Macron dit non aux Chinois

Résumé IA
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Deux heures d'entretien, un dossier nickel remis au centre du jeu et une ligne rouge posée par les élus eux-mêmes.
La Nouvelle-Calédonie est repartie de Paris avec des moyens, une méthode et surtout un cap : l'économie avant l'institutionnel.
Une ligne rouge posée par les élus eux-même
Il y a des rendez-vous dont on mesure la portée plus tard.
Celui-ci en fait partie. La rencontre au palais de l'Élysée avec Emmanuel Macron a clos la mission transpartisane à Paris. Elle aura aussi été la dernière entre le chef de l'État et les élus néo-calédoniens avant la fin de son second quinquennat. Un point final, en quelque sorte, à une séquence commencée il y a plusieurs années et qui aura vu se succéder les promesses, les blocages et les rendez-vous manqués.
L'entretien intervenait au lendemain de l'annonce, par le Premier ministre, d'un plan de financement pour la Nouvelle-Calédonie en 2026 et 2027. Le calendrier n'avait rien d'anodin. Il donnait à la délégation calédonienne un point d'appui concret, chiffré, immédiatement opposable.
Sur la table, beaucoup de sujets. Mais un absent volontaire.
C'est peut-être le fait le plus notable de cette rencontre : la question de l'avenir institutionnel a été poliment écartée. Non par l'Élysée. Par les élus.
Toute la semaine parisienne avait été construite autour d'un axe unique : l'aide financière destinée à sortir le territoire du marasme qu'il subit depuis la crise du Covid-19, et surtout depuis les conséquences de la crise du 13 mai 2024, chiffrées à plus de 300 milliards de francs CFP.
Trois cents milliards. Le chiffre suffit à comprendre pourquoi les débats sur l'architecture statutaire pouvaient attendre.
On a clairement dit au président de la République que nous ne voulions pas, avant le prochain mandat de l'Assemblée nationale et le prochain président, avoir des discussions sur ces sujets pour ne pas décevoir les Calédoniens, mais plutôt nous concentrer sur le redressement économique, financier et la relance de notre territoire après les émeutes, a affirmé Virginie Ruffenach, présidente du Congrès de la Nouvelle-Calédonie.
La phrase mérite d'être relue.
Elle acte une chose simple : les Calédoniens ont assez donné en matière d'espérances déçues. Ouvrir un cycle de négociations institutionnelles à quelques mois d'échéances nationales majeures, c'est prendre le risque d'un nouvel échec et d'une nouvelle désillusion. Sur sa page Facebook, la présidente du Congrès a d'ailleurs dénoncé « cet ascenseur émotionnel » que le pays subit depuis trop longtemps sur la question statutaire, plaidant pour « la responsabilité et la stabilité ».
Ce n'est pas de la prudence. C'est du sérieux.
Nickel : Macron ferme la porte aux capitaux chinois
L'autre grand dossier de l'entretien, c'était évidemment le nickel. L'avenir des trois usines reste la variable décisive de tout redressement économique du territoire.
Et sur ce point, le chef de l'État a été net.
Emmanuel Macron a été très clair, il ne veut pas d'investisseurs chinois en Nouvelle-Calédonie, a indiqué Nicolas Metzdorf, député loyaliste Ensemble pour la République.
Une position que l'on saluera sans détour. La Nouvelle-Calédonie est un territoire français, donc européen : ses ressources stratégiques n'ont pas vocation à devenir la variable d'ajustement d'une puissance qui avance ses pions dans l'Indo-Pacifique depuis des années.
Reste le revers de la médaille, et le député ne l'a pas caché.
Il a regretté auprès du président que « la Nouvelle-Calédonie, terre française, terre européenne, n'intéressait pas les investisseurs français et européens » sur la question du nickel. Le constat est rude. Il est surtout exact. On ne peut pas, d'un même mouvement, refuser les capitaux étrangers et laisser un secteur stratégique sans repreneurs.
De son côté, Virginie Ruffenach a confirmé que la volonté de voir les usines trouver des repreneurs est désormais affirmée au plus haut niveau de l'État, et que les événements devraient s'accélérer en ce sens. Emmanuel Macron a apporté des précisions sur le calendrier des offres.
Ce que la délégation ramène vraiment de Paris
Près de deux heures d'entretien. Et un bilan que le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, Milakulo Tukumuli, a qualifié de « très positif ».
Nous avons fait quelque chose ensemble malgré nos divergences. C'est important de le souligner parce que les Calédoniens attendent de leurs élus qu'ils travaillent ensemble pour relever le pays.
Voilà une phrase que beaucoup, sur le Caillou, attendaient depuis longtemps.
Nicolas Metzdorf partage le constat, tout en fixant l'étape suivante : il faut désormais :
valider les promesses du gouvernement dans le projet de loi de finances.
Autrement dit, transformer l'engagement politique en ligne budgétaire. C'est là que tout se joue.
Le reste de la semaine parisienne avait préparé le terrain.
À Oudinot, avec la ministre des Outre-mer, les échanges ont largement porté sur le contrat de responsabilité entre l'État et la Nouvelle-Calédonie, destiné à désendetter progressivement le territoire et à lui redonner des perspectives. Des discussions jugées fructueuses par la présidente du Congrès et surtout, selon ses mots, absolument nécessaires.
À l'Assemblée nationale, le soutien a été total, de la droite à la gauche. Fait rare, une lettre commune signée par l'ensemble des groupes a été transmise au président de la République et au Premier ministre pour solliciter un soutien financier au territoire.
Une unanimité parlementaire sur la Nouvelle-Calédonie : cela ne s'était pas vu souvent.
Faut-il pour autant crier victoire ? Non.
Aucun nouvel engagement financier précis n'a été annoncé à l'issue de l'entretien élyséen pour répondre à la crise que traverse le territoire. La rencontre aura surtout permis aux élus d'exposer leurs priorités au chef de l'État. Le reste dépendra de l'examen budgétaire, et de la capacité des Calédoniens à maintenir ce front commun jusqu'au bout.
La délégation rentre néanmoins avec des moyens conséquents pour franchir les caps de 2026 et 2027.
Ce n'est pas un aboutissement. C'est un point de départ.
Et pour une fois, il repose sur une méthode claire : d'abord relever l'économie, ensuite parler d'institutions. Dans l'ordre. Pas l'inverse.
(Crédit photo : page Facebook Virginie Ruffenach)
