La Polynésie résiste, l'Australie cale

Résumé IA
En Polynésie française, le climat des affaires reste supérieur à sa moyenne historique au deuxième trimestre 2026, porté par un emploi en progression et un rebond des exportations de perles, de vanille et de poissons. Le tourisme recule en revanche, avec une fréquentation en baisse de 5,6 % sur les quatre premiers mois de l'année.
Deux ans après, la Polynésie française tient le cap. Le climat des affaires reste au-dessus de sa moyenne, l'emploi progresse et les exportations repartent.
Pendant que d'autres territoires s'enlisent, Papeete engrange les chantiers, les crédits aux entreprises et les commandes de perles.
Un climat des affaires qui ne cède pas
La note de conjoncture publiée par l'Institut d'émission d'outre-mer (IEOM) en août 2026 le confirme : la Polynésie française conserve une trajectoire positive au deuxième trimestre. L'indicateur du climat des affaires (ICA) s'établit à 104,2 points, quasiment inchangé par rapport au trimestre précédent (104,1). Surtout, il reste supérieur à sa moyenne de longue période, fixée à 100.
Le ralentissement que redoutaient les chefs d'entreprise s'est bien produit, mais dans une ampleur bien moindre qu'anticipé. Fait notable, les signaux s'inversent : l'appréciation du trimestre écoulé se dégrade, tandis que celle du trimestre à venir s'améliore. L'IEOM y voit une inflexion « circonscrite au deuxième trimestre ».
Autre motif de confiance, plus de la moitié des dirigeants interrogés jugent l'évolution de leur situation plutôt facile à prédire. Dans un environnement international marqué par les tensions au Moyen-Orient et un baril oscillant entre 90 et 100 dollars, cette visibilité n'a rien d'anecdotique.
La prudence demeure néanmoins de mise. Les entreprises prévoient une stabilisation de leurs effectifs et de leurs investissements, pas une accélération.
Sur le front des prix, la situation est enviable. L'indice des prix à la consommation se maintient au niveau du deuxième trimestre 2025, à -0,1 % sur un an. L'éducation (+3,4 %), l'hôtellerie-restauration (+2,0 %) et l'assurance (+2,0 %) progressent, mais l'habillement (-8,9 %) et les transports (-2,3 %) compensent largement. L'index BTP ne gagne que 1 %, grâce à des prix de matériaux contenus. À titre de comparaison, l'inflation atteint 2,8 % dans la zone euro, 3,8 % en Australie, 4,1 % en Nouvelle-Zélande et 6,1 % aux Fidji.
Le marché du travail suit la même logique. À fin juin 2026, l'indice de l'emploi salarié marchand progresse de 2,5 % en glissement annuel. Le rythme d'embauche ralentit dans l'ensemble des secteurs, mais la construction reste très dynamique (+7,1 %), soutenue par la rénovation de plusieurs hôtels à Bora Bora et la préparation des Jeux du Pacifique 2027. L'hôtellerie-restauration (+2,9 %), les autres services (+2,2 %) et le commerce (+1,4 %) tiennent bon. Seule l'industrie stagne (+0,1 %).
Le BTP et l'investissement des entreprises, moteurs du territoire
C'est le point fort du trimestre. La production de crédits à l'équipement bondit de 37,0 % sur un an pour atteindre 13,3 milliards de francs Pacifique, portée par les travaux de rénovation du secteur hôtelier. L'IEOM y lit une « confiance persistante » des chefs d'entreprise dans les perspectives économiques du territoire à moyen terme.
Les chiffres du secteur secondaire sont plus contrastés. L'enquête de conjoncture auprès des professionnels du BTP et de l'industrie ne dégage pas de tendance claire. Mais les travaux publics profitent toujours des investissements publics et de la hausse des crédits bancaires. Les dépenses liquidées du service d'État de l'aviation civile grimpent de 24 % en un an, quand celles de l'équipement public reculent de 9,1 %. Les encours de crédit à l'investissement, portés par l'aviation, progressent de 8,6 %.
Un indicateur ne trompe pas : les importations de ciment bondissent à 18 246 tonnes, soit une hausse de 9,7 % des volumes au premier semestre 2026.
Du côté des ménages, le tableau est moins flatteur. Les crédits immobiliers progressent de 3,6 % par rapport au début de l'année, mais reculent de 6,1 % en glissement annuel, à 8,9 milliards XPF. Au total, les financements d'investissements immobiliers, ménages et entreprises confondus, fléchissent de 17,2 % sur un an, pour s'établir à 10,4 milliards XPF. Le crédit à la consommation continue lui aussi de se contracter (-7,8 %).
Cela n'empêche pas la demande intérieure de repartir. Les importations de biens de consommation destinés aux ménages remontent, avec des produits alimentaires en hausse de 14,1 % et des biens non alimentaires en progression de 7,9 %. La majorité des chefs d'entreprise du commerce témoignent d'une légère amélioration de leur activité malgré la hausse de leurs charges.
Exportations en rebond, tourisme en retrait
Après un premier trimestre catastrophique pour les exportations locales, le redressement est net. La filière des perles brutes, qui pèse 63 % des parts à l'export, se relève après une chute de près de 65 % en valeur comme en volume. Les ventes atteignent 2 246 millions XPF, dépassant de 5,8 % le niveau du deuxième trimestre 2025.
La vanille s'envole de 36,2 % en volume sur un an. La filière pêche poursuit la tendance haussière amorcée fin 2025 : les exportations de poissons progressent de plus de 73 % en glissement annuel, en valeur comme en volume. Seule ombre au tableau, l'agroalimentaire recule de 15,9 % en volume, même si sa valeur progresse de 3,4 % grâce à des prix à l'export plus élevés.
Le tourisme, lui, marque le pas. Sur les quatre premiers mois de l'année, la fréquentation se chiffre à 75 015 visiteurs, en recul de 5,6 % par rapport à 2025. Les touristes terrestres reculent de 6,5 %, les croisiéristes de 2,3 %.
La clientèle américaine décroche de 13,4 %, et les visiteurs venus de l'Hexagone reculent désormais eux aussi (-2,3 %). L'Asie (+10,2 %) et le Pacifique (+3,0 %) progressent, sans compenser.
Les hôteliers ne s'alarment pas pour autant. Interrogés par l'IEOM, neuf sur dix témoignent d'une amélioration de leur activité au premier trimestre 2026 et près de la moitié anticipent une nouvelle amélioration pour le trimestre à venir.
Dans une région où l'Australie affiche sa plus faible croissance en un an et où le chômage néo-zélandais grimpe à son plus haut niveau depuis 2015, la Polynésie française fait figure d'exception. Une inflation nulle, un emploi en progression et des entreprises qui investissent : le territoire démontre que l'ancrage dans l'ensemble français, loin d'être un handicap, reste un socle de stabilité que peu de voisins peuvent revendiquer.
(Crédit photo : IRD - Bertrand Bourgeois)

