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Tribune

Ils ont posé les problèmes. Pas les solutions

3 septembre 2026 à 07:00
5 min de lecture
Ils ont posé les problèmes. Pas les solutions

Résumé IA

Dans la nuit du 1er au 2 septembre, un incendie a endommagé les locaux du conseil coutumier IAAI à Ouvéa, placés sous scellés par la gendarmerie pour enquête. L'administration ferme au public et l'assemblée générale de l'aire, prévue le 18 septembre, est reportée.

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Un bâtiment coutumier réduit à l'état de scellés, à Ouvéa, dans la nuit de mardi à mercredi. Et sur l'île, personne ne joue vraiment la carte de la surprise.

Des scellés, une enquête, et un silence qui pèse

Le feu a pris dans la nuit du 1er au 2 septembre. Les locaux du conseil coutumier IAAI, à Ouvéa, ont été touchés. La gendarmerie est intervenue. Une enquête est ouverte pour établir les circonstances et l'origine du sinistre, et les bâtiments ont été placés sous scellés dans l'attente des expertises.

L'institution, elle, se garde de conclure. C'est écrit noir sur blanc dans son communiqué : à ce stade, aucune hypothèse n'est retenue publiquement sur les causes.

Prudence de bon aloi. Prudence qui en dit long, aussi.

Les conséquences pratiques, elles, tombent immédiatement. L'administration du conseil coutumier est fermée au public jusqu'à nouvel ordre. Les réunions prévues à l'échelle de l'aire IAAI sont reportées. Et l'assemblée générale de l'aire, qui devait se tenir le 18 septembre, n'aura pas lieu à la date prévue.

Une institution coutumière qui ferme ses portes. Une assemblée générale qui saute. Des locaux sous scellés le temps que la gendarmerie fasse son travail. Voilà où en est, en septembre 2026, l'un des huit piliers de l'organisation coutumière calédonienne.

Rappelons le b.a.-ba : ce n'est pas la coutume qui enquête. C'est la gendarmerie nationale. C'est la République. Quand un bâtiment brûle sur le territoire français, ce sont les procédures de l'État de droit qui s'appliquent, et personne d'autre. On aura l'occasion d'y revenir.

Ce que le communiqué dit vraiment

Il faut lire le texte du président Ankaiouliwa Jean-François ligne à ligne. Pas pour ce qu'il annonce. Pour ce qu'il laisse voir.

Le conseil coutumier appelle « au calme, à l'apaisement, au respect et au dialogue ». Classique. Mais il enchaîne sur un passage nettement moins convenu : l'institution coutumière, écrit-il,

n'a pas vocation à constituer une entité de pression ni à opposer les différentes composantes de la société.

Arrêtons-nous là.

Pourquoi un président de conseil coutumier éprouve-t-il le besoin de rappeler cela à ses propres interlocuteurs ? On ne dément que ce qui est affirmé. On ne recadre que ce qui a dérapé. Cette phrase n'est pas une formule de style : c'est un aveu. Quelqu'un, quelque part dans l'aire IAAI, a voulu faire de la coutume un levier de pression. Et il a fallu l'écrire publiquement pour que ce soit entendu.

Le communiqué va plus loin. Il évoque des « préoccupations » et des « désaccords » au sein de l'aire, et demande qu'ils s'expriment « dans le respect des personnes, des institutions et des biens ».

Des biens. Le mot est là. Dans un communiqué qui annonce un incendie.

Personne ne lui fera dire ce qu'il ne dit pas, et l'enquête tranchera. Mais qu'un chef coutumier doive rappeler aux siens qu'on ne s'en prend pas aux biens, dans son propre district, sur sa propre île, c'est un constat politique en soi. Ce n'est plus une autorité qui commande. C'est une autorité qui supplie.

Voilà le vrai sujet. Pas la cause du feu, que l'expertise établira. Mais l'état d'une institution obligée de plaider pour son propre respect auprès de ceux qu'elle est censée représenter.

L'autorité ne se décrète pas, elle s'exerce

On nous explique depuis des décennies que les institutions coutumières sont la clé de l'équilibre calédonien. Qu'elles sont l'espace d'écoute, de médiation, de régulation sociale. Le communiqué le répète d'ailleurs mot pour mot.

Soit. Alors posons la question qui fâche : où était cette régulation quand tout a brûlé en 2024 ?

Où était la parole coutumière quand des jeunes de quinze ans pillaient des entreprises que leurs pères avaient mis trente ans à construire ? Où était la médiation quand des quartiers entiers de Nouméa, de Dumbéa, du Mont-Dore partaient en fumée ? On a beaucoup entendu les communiqués. On a beaucoup moins vu les résultats.

Les institutions coutumières disposent de structures, de moyens publics, d'indemnités, de sièges, de représentations. Elles ont obtenu, texte après texte, une reconnaissance institutionnelle qui n'a pas d'équivalent en droit français. Cette reconnaissance avait une contrepartie implicite : tenir la société. Tenir la jeunesse. Régler dans les tribus ce que le droit commun ne réglait pas.

Le contrat n'a pas été honoré.

Ce n'est pas un procès en illégitimité. C'est un constat d'inefficacité. Une autorité qui ne peut plus imposer le respect chez elle n'est plus une autorité : c'est un décor. Et un décor coûte cher au contribuable calédonien.

Il faudra bien, un jour, poser cette question sans trembler. Que produisent réellement ces institutions ? Quel est leur bilan mesurable en matière de délinquance juvénile, de décrochage scolaire, d'alcoolisation, de violences intrafamiliales dans les tribus ? Ces problèmes-là, ce sont les coutumiers eux-mêmes qui les ont mis sur la table depuis vingt ans. Ils avaient raison de le faire. Ils devaient aussi les résoudre.

Et voilà le point où l'excuse permanente doit cesser. On nous rejouera la partition habituelle : la faute au colonialisme, la faute à l'État, la faute à Paris. Cette rhétorique de la victimisation perpétuelle a un défaut rédhibitoire, elle ne répare rien. Elle n'a jamais rebâti une entreprise, jamais ramené un gamin en classe, jamais empêché un incendie.

À Ouvéa cette semaine, ce ne sont ni Paris ni le haut-commissariat qui ont mis les locaux sous scellés par malveillance. C'est un feu dont l'origine reste à établir, dans une aire coutumière traversée de désaccords que son propre président reconnaît publiquement.

La coutume a été fragilisée. Mais elle l'a d'abord été de l'intérieur.

Le conseil coutumier IAAI annonce qu'il poursuivra son engagement en faveur du dialogue et de l'apaisement malgré la fermeture de ses locaux. On veut le croire. On souhaite sincèrement à cette institution de retrouver ses murs et sa capacité d'action.

Mais qu'elle sache ceci : le respect ne se réclame pas dans un communiqué. Il s'impose par les actes. Et pour l'heure, c'est la gendarmerie française qui protège les scellés d'un conseil coutumier que les siens n'ont pas su protéger.

Il y a là une leçon. Reste à savoir qui, sur place, acceptera de l'entendre.

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(Crédit photo : conseil coutumier IAAI)