat budgétaire, l'élu Emmanuel Bérart notait : "Le budget 2026 peut sembler confortable, mais c'est un épiphénomène. Si l'on enlève les recettes exceptionnelles, la situation est très différente."
Ce que dit la maire pour 2027
"Au moment où je vous parle, je ne suis pas très optimiste", indiquait Sonia Lagarde le 4 septembre. "Les calculs qui ont fait la réunion que j'ai pu avoir avec les services hier nous laissent présager rien de bon si on ne nous maintient pas le FIP." Elle évoque un budget de répartition qui pourrait redescendre à 98 milliards de francs, un niveau qui ramènerait Nouméa, selon elle, à la situation de 2024 : plus assez pour le fonctionnement, plus d'investissement, et en fin d'année plus de quoi payer les intérêts de la dette.
L'argument de fond
"On ne peut pas baisser le FIP aux communes parce que ce sont les communes qui investissent, c'est elles qui font travailler le BTP", explique Sonia Lagarde. "Et donc on tourne en rond à ce moment-là, parce que si jamais on n'a plus d'argent, eh bien on ne pourra plus faire d'investissements et donc on ne pourra plus faire travailler le BTP." Elle ajoute : "Quand on va chercher de l'argent à Paris, c'est bien, mais je crois qu'il faudra regarder tout ça de manière globale."
C'est la seule voix publique à avoir posé ce lien pendant la semaine de négociations à Paris.
Paris
Du 1er au 5 septembre, une délégation de neuf élus a obtenu de l'État un engagement financier pour 2026 et 2027, et l'ouverture d'une négociation sur un contrat pluriannuel courant jusqu'en 2031. Le Fonds intercommunal de péréquation, lui, dépend des recettes fiscales de la Nouvelle-Calédonie, passées de 209,9 milliards de francs en 2023 à 159,5 milliards en 2025.
L'aide arrive au sommet. La baisse se répercute en bas.

