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Au delà du récif

Ciotti perd la manche, pas la guerre

3 septembre 2026 à 05:18
5 min de lecture
Ciotti perd la manche, pas la guerre

Résumé IA

À Nice, le projet du maire UDR Éric Ciotti, allié de Marine Le Pen, de hisser le drapeau français dans les écoles lors de la rentrée est stoppé par le rectorat, qui invoque un manque de prérogatives municipales. Ciotti dénonce un ministre « otage de l’extrême gauche » et promet d’équiper toutes les écoles de mâts d’ici la Toussaint, visant une éventuelle présidence de Marine Le Pen en 2027.

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Des mâts, des drapeaux, une Marseillaise le matin. Il n'en fallait pas plus pour déclencher un bras de fer.
À Nice, la rentrée s'est faite sans les couleurs. Ce n'est pas la mairie qui a reculé.

Une rentrée sans couleurs

L'annonce avait été faite à la veille de la rentrée des classes. Chaque semaine, dans les écoles de Nice, les élèves devaient assister à une levée du drapeau français sur fond de Marseillaise. Une image simple. Un geste que des dizaines de pays pratiquent sans même y penser.

Rien de tout cela n'a eu lieu.

Hier matin, dans les établissements niçois, pas de mât, pas d'hymne, pas de bannière tricolore hissée devant les enfants. Le projet du maire UDR Éric Ciotti, allié de Marine Le Pen, est resté au stade de l'intention. Il n'a pas été abandonné par son auteur : il a été stoppé par le rectorat, placé sous l'autorité du ministère de l'Éducation nationale.

Voilà donc où en est arrivé le débat français. Un maire propose de faire flotter le drapeau national devant une école de la République. Et l'administration dit non.

La question des prérogatives, et ce qu'elle masque

L'argument opposé à Éric Ciotti est d'ordre juridique. Édouard Geffray a estimé que les maires ne disposent pas des prérogatives nécessaires pour lancer ce type d'initiative à l'intérieur des écoles. La compétence communale s'arrête, en substance, aux murs et aux crédits. Ce qui se passe dans la cour relève d'ailleurs.

Sur le papier, la mécanique administrative se tient.

Mais chacun mesure ce que cette réponse dit du climat français. Il ne s'agissait pas d'imposer un catéchisme politique, ni de faire réciter aux enfants un programme électoral. Il s'agissait d'un drapeau. Celui de tous. Celui sous lequel des générations d'écoliers ont grandi sans que quiconque y voie une agression.

La réplique du maire de Nice a été immédiate, et elle n'a pas cherché la nuance. Éric Ciotti a dénoncé un ministre qu'il décrit comme « otage de l'extrême gauche », refusant selon lui ce qui relève de l'évidence républicaine. Le maire a poursuivi en assumant le rapport de force : c'est le choix du ministre, dit-il en substance, mais « nous changerons tout ça l'année prochaine ». Et d'ajouter qu'il y aura malgré tout, à Nice, des moments consacrés à ces levées de couleurs.

Sa formule la plus dure vise directement le sommet de l'État. Il juge « ahurissant qu'un ministre de la République s'oppose à l'expression de la bannière nationale ».

Le mot est fort. Il n'est pas absurde.

Car la contradiction saute aux yeux. On demande à l'école de transmettre les valeurs communes, de lutter contre le séparatisme, de réapprendre le sens du mot nation. Et lorsqu'un élu propose le symbole le plus universel de cette appartenance, celui qui ne coûte rien et n'exclut personne, on lui explique qu'il n'a pas rempli le bon formulaire.

Des mâts dans toutes les écoles d'ici la Toussaint

Éric Ciotti n'a pas renoncé. Le maire de Nice devrait doter toutes les écoles de la ville de mâts et de drapeaux français d'ici les vacances de la Toussaint. L'installation matérielle, elle, relève bien de la commune. Le rectorat peut interdire une cérémonie ; il ne peut pas empêcher un maire d'équiper ses bâtiments.

La méthode est habile. Elle est surtout révélatrice d'une conviction assumée.

L'objectif affiché est de faire de l'école un lieu de transmission du patriotisme. Pas un lieu de militantisme. Un lieu où l'on apprend que l'on appartient à quelque chose de plus grand que soi, que ce pays a une histoire, des morts, des institutions, et qu'aucune de ces réalités ne mérite d'être dissimulée aux enfants.

Le second objectif est plus explicitement politique, et il est revendiqué comme tel. Il s'agit d'anticiper la possibilité, pour les chefs d'établissement, de hisser le drapeau français en cas d'arrivée au pouvoir de Marine Le Pen en 2027. Les mâts seront là. La décision, alors, ne dépendra plus d'un rectorat.

Ce que révèle une querelle de drapeau

Ceux qui haussent les épaules devraient y regarder de plus près.

Une nation ne s'effondre pas d'un coup. Elle s'efface par petites renonciations, par symboles abandonnés au motif qu'ils seraient datés, clivants, ou tout simplement encombrants. Le drapeau que l'on n'ose plus montrer aux enfants finit par devenir un objet étranger dans leur propre pays.

Ailleurs, on chante l'hymne à l'école sans que personne n'y voie une provocation. En France, il faut désormais un arbitrage ministériel pour savoir si l'on peut hisser trois couleurs devant une classe de CM2.

Le blocage niçois n'est pas un incident administratif isolé. C'est un symptôme. Celui d'un pays où l'affirmation la plus banale de soi-même déclenche des réflexes de méfiance, et où l'on préfère invoquer la répartition des compétences plutôt que de trancher sur le fond.

Éric Ciotti a perdu la première manche. Les mâts, eux, seront plantés avant la Toussaint.

Et un mât planté, cela finit toujours par servir.

(Crédit photo : Roland Macri / Hans Lucas / AFP)