Ils veulent l'indépendance. Avec un actionnaire chinois

Résumé IA
Le président de la République refuse un investisseur chinois dans le nickel calédonien, préférant des groupes indiens ou émiratis, « alliés dans le cadre de la stratégie indopacifique ». Cette position, assumée à l'Élysée devant des élus, suscite l'opposition d'une partie des indépendantistes, qui jugent cet argent nécessaire.
Un refus présidentiel, net, assumé, prononcé à l'Élysée devant des élus calédoniens de tous bords.
Et déjà, à Nouméa, des voix pour s'en offusquer, comme si livrer le nickel à Pékin relevait du simple bon sens comptable.
Un « niet » qui n'a rien d'une lubie
Vendredi 4 septembre, la mission transpartisane a refermé sa semaine parisienne par un rendez-vous qui ne figurait pas au programme initial : l'Élysée, en fin de journée, avec le président de la République.
Le nickel a occupé une place centrale dans l'échange.
Pas de relance économique en Nouvelle-Calédonie sans reprise de nos usines de nickel, a martelé la présidente du Congrès, Virginie Ruffenach.
Le chef de l'État s'est dit déterminé à aboutir dans le mois, pour que la situation des trois usines soit clarifiée avant la fin de l'année.
Et puis il y a eu cette phrase, rapportée par le député Nicolas Metzdorf, qui a fait grincer quelques dents dans le camp d'en face :
le président de la République ne veut pas d'investisseur chinois en Nouvelle-Calédonie.
Ce n'est pas un caprice. Plusieurs multinationales se sont positionnées sur nos usines : des groupes indiens, des groupes émiratis, des groupes chinois. La préférence présidentielle irait aux premiers, « alliés dans le cadre de la stratégie indopacifique ».
La raison invoquée est d'une clarté brutale. Pour Emmanuel Macron, les Chinois n'ont rien à faire ici, précisément parce que ce sont eux qui ont plongé le secteur du nickel dans cette situation, en faisant chuter les cours de manière drastique après leurs investissements massifs en Indonésie.
Autrement dit : on ne confie pas le malade à celui qui a versé le poison.
Pour une partie des élus indépendantistes, cette fin de non-recevoir serait pourtant une aberration. L'argument tient en une ligne : l'argent est là où il est, tant pis pour la géopolitique. Il faut avoir le courage de dire ce qu'il vaut.
Entrer au capital, ce n'est jamais seulement entrer au capital
Commençons par le b.a.-ba. Une prise de participation, même minoritaire, ce n'est pas un chèque déposé sur une table. C'est un siège au conseil d'administration. C'est un droit de regard sur les investissements, les cadences, les contrats d'écoulement du métal. C'est l'accès aux données géologiques, aux fichiers clients, aux coûts de production, au savoir-faire métallurgique.
C'est aussi, très vite, une capacité de blocage. Un actionnaire qui refuse de recapitaliser tient l'entreprise. Un créancier dont la dette est convertible tient davantage encore.
Ajoutons ce que trop de responsables locaux feignent d'ignorer : une entreprise chinoise, quelle que soit son enseigne, relève d'un droit national qui l'oblige à coopérer avec les services de renseignement de son pays. Ce n'est pas un procès d'intention, c'est un texte de loi.
Il y a plus gênant encore. Le repreneur pressenti serait aussi le concurrent direct. En 2023, la Nouvelle-Calédonie était le troisième producteur mondial avec 230 000 tonnes, soit 6,4 % du total, très loin derrière l'Indonésie et ses 1,8 million de tonnes, plus de la moitié de la production mondiale. Une large part de cette production indonésienne est contrôlée par des sociétés minières chinoises, tandis que la Chine concentre à elle seule plus du tiers du traitement et du raffinage mondial du nickel.
Faites le calcul. Vendre nos usines à ceux qui détiennent déjà le volume et le raffinage, c'est abandonner à un concurrent le droit de décider si notre outil tourne ou s'il dort. Une usine calédonienne devenue variable d'ajustement d'un portefeuille asiatique ne serait pas relancée. Elle serait neutralisée.
Enfin, il ne s'agit pas seulement de fours et de convertisseurs. Doniambo, c'est le cœur de Nouméa. Le Nord, c'est un port en eau profonde et une centrale électrique. Le Sud, c'est un site industriel et un accès maritime. Des infrastructures qui, dans n'importe quelle capitale sérieuse, sont classées stratégiques.
Le Pacifique a déjà servi de laboratoire
Ceux qui trouvent ces mises en garde exagérées devraient regarder autour d'eux. Nos voisins ont fait l'expérience à notre place.
Aux Tonga, les prêts chinois atteignent 45 % du produit intérieur brut, et l'archipel s'est vu refuser une restructuration de sa dette. Au Vanuatu, un centre de conférences, une piste d'aéroport, un port à Luganville, des routes, un complexe hôtelier : au bout du compte, 220 millions de dollars d'endettement, et une entreprise chinoise si omniprésente que les Ni-Vanuatu l'ont surnommée « la Chine partout ». Aux Îles Salomon, le taux d'endettement a doublé en cinq ans.
Le cas le plus édifiant reste Tulagi. En septembre 2019, quelques jours après le basculement diplomatique de Honiara vers Pékin, le groupe China Sam Enterprise obtenait des droits exclusifs de développement sur cette île pour soixante-quinze ans. Les termes du contrat étaient vagues et généreux : terminaux pétroliers et gaziers, modernisation de l'aéroport, zone économique spéciale. Une île de deux kilomètres carrés, ancienne base navale japonaise, verrou de navigation.
Il a fallu une levée de boucliers pour que le projet capote. Et il a fallu une alternance politique aux Samoa pour qu'un contrat portuaire de 100 millions de dollars soit annulé par la nouvelle Première ministre.
Aucun de ces gouvernements n'avait signé un document intitulé « abandon de souveraineté ». Ils avaient signé des contrats d'infrastructures. Le reste est venu tout seul.
Voilà pourquoi la position de certains indépendantistes laisse pantois. On ne peut pas passer trente ans à réclamer la maîtrise du destin de ce pays et proposer, la même semaine, d'en confier le seul actif industriel majeur à une puissance qui ne rend de comptes à aucun électeur, ici ou ailleurs.
Il n'y a pas de souveraineté avec un sous-sol hypothéqué. Il n'y a pas d'émancipation quand le carnet de commandes se décide à huit mille kilomètres. Ceux qui dénoncent une tutelle française devraient réfléchir à celle qu'ils s'apprêtent à installer, et qui, elle, ne se négocie pas dans un salon de la rue Oudinot.
Rappelons enfin ce que fait l'État pendant que d'autres cherchent des mécènes ailleurs. Entre les besoins de la fin 2026 et ceux de 2027, il est question d'au moins 460 millions d'euros, principalement sous forme de subventions, qui s'ajoutent aux 430 millions déjà prévus au titre du pacte de refondation.
Le débat n'a jamais été « la Chine ou rien ». Des groupes indiens et émiratis sont sur la table. Le président a dit non à un seul repreneur, et il a eu raison.
C'est le minimum qu'on attend d'un État qui doit protection à un territoire dont le sous-sol intéresse le monde entier.
("Image générée par Google Gemini")

