Budget de vérité à Nouméa

Résumé IA
Réuni en format réduit mercredi à Nouméa, le gouvernement arrête trois textes qui corrigent les comptes 2025. L'excédent d'investissement affiché de 21,5 milliards de francs s'avère artificiel, masquant un déficit réel de 1,75 milliard. Le budget supplémentaire 2026 n'inscrit aucune nouvelle dépense et acte un financement étatique d'un milliard pour le lycée Escoffier.
Pas un franc de dépense nouvelle. Une opération vérité sur les comptes de 2025.
Réuni en format réduit ce mercredi, le gouvernement a arrêté trois textes qui remettent les chiffres à l'endroit.
Une opération vérité sur l'exercice 2025
Pendant qu'une délégation calédonienne arpente les couloirs parisiens, l'exécutif local, lui, fait ses comptes.
La mission transpartisane a entamé mardi 1er septembre à Paris ses rencontres avec les institutions de la République. À l'ordre du jour : la situation économique et sociale de la Nouvelle-Calédonie, et les mesures nécessaires pour accompagner le territoire dans les prochains mois.
Vingt-quatre heures plus tard, à Nouméa, la séance de collégialité réunie en format réduit arrêtait trois projets de délibérations du Congrès. Trois textes techniques. Trois textes qui disent, en réalité, l'essentiel : où en sont vraiment les finances du pays.
Commençons par le chiffre qui saute aux yeux. Le résultat cumulé d'investissement du budget principal propre s'établit à 21 610 947 108 francs. Une fois pris en compte les restes à réaliser, 78 178 982 francs, la section d'investissement demeure excédentaire de 21 532 768 126 francs.
Belle santé, en apparence.
Sauf que ce solde ne raconte pas toute l'histoire. Il intègre un excédent artificiel de 23 286 229 116 francs. Cet écart ne résulte d'aucune performance de gestion : il provient de l'absence de prise en compte, au cours de l'exercice 2025, du remboursement de la part des avances accordées en 2024 pour couvrir les besoins de trésorerie de la Nouvelle-Calédonie.
Autrement dit : un excédent de papier.
Le gouvernement a choisi de le dire, et de le corriger. Cette partie du prêt accordé en 2025 sera requalifiée en avance de trésorerie à caractère non budgétaire, dans le cadre du budget supplémentaire 2026. La ligne rentre dans le rang.
Le résultat, une fois l'opération assainie, change radicalement de visage. Après prise en compte des restes à réaliser 2025 et retraitement de l'incidence du remboursement des avances de trésorerie, la section d'investissement présenterait un solde cumulé déficitaire de 1 753 460 990 francs.
On passe donc d'un excédent affiché de plus de vingt et un milliards à un déficit réel de près de deux milliards. L'écart mérite d'être médité par tous ceux qui, ces derniers mois, ont commenté les finances calédoniennes à coups d'approximations.
Le fonctionnement, lui, tient bon. Le résultat cumulé de fonctionnement du budget principal propre pour l'exercice 2025 affiche un excédent de 6 270 263 221 francs. Restes à réaliser intégrés, cet excédent s'établit à 4 139 181 939 francs.
Bilan consolidé : le résultat net du budget principal propre pour 2025, restes à réaliser et régularisation des avances de trésorerie compris, ressort à 2 385 720 949 francs.
Positif. Mais sans marge pour l'euphorie.
Un budget supplémentaire qui ne dépense rien
Le deuxième texte arrêté par la collégialité porte sur le budget supplémentaire 2026 du budget principal propre.
Les masses d'abord. Le document est arrêté, par chapitres, à 32 027 770 970 francs en recettes et 29 642 050 021 francs en dépenses. La section de fonctionnement s'équilibre à 6 277 641 923 francs en recettes comme en dépenses. La section d'investissement, elle, affiche 25 750 129 047 francs en recettes pour 23 364 408 098 francs en dépenses.
Intégré au budget primitif, l'ensemble porte le budget principal propre de la Nouvelle-Calédonie pour l'exercice 2026 à 187 690 868 611 francs en recettes et 185 305 147 662 francs en dépenses. Le fonctionnement s'équilibre à 103 329 058 620 francs. L'investissement s'établit à 84 361 809 661 francs en recettes et 81 976 089 042 francs en dépenses.
Voilà pour l'arithmétique. Reste le sens politique du texte, et il est clair.
Ce budget supplémentaire est un budget de régularisation. Il n'inscrit aucune nouvelle dépense. Pas une seule. Dans une période où la tentation de la dépense d'affichage guette en permanence, l'exercice force le respect.
Trois objectifs, et rien d'autre : inscrire l'affectation du résultat de l'exercice 2025, neutraliser l'excédent artificiel, prendre en compte les restes à réaliser 2025.
De la comptabilité assumée plutôt que de la communication. Le changement est notable.
Escoffier, Dumbéa, Lifou : l'investissement tient, l'État suit
Le troisième texte concerne l'ouverture et l'ajustement d'autorisations de programme, ainsi que l'approbation de la situation des dotations pluriannuelles au budget supplémentaire 2026.
Il acte la création, en dépenses, d'une autorisation de programme d'un milliard de francs pour la remise en état du lycée Escoffier. Précision qui mérite d'être soulignée avec insistance : ce financement est intégralement pris en charge par l'État, dans le cadre de la seconde vague du plan de relance par l'investissement.
Un milliard. Zéro franc calédonien.
Ceux qui expliquent à longueur d'année que la République se désintéresserait de l'archipel devront trouver un autre argument. Le lycée Escoffier, ravagé, est reconstruit avec l'argent du contribuable national. C'est un fait, pas une opinion.
Le texte prévoit par ailleurs l'ajustement, en dépenses, de trois autorisations d'engagement pour un montant total de 2,4 milliards de francs.
Elles concernent la finalisation des opérations de sécurisation du barrage de Dumbéa, la construction du centre médico-social Iamele handicap à Lifou, et la rénovation du lycée agricole de Nouvelle-Calédonie.
Sécurité de l'eau. Prise en charge du handicap aux Îles. Formation agricole.
Trois chantiers qui ne feront jamais la une, et qui pèsent pourtant infiniment plus, dans la vie quotidienne des Calédoniens, que bien des déclarations tonitruantes.
Le message envoyé depuis Nouméa ce mercredi est, au fond, d'une grande sobriété : les comptes sont dits tels qu'ils sont, l'excédent factice est effacé, l'investissement utile continue, et l'État tient sa part.
À Paris, la mission transpartisane négocie l'avenir. À Nouméa, on remet les compteurs à zéro. Les deux exercices, pour une fois, avancent dans le même sens.
(Crédit photo : Congrès de la Nouvelle-Calédonie)

