Ouvéa rouvre son ciel

Résumé IA
La chefferie de Banutr autorise de nouveau les appareils d'Air Calédonie à se poser sur l'aérodrome de Hulup, à Ouvéa. Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a salué cette décision, les premiers vols étant attendus à compter du jeudi 10 septembre.
Pendant des mois, une piste d'atterrissage fermée a suffi à mettre une île entière au ralenti.
Le 10 septembre, les avions d'Air Calédonie se poseront de nouveau à Ouvéa.
Hulup rouvre, et c'est une décision de raison
La nouvelle est tombée lundi 7 septembre. La chefferie de Banutr autorise de nouveau les appareils d'Air Calédonie à se poser sur l'aérodrome de Hulup, à Ouvéa. Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a salué la décision dans un communiqué.
Les premiers vols sont attendus à compter du jeudi 10 septembre, conformément à la résolution adoptée par la chefferie.
Trois jours entre l'annonce et le décollage. Après ce qui a précédé, c'est peu.
Car il faut nommer les choses. Ce n'est pas une ouverture, c'est une réouverture après plusieurs mois de blocage. La distinction n'est pas cosmétique. Elle dit l'essentiel de ce qui s'est joué à Iaai depuis le printemps : une population privée d'un accès aérien qui, dans un archipel, ne relève pas du confort mais de la nécessité.
Le gouvernement met en avant les motifs invoqués par les autorités coutumières pour justifier la levée : la situation sanitaire et sociale de l'île, les difficultés d'accès aux soins, les conséquences sur l'éducation, sur l'économie, sur la liberté de circulation des habitants.
Autrement dit, le réel a fini par l'emporter.
Le communiqué parle d'un geste responsable en faveur de l'intérêt général et de la continuité des services essentiels. Le mot est juste. Il vaut aussi comme constat implicite : pendant des mois, cette continuité n'a pas été assurée.
Ce qu'un tarmac fermé coûte à une île
Un aérodrome fermé, sur le papier, c'est une ligne dans un tableau de bord de compagnie régionale. Sur le terrain, c'est autre chose.
C'est un patient qui doit attendre. Une évacuation qui se complique. Un élève qui rejoint son établissement dans des conditions incertaines. Un commerçant, un artisan, un pêcheur, un hôtelier qui voient leur activité se contracter sans avoir jamais été partie prenante d'un quelconque rapport de force.
Ce sont toujours les mêmes qui paient : ceux qui n'ont rien demandé.
Le gouvernement dit mesurer pleinement la portée de la décision pour les habitants d'Iaai. On veut le croire. Mais mesurer la portée d'une levée de blocage suppose d'avoir mesuré, avant, le coût du blocage lui-même. Et ce coût-là, personne ne l'a chiffré publiquement.
Il faut donc le dire simplement, sans détour et sans procès d'intention à l'égard de quiconque : la liberté d'aller et venir n'est pas une variable d'ajustement. Elle ne se négocie pas au cas par cas, saison après saison. Elle n'est pas un privilège consenti, elle est un droit et dans une collectivité de la République, un droit qui vaut à Ouvéa exactement comme à Nouméa.
L'exécutif salue le sens des responsabilités dont ont fait preuve les autorités coutumières, dans un esprit de respect, de dialogue et d'apaisement. Cette reconnaissance est légitime : la décision a été prise, elle est bonne, elle profite d'abord aux habitants.
Reste que le respect fonctionne dans les deux sens. Il se mesure aussi à la garantie que les services essentiels ne redeviendront pas, demain, un levier.
Le gouvernement annonce qu'il restera pleinement mobilisé pour accompagner la reprise et veiller à ce qu'elle s'inscrive dans la durée, au bénéfice d'Ouvéa et de l'ensemble des îles Loyauté.
Sur ce point précis, l'engagement sera jugé sur pièces.
Après le soulagement, l'obligation de résultat
Le communiqué ne s'arrête pas à la piste de Hulup. Il ouvre un second chantier, plus vaste : celui de la mobilité en Nouvelle-Calédonie.
Le gouvernement dit partager la nécessité d'une réflexion globale et durable sur le sujet. Il renvoie à la déclaration de politique générale du président du gouvernement, Milakulo Tukumuli, prononcée le 24 août dernier, qui appelait à se doter enfin d'un schéma de mobilité et de continuité territoriale patiemment construit, largement partagé. Une formule y résume l'ambition :
se déplacer cessera d'être une épreuve pour devenir une liberté.
La phrase est belle. Elle est aussi exigeante, parce qu'elle contient sa propre grille d'évaluation.
Le président du gouvernement s'est engagé à œuvrer à l'élaboration de ce schéma, construit avec l'ensemble des acteurs concernés et articulé aux besoins des populations, en particulier dans les îles. L'objectif affiché : une meilleure continuité territoriale, un accès effectif aux services essentiels, des réponses durables aux enjeux de mobilité à l'échelle du pays.
Voilà pour les intentions.
Les Calédoniens, eux, ont appris à les distinguer des calendriers. Un schéma de mobilité, dans une collectivité qui compte des îles éloignées, une compagnie intérieure sous tension et des infrastructures dont la disponibilité peut dépendre d'un accord local, ne vaudra que par sa robustesse. Un dispositif qui s'effondre à la première crise n'est pas un dispositif.
Le gouvernement réaffirme enfin sa volonté de poursuivre le dialogue avec les autorités coutumières, les collectivités, les opérateurs et l'ensemble des acteurs concernés, dans un esprit de responsabilité et de respect mutuel.
Le dialogue, oui. Il est la méthode, et il n'y en a pas d'autre.
Mais le dialogue n'a de valeur que s'il produit quelque chose de tangible : une desserte qui tient, des horaires qui ne dépendent pas de l'humeur du moment, une prévisibilité minimale pour les familles, les entreprises et les soignants.
Jeudi, les avions se poseront à Hulup. C'est une bonne nouvelle, et elle mérite d'être accueillie comme telle.
Ce n'est pas encore une garantie.
(Crédit photo : Denis Callé)

