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Tribune

Quatre mois après, l'UC pleure encore

5 septembre 2026 à 08:05
5 min de lecture
Quatre mois après, l'UC pleure encore

Résumé IA

Quatre mois après les municipales, l'Union calédonienne obtient un avis favorable dans son recours contre l'État, mais la rapporteure publique Nathalie Peuvrel rejette quatre piliers de sa demande. Le tribunal rendra sa décision le 23 septembre, tandis que le parti conteste la légitimité d'un scrutin perdu de peu.

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Quatre mois après les municipales, l'Union calédonienne tient enfin sa consolation.
Reste à savoir si le pays, lui, avait besoin de ce combat-là.

Une victoire qu'il faut lire jusqu'au bout

Le communiqué est tombé le 3 septembre, signé Dominique Fochi. Ton solennel, vocabulaire de tribunal, satisfaction à peine contenue : l'Union calédonienne annonce avoir obtenu un avis favorable dans son recours contre l'État.

Sauf qu'un avis favorable, en droit administratif, ça se lit en entier.

Ce jour-là, devant le tribunal administratif de Nouméa, la rapporteure publique Nathalie Peuvrel a bien proposé l'annulation du regroupement des bureaux de vote nouméens sur neuf sites. Mais elle a d'abord fait le tri. Et le tri est sévère. L'atteinte au droit de vote : écartée. La rupture d'égalité : écartée. La discrimination indirecte : écartée. La remise en cause de la sincérité du scrutin : écartée. Quatre piliers du recours, quatre rejets.

La magistrate a également considéré que les électeurs avaient été correctement informés, et n'a pas retenu l'argument d'une décision prise trop tardivement : les électeurs restaient rattachés au même bureau, seule l'adresse changeait.

Alors sur quoi tient la proposition d'annulation ? Sur un point unique et très technique. La ville et le haut-commissariat n'ont pas détaillé pourquoi 28 des 37 lieux de vote prévus par un arrêté d'août 2025 avaient disparu neuf mois plus tard, ni combien de bâtiments étaient concernés, ni lesquels, ni pourquoi ils restaient inutilisables. Un défaut de motivation administrative. Rien de plus. Rien qui ressemble, même de loin, à la fraude institutionnelle que l'UC décrit depuis mars.

Ajoutons ce que le communiqué oublie de préciser : les conclusions d'un rapporteur public ne sont pas un jugement. Elles éclairent la formation de jugement, qui reste libre de ne pas les suivre. La décision tombera le 23 septembre. D'ici là, l'arrêté du 26 mai reste en vigueur.

Et il y a un précédent que l'UC a soigneusement laissé de côté. Le 12 juin, le juge des référés avait déjà rejeté sa demande de suspension, estimant que la condition d'urgence n'était pas remplie. Pas exactement le récit d'un parti persécuté.

Le procès permanent, quatre mois après les urnes

Il faut se souvenir d'où vient cette carte électorale que l'on juge aujourd'hui.

Elle vient de mai 2024. Des quartiers incendiés, des écoles détruites, des équipements publics rayés de la carte. Devant le tribunal, la commune et le haut-commissariat ont invoqué les bâtiments dégradés ou détruits pendant les émeutes argument que la rapporteure publique juge insuffisamment documenté, ce qui n'est pas la même chose que le juger faux.

Voilà le point aveugle de toute cette séquence. On demande à l'État de justifier ligne à ligne les conséquences d'un chaos qu'il n'a pas provoqué. Les salles de classe transformées en cendres n'ont pas disparu par décret préfectoral.

Le communiqué de l'UC pousse ensuite le raisonnement là où il devient franchement acrobatique :

la question de la légitimité des résultats des élections municipales et provinciales à Nouméa est donc posée.

Suit le chiffre qui explique tout le reste 9,52 % des suffrages aux municipales, 180 voix manquantes pour franchir la barre des 10 %.

Cent quatre-vingts voix. C'est court, c'est rageant, on peut le comprendre humainement. Mais on ne transforme pas un résultat électoral décevant en vice démocratique parce qu'il déçoit. Un scrutin ne devient pas illégitime au motif qu'on l'a perdu de peu.

Sur l'abstention, même mécanique. Le communiqué avance plus de 50 % dans les quartiers nord contre moins de 40 % au sud, et en déduit une causalité directe. Le raisonnement est confortable, il est surtout indémontrable : l'abstention différenciée selon les quartiers est un fait ancien à Nouméa, largement antérieur à la réorganisation contestée. La rapporteure publique, elle, ne l'a pas retenu.

Enfin, cette phrase : les partisans du maintien dans la France « n'ont pourtant pas hésité à sacrifier leurs principes républicains à des considérations électorales ». Le procès d'intention est ici total, et il vise une décision prise par un haut-commissaire au nom de l'État, pas par un état-major de campagne. Quand un parti perd, c'est la République qui triche. On connaît la chanson.

Ce qui est vraiment urgent en Nouvelle-Calédonie

Disons-le sans détour, parce que c'est vrai : le droit de vote est un droit fondamental, et l'accessibilité des urnes n'est pas un détail d'intendance. Si le tribunal estime le 23 septembre que la suppression de 28 lieux de vote était insuffisamment motivée, la ville et l'État devront s'exécuter, et ce sera très bien. La rigueur administrative se doit d'être irréprochable, surtout sur un sujet pareil, surtout ici.

Mais posons la vraie question.

Nous sommes en septembre 2026. Le tissu économique calédonien est convalescent. Des milliers d'emplois restent suspendus au sort de la filière nickel. Des familles vivent encore à côté de ruines. Des commerçants n'ont pas rouvert. Des jeunes sortent du système scolaire sans qualification, et le pays entier attend de savoir de quoi son avenir institutionnel sera fait.

Et pendant ce temps, un parti qui a co-dirigé ce territoire pendant des décennies consacre son énergie politique à un contentieux sur des adresses de bureaux de vote.

Ce n'est pas illégitime. C'est disproportionné. L'Union calédonienne dispose d'élus, de moyens, d'un appareil militant et d'une capacité de mobilisation considérables. Elle a choisi de les investir dans la contestation d'un scrutin qu'elle a perdu plutôt que dans la reconstruction d'un pays qu'elle a contribué à mettre à terre.

Le communiqué se conclut ainsi : « aucun citoyen ne doit être empêché ou découragé de voter ». On souscrit, entièrement. On ajoutera simplement qu'aucun citoyen ne devrait non plus être empêché de travailler, de scolariser ses enfants ou de faire tourner son entreprise.

Le 23 septembre, le tribunal tranchera. Il dira le droit sur un arrêté et sur sa motivation. Il ne dira rien sur la légitimité des élus sortis des urnes en mars et en juin, parce que ce n'est pas la question posée, et parce que cette légitimité-là, personne ne l'a sérieusement contestée devant un juge.

Certains l'ont juste contestée dans un communiqué.

(Crédit photo : ville de Nouméa)