Un divorce, un fusil, quatre morts à Gy

Résumé IA
À Gy, en Haute-Saône, quatre corps d'une même famille sont découverts mercredi soir sur un terrain isolé. Le parquet privilégie l'hypothèse d'un père de 42 ans qui aurait tué sa compagne de 74 ans, deux enfants, puis retourné l'arme contre lui. Le couple était en instance de divorce.
Un terrain isolé sur les hauteurs d'un village de mille âmes. Un mobil-home, un utilitaire blanc, et quatre corps.
À Gy, en Haute-Saône, la France a de nouveau été mise devant ce qu'un homme peut décider de détruire quand il estime avoir tout perdu.
Une nuit d'enquête sur les hauteurs de Gy
Il est un peu plus d'une heure du matin, ce jeudi 3 septembre, quand Arnaud Grécourt, procureur de la République en Haute-Saône, annonce l'ouverture d'une enquête pour homicides volontaires. La décision tombe dans le silence de la nuit, quelques heures après une découverte que personne, ici, n'attendait.
Vers vingt heures, la veille, quatre corps appartenant à une même famille ont été retrouvés sur un terrain isolé, dans les hauteurs de Gy, commune d'environ mille habitants située à une trentaine de kilomètres au nord de Besançon. L'information est révélée par L'Est Républicain.
La parcelle est bordée d'un mur en pierre sèche. Autour, des vignes, des bois. La famille y vivait dans un mobil-home, installé à côté d'une maison en cours de construction, rapporte une journaliste de l'AFP dépêchée sur place jeudi matin.
Deux corps ont été découverts dans un utilitaire blanc garé sur le terrain. Les deux autres dans le mobil-home.
Arrivés dès la veille au soir, le procureur de la République de Vesoul et le maire de Gy, Alexandre Lacroix, ont constaté le quadruple homicide : un homme, deux enfants et une femme, selon la presse locale.
Dans un communiqué publié jeudi après-midi, le parquet écrit que le père de famille aurait donné la mort aux trois autres personnes avant de retourner l'arme contre lui un fusil de chasse. C'est l'hypothèse aujourd'hui privilégiée. Rien de plus. Rien de moins.
Un divorce, une arme, et un homme qui n'a pas supporté de perdre
Ce que l'on sait du contexte tient en peu de choses, et il faut s'y tenir.
Selon une source officielle, il s'agissait d'un couple en instance de divorce, appartenant à la communauté des gens du voyage, et qui était en train de construire sa maison. Le père avait 42 ans et travaillait dans le bâtiment, indique l'un de ses voisins. La femme retrouvée sans vie était âgée de 74 ans.
Un homme croisé par l'AFP près des lieux du drame, qui s'est présenté comme le cousin du père de famille et n'a pas souhaité donner son nom, livre un récit que la justice n'a pas confirmé à ce stade. Selon lui, les faits se seraient produits au moment où la belle-mère venait chercher les enfants. Il affirme également que le père aurait filmé la scène et transmis les images à sa femme, puis à ses frères.
Toujours d'après ce proche, la compagne souhaitait le quitter depuis une infidélité commise plusieurs mois auparavant. Le couple avait semblé se réconcilier. Ils étaient partis ensemble en vacances en Grèce cet été.
Mercredi, elle a demandé à sa mère d'aller chercher les enfants. Six mots, rapportés par ce même cousin : « Je n'ai plus envie d'y retourner. »
On voudra bientôt expliquer. On invoquera la souffrance, la rupture, l'humiliation supposée d'un homme quitté. Ces mots-là n'ont rien à faire dans cette affaire. Un homme de 42 ans a pris un fusil et l'a tourné contre des enfants et une femme de 74 ans. Il n'y a pas de contexte qui absorbe cela, pas de grille de lecture qui l'atténue, pas une seule circonstance qui transforme un bourreau en victime.
Reste une question que la République se doit de poser, sans détour et sans procès d'intention : comment un fusil de chasse se retrouve-t-il disponible, dans un foyer où une séparation était engagée et où la tension familiale était connue de l'entourage ? La réponse appartient aux enquêteurs. Mais la protection des femmes et des enfants pendant les procédures de séparation reste l'un des angles morts les plus coûteux de notre politique pénale.
Une commune sidérée, un pays qui doit regarder en face
À Gy, le récit du drame a circulé vite. Dès 22h30, mercredi, Alexandre Lacroix réunissait en urgence le conseil municipal pour informer les élus.
Jeudi matin, dans un communiqué, l'édile évoque un événement qui « restera à jamais gravé » dans l'histoire de la commune. Il appelle les habitants à la retenue, à la dignité, et à ne pas relayer d'informations que la justice n'a pas confirmées. Consigne rare, et bienvenue, à l'heure où chaque drame devient en quelques minutes un objet de commentaire.
La communauté éducative a été réunie dès 7h45. Une cellule de soutien psychologique a ensuite été déployée dans les établissements scolaires, avec quatre psychologues mobilisés pour recevoir les enfants comme les enseignants. Le dispositif a volontairement dépassé le seul pôle éducatif Catherine-Fraischot, où étaient scolarisées les jeunes victimes. Selon le maire, cité par L'Est Républicain, la famille était très impliquée dans la vie associative de la commune.
Le week-end festif, lui, n'aura pas lieu. Le conseil municipal a annulé la cérémonie des Trophées de la Ville pour le sport, prévue vendredi soir, ainsi que le feu d'artifice de samedi. Personne n'a discuté.
L'enquête se poursuit, confiée à la brigade de recherches de Vesoul. L'autopsie des quatre corps a été ordonnée et se tiendra dans les prochains jours.
Il n'y aura pas de procès. L'auteur présumé est mort. Il ne rendra de comptes à personne. C'est peut-être ce qu'il y a de plus insupportable dans cette affaire : la justice, ici, arrive après tout le monde. Elle n'aura plus qu'à décrire.
(Crédit photo : Bastien Ohier / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

