Un cas isolé, une corporation visée

Résumé IA
Trente et un pompiers calédoniens partent en renfort dans l'Hexagone début août. L'un d'eux est relevé de ses fonctions en cours de mission, notamment après des faits de harcèlement signalés par une consœur à Limoux. L'Union des pompiers calédoniens, par sa présidente Isabelle Marlier, condamne tout comportement déviant tout en rappelant la présomption d'innocence.
Ils étaient partis en renfort pour affronter les flammes de l'Hexagone. L'un d'eux est rentré dans les rangs plus tôt que prévu, écarté de la mission.
Une mission de solidarité, une ombre au tableau
Il y a des engagements qui se mesurent à la distance parcourue. Quand la Nouvelle-Calédonie envoie ses pompiers au feu dans l'Hexagone, elle ne rend pas un service : elle rappelle qu'elle appartient à un ensemble où la solidarité fonctionne dans les deux sens.
Ils étaient trente et un à partir début août. Issus des rangs de la Direction de la sécurité civile et de la gestion des risques ou des casernes communales, ils ont été placés sous les ordres du centre opérationnel de zone sud, qui couvre l'Occitanie, la Provence-Alpes-Côte d'Azur et la Corse. Un dispositif qui les a dispersés dans plusieurs casernes, loin les uns des autres, immergés du jour au lendemain dans des équipes qu'ils découvraient.
C'est là que réside la fragilité de ce genre de mission. On y arrive avec ses réflexes, ses codes, ses habitudes de caserne, et l'on doit s'ajuster à ceux des autres en quelques heures. Le feu, lui, n'attend pas que les présentations soient faites.
La très grande majorité de ces hommes et de ces femmes ont tenu leur rang. Un vingtenaire, lui, a été relevé de ses fonctions en cours de détachement, notamment à la suite de faits de harcèlement signalés par une consœur de la caserne d'accueil.
Une décision prise sur place, sans attendre. Elle en dit long sur ce que la hiérarchie a estimé nécessaire de faire immédiatement, mais elle ne préjuge de rien quant à la qualification des faits.
Reste le déséquilibre habituel. Trente et un départs, des semaines de mission, et un seul nom que personne ne connaît qui suffit à absorber toute l'attention. C'est le prix que paient les institutions dont on attend l'exemplarité : leur réussite est silencieuse, leurs manquements sont bruyants.
Limoux, le récit d'un dérapage
C'est à Limoux, dans l'Aude, l'une des casernes qui ont bénéficié de l'appui des renforts calédoniens, que les faits se seraient produits.
Le récit qui circule dans la profession est sévère. « Il a harcelé sexuellement une jeune pompière de 18 ans. Elle a très mal vécu la situation, jusqu'à se prostrer dans les sanitaires », rapporte un sapeur de Nouméa. Il serait question de propos déplacés, à connotation sexuelle.
La suite raconte une caserne sous tension. Le conjoint de la jeune femme, qui voulait « en venir aux mains », a été calmé par les officiers. La hiérarchie a tenu son rôle : celui d'empêcher que l'affaire dégénère sur place et se règle au poing.
À notre connaissance, aucune plainte n'a été déposée à ce stade.
Ce point mérite d'être posé clairement, sans détour et sans arrière-pensée. Aucune plainte ne signifie pas aucun fait, mais cela signifie qu'aucune juridiction n'a été saisie, qu'aucune instruction n'est ouverte, et que personne, à ce jour, n'a été jugé. Dans un pays qui a la manie de condamner avant d'établir, le rappel n'est pas superflu.
L'UPC ne cède ni à la complaisance, ni à la curée
Face à une affaire qui a rapidement quitté les casernes pour atterrir sur les réseaux sociaux, le bureau de l'Union des pompiers calédoniens a publié un communiqué ce jeudi 3 septembre, signé de sa présidente Isabelle Marlier.
Le texte ne fuit pas. Il commence par rappeler les fondations de la corporation : le respect, l'exemplarité, la solidarité, l'intégrité et le sens du service à la population. Puis il pose une règle simple. Lorsqu'un comportement susceptible de porter atteinte à ces valeurs est signalé, il ne peut être ni minimisé, ni banalisé, ni dissimulé. L'Union condamne tout comportement déviant, toute violence, tout harcèlement, toute discrimination.
Être sapeur-pompier engage. La profession bénéficie d'une confiance rare, presque unanime, dans une société qui n'en accorde plus beaucoup. Cette confiance se mérite chaque jour et se perd en une soirée.
Mais l'UPC refuse l'autre écueil, celui du procès expéditif.
Le communiqué le formule sans ambiguïté : l'attachement à ces principes ne doit jamais conduire à oublier un autre fondement essentiel de notre État de droit, la présomption d'innocence. Toute personne mise en cause a le droit à ce que sa situation soit examinée avec impartialité et sérénité, sans condamnation publique ou anticipée, et sans que le verdict soit dicté par les commentaires en ligne. Ce sont les autorités compétentes et la justice, lorsqu'elle est saisie, qui établissent les faits.
Écouter les victimes ou celles qui s'estiment victimes, permettre la libération de la parole, traiter chaque signalement avec sérieux et rigueur : le texte l'assume pleinement. Et dans le même mouvement, veiller au respect des droits de toutes les personnes concernées.
Un cri, en majuscules, au milieu du communiqué : « Merci de ne pas généraliser ! »
Il est adressé à ceux qui, en quelques heures, ont fait d'un cas individuel le procès d'une corporation entière. Défendre l'honneur des sapeurs-pompiers, écrit l'Union, ce n'est pas protéger aveuglément un corps. C'est avoir le courage de reconnaître ce qui doit être corrigé, de condamner ce qui est inacceptable lorsque les faits sont établis, et de faire vivre une institution fondée sur le respect, la justice et la responsabilité.
La très grande majorité des sapeurs-pompiers accomplissent leur mission avec dévouement et honneur. Les comportements individuels qui s'écarteraient de ces valeurs ne doivent ni être ignorés, ni servir de prétexte à jeter le discrédit sur toute une profession.
La position de l'UPC tient en une phrase : aucune complaisance à l'égard de comportements contraires à nos valeurs, mais aucune condamnation sans que les faits aient été établis.
C'est exactement ce qu'on attend d'une institution adulte. Ni corporatisme, ni lynchage. Une jeune femme de 18 ans qui affirme avoir été harcelée mérite d'être entendue. Un homme mis en cause mérite que sa situation soit examinée ailleurs que dans les commentaires Facebook.
Trente et un pompiers calédoniens sont partis affronter le feu au nom de la solidarité nationale. Ils rentreront avec une affaire sur le dos. Ce serait une injustice supplémentaire que leur mission se résume à cela.

(Crédit photo : ville du Mont-Dore)

