Metzdorf arrache une ouverture à Nuñez

Résumé IA
Lors d'un petit-déjeuner place Beauvau, Nicolas Metzdorf aborde la sécurité avec le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. Il obtient une ouverture sur le renforcement des gendarmes permanents, tandis que le retour des escadrons est exclu. Le député évoque aussi des casernes délabrées et plaide pour le rattachement du Grand Nouméa à la zone police, sans décision immédiate.
Il y a des rendez-vous qui ne figurent sur aucun programme officiel et qui pèsent pourtant plus lourd que bien des discours.
Entre deux réunions budgétaires à Paris, le député Nicolas Metzdorf a poussé la porte de la place Beauvau. Objectif : parler sécurité, sans détour.
Le dossier que personne n'attendait dans les bagages
La délégation calédonienne était partie pour l'argent. Ce n'est pas un reproche, c'est une évidence : conduite par le président du gouvernement Milakulo Tukumuli, la mission transpartisane a passé une semaine entière à Paris pour éviter que les finances publiques du territoire ne décrochent définitivement. Le résultat est désormais public. Matignon a annoncé une enveloppe de 400 à 460 millions d'euros, essentiellement en subventions, pour couvrir 2027, à quoi s'ajoutent onze millions destinés à boucler la fin de l'année 2026 et cinquante millions pour amorcer la suivante.
Le député de la première circonscription, lui, n'a pas voulu s'en tenir là.
Avant de reprendre l'avion, Nicolas Metzdorf s'est rendu place Beauvau pour un petit-déjeuner avec le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez. C'est le parlementaire lui-même qui en a rendu compte, sur sa page Facebook, dans un texte sans triomphalisme ni langue de bois. Le format était modeste. Le sujet ne l'était pas : l'ordre et la sécurité en Nouvelle-Calédonie, autrement dit la condition première de tout le reste. Aucun plan de relance ne tient sur un territoire où les voitures brûlent et où les brigades tournent à effectif contraint.
Trois dossiers ont été posés sur la table. Aucun n'a été tranché. Deux ont bougé.
Escadrons et casernes : la fin d'une commode fiction
Premier point de friction, le nombre d'escadrons de gendarmerie mobile. Le contentieux ne date pas d'hier. Début août, quatre EGM ont quitté le Caillou, ramenant le dispositif à huit unités. Metzdorf avait alors écrit au ministre pour exiger leur retour, rappelant que le territoire reste sous tension permanente depuis les émeutes du 13-Mai et pointant la reprise de faits de délinquance au Mont-Dore. La réponse de l'Intérieur, quelques jours plus tard, tenait en une phrase : le format actuel, environ six cents gendarmes de renfort, serait adapté à la réalité sécuritaire, des unités supplémentaires pouvant être projetées en quatre-vingt-seize heures si nécessaire. Le député avait jugé cette réponse « insuffisant ».
À Paris, la position ministérielle n'a pas varié. Visite du Pape, tenue du G7 : les contraintes hexagonales priment, les escadrons ne reviendront pas.
Sauf qu'un déplacement s'est produit sur le côté.
Selon le compte rendu du député, le ministre s'est engagé à travailler à moyen terme sur le renforcement des gendarmes permanents dans les brigades calédoniennes. Ce n'est pas un ajustement technique, c'est un changement de doctrine. Depuis des années, la Nouvelle-Calédonie vit sous perfusion d'escadrons de passage, des hommes qui repartent au moment précis où ils commencent à connaître le terrain, les quartiers, les visages. Metzdorf demande l'inverse : des gendarmes qui restent, qui s'installent, qui durent. Il y voit une « ouverture positive » jamais consentie jusqu'ici. Sur ce point, il a raison de le souligner.
Deuxième dossier, moins spectaculaire, sans doute plus révélateur : l'état des casernes.
Le mot employé par le parlementaire est cru. Délabrement. Des bâtiments obsolètes, parfois insalubres, dans lesquels on loge celles et ceux qui servent la France au bout du monde. Le ministre lui a indiqué qu'il s'agissait d'une priorité de la gendarmerie. Reste l'épreuve de vérité, celle qui ne ment jamais : les crédits qui seront ou non inscrits au projet de loi de finances. Un engagement verbal n'a jamais rénové un logement de fonction. On jugera sur pièces, au franc près.
Il y a quelque chose de profondément indécent à demander à des gendarmes de tenir un territoire meurtri en les laissant dans des conditions matérielles que nul n'accepterait ailleurs. Le rappeler n'est pas se plaindre. C'est exiger que la République traite dignement ceux qui la servent.
Zone police : le tabou du Grand Nouméa
Troisième sujet, le plus structurant à long terme : le retour au pays des policiers calédoniens.
Le constat est imparable. La Nouvelle-Calédonie forme énormément de policiers nationaux. Des jeunes qui choisissent l'uniforme, réussissent les concours de la République, servent dans l'Hexagone et qui, lorsqu'ils veulent rentrer, se heurtent à un mur administratif. Une seule commune du territoire relève de la zone police nationale : Nouméa. Les postes y sont comptés. Dumbéa, Païta et le Mont-Dore restent en zone gendarmerie.
Résultat : on exporte des serviteurs de l'État sans pouvoir les rapatrier. Gâchis humain, gâchis opérationnel, alors que ces agents connaissent le terrain mieux que quiconque.
La solution que le député porte depuis longtemps tient en une ligne : basculer l'ensemble du Grand Nouméa en zone police. La porte n'a pas été fermée. Le ministre a reconnu que la France devrait revoir globalement le découpage entre zones police et zones gendarmerie, tout en prévenant que l'ampleur du chantier le rendait impossible avant la prochaine élection présidentielle.
Metzdorf en tire lui-même la double lecture. Le verre à moitié plein : l'État admet enfin qu'il faut changer les choses. Le verre à moitié vide : ce n'est pas pour tout de suite.
C'est honnête. C'est aussi le résumé assez exact de la relation entre Paris et le Caillou depuis mai 2024, une succession de reconnaissances de principe dont l'exécution est renvoyée à un calendrier toujours plus lointain.
Alors que retenir de ce petit-déjeuner ?
Que la sécurité n'a pas été traitée comme un supplément d'âme d'une mission consacrée aux finances, mais comme un dossier à part entière, porté par un élu qui n'a pas attendu d'y être invité. Que trois demandes concrètes des gendarmes permanents, des casernes dignes, des policiers calédoniens chez eux valent mieux que dix communiqués sur le vivre-ensemble. Et que la promesse ne vaudra que ce que vaudront les lignes budgétaires censées la traduire dans les prochains mois.
Le haut-commissaire Jacques Billant assurait qu'il n'y aurait « aucun désengagement de l'État ». Les Calédoniens ne demandent pas la lune. Ils demandent que cette phrase soit vraie.
(Crédit photo : page Facebook "Nicolas Metzdorf")
