Ce que la COP17 a vraiment acté

Résumé IA
Du 17 au 28 août 2026, la COP17 à Oulan-Bator aboutit à 1,3 milliard de dollars pour restaurer les terres, alors que 40 % des sols mondiaux sont dégradés, et 75 % en France. La conférence lance aussi la Facilité d'investissement pour la résilience à la sécheresse, tandis que la COP18 est prévue en Égypte en 2028.
Deux semaines de discussions dans la steppe mongole, et un chiffre qui dépasse largement le cercle des chancelleries : 40 % des terres de la planète sont aujourd'hui dégradées.
La France n'est pas au balcon. Sur son propre sol, la proportion grimpe à 75 %.
Quarante pour cent des terres mondiales sont abîmées
Du 17 au 28 août 2026, Oulan-Bator a accueilli la 17e conférence des Parties de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification. Cent quatre-vingt-dix-sept parties autour de la table : 196 États et l'Union européenne. À l'arrivée, une série d'engagements adoptés sur la dégradation des terres, la désertification et la sécheresse.
Le diagnostic tient en une ligne. La dégradation des sols touche désormais près de la moitié de l'humanité.
Le reste des chiffres suit la même pente. 40 % des terres de la planète sont dégradées. En Asie centrale, 80 millions d'hectares sont concernés, ce qui affecte plus de 24 millions de personnes. Et à l'horizon 2050, trois personnes sur quatre seront confrontées à la sécheresse.
On aurait tort de ranger ce dossier dans la case des sujets lointains.
En France, 75 % des terres sont dégradées. La désertification proprement dite, elle, ne frappe que 1 % du territoire. La nuance compte, mais elle ne console pas : un sol appauvri produit moins, coûte plus cher à travailler et fragilise l'exploitation qui vit dessus. Ce n'est pas une abstraction militante. C'est une donnée agricole, économique et, pour tout dire, souveraine. Un pays qui laisse filer la qualité de ses terres finit par acheter ailleurs ce qu'il ne produit plus chez lui.
1,3 milliard de dollars, et ensuite ?
Le principal résultat d'Oulan-Bator porte un montant : 1,3 milliard de dollars consacrés à la restauration des terres et à la lutte contre la sécheresse. Les projets seront menés dans plus de 23 pays, répartis sur cinq continents. L'annonce émane conjointement de gouvernements, de banques de développement et d'entreprises.
Une précision mérite d'être lue lentement. Plus de 216,4 millions ont été confirmés à ce jour. Le solde relève encore de l'intention.
C'est précisément là que se juge une COP. Pas au moment du communiqué final, applaudissements compris, mais deux ou trois ans plus tard, quand on compte ce qui a été effectivement décaissé et ce qui s'est évaporé entre l'annonce et le virement. Les sommets internationaux ont une propension bien connue à confondre le chiffre promis et le chiffre versé.
La conférence a par ailleurs lancé la Facilité d'investissement pour la résilience à la sécheresse, la DRIF. Il s'agit de la toute première plateforme de financement dédiée à la résilience à la sécheresse, avec un objectif de mobilisation pouvant atteindre 400 millions de dollars, orientés vers l'agriculture durable et la restauration des terres.
Autre avancée, moins commentée mais plus intéressante : la prise en compte des peuples autochtones, des éleveurs pastoraux et des communautés locales. Ceux-ci réclament un renforcement des droits à la mobilité, un accès direct aux financements et une meilleure association à la prise de décision.
Sur ce point, la logique est saine. Accès direct signifie moins d'intermédiaires, moins de circuits administratifs et davantage de moyens confiés à ceux qui connaissent leurs terres mieux que n'importe quel cabinet d'expertise. Ces populations ne demandent pas qu'on les plaigne. Elles demandent qu'on les paie directement et qu'on les écoute. La différence est de taille.
La Secrétaire exécutive de la CNULCD, Yasmine Fouad, salue « une architecture plus solide » pour la mise en œuvre, en mettant en avant les décisions politiques, les mécanismes de financements innovants et les portefeuilles d'investissement.
Rendez-vous est pris : la COP18 se tiendra en 2028, en Égypte.
Rio 1992, la convention qu'on oublie toujours
Entrée en vigueur en décembre 1996, la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification demeure le seul accord international contraignant en matière de gestion durable des terres.
Contraignant. Le mot est assez rare dans le vocabulaire onusien pour qu'on s'y arrête.
Et pourtant, ce texte vit dans l'ombre des deux autres. Le climat occupe les plateaux, la biodiversité occupe les tribunes, la désertification passe entre les gouttes. Les trois conventions sont pourtant nées du même moment et du même lieu : le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, en 1992.
Il vaut la peine de rappeler pourquoi celle-ci existe. En 1992, ce texte a été accordé aux États africains qui ne se reconnaissaient pas dans les préoccupations relatives au changement climatique et à la destruction de la nature. Leur demande était concrète, presque terre à terre : inscrire à l'agenda mondial l'avancée des déserts et la perte de terres agricoles, qui nourrissent en Afrique une insécurité alimentaire croissante.
Trente-quatre ans plus tard, le constat s'impose de lui-même. Le sujet le moins spectaculaire est sans doute le plus décisif. Il ne produit ni images de banquises, ni symboles animaliers, ni slogans. Il produit du blé, du mil, du fourrage ou il n'en produit plus.
Reste la seule question qui vaudra en 2028, à l'ouverture de la COP18 égyptienne. Combien des 1,3 milliard de dollars annoncés auront été réellement versés, et combien d'hectares auront été restaurés ?
Le reste sera de la communication.
(Crédit photo : Radio France - Etienne Cholez)
