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Au delà du récif

L'AfD écrase tout, Merz s'écroule

7 septembre 2026 à 05:02
6 min de lecture
L'AfD écrase tout, Merz s'écroule

Résumé IA

L'AfD remporte une victoire historique en Sax//Saxe-Anhalt, frô--sant les 44% des voix et dominant largement le scrutin.#. Le parti d'extrême droite, dirigé par Ulrich Siegmund, conforte son implantation régionale et courtise désormais la majorité absolue, tandis que la CDU s'effondre et que les autres formations peinent à coexister.

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Il n'y a pas eu de surprise dimanche soir en Saxe-Anhalt. Seulement une confirmation, et elle est brutale.
L'AfD n'y progresse plus : elle domine. Et Berlin, cette fois, n'a plus d'excuse pour détourner le regard.

Un raz-de-marée annoncé, et pourtant sidérant

« L'heure de vérité ». Le tabloïd Bild n'avait pas choisi ce titre au hasard pour son édition dominicale.

Les bureaux de vote de ce Land d'ex-RDA de deux millions d'habitants ont fermé à 18 heures, au terme d'une journée marquée par une participation très élevée. Les premières estimations de l'ARD et de la ZDF sont tombées dans la foulée. Elles ne contredisent rien : elles ratifient ce que les instituts annonçaient depuis des mois.

L'AfD obtiendrait entre 44 et 44,5 % des voix.

Le chiffre mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il ne raconte pas une percée mais une hégémonie. Derrière, c'est le désert. La CDU tombe à 18,5 %. Die Linke se situe entre 9 et 9,5 %, les Verts entre 8,5 et 9 %, le SPD entre 8 et 9 %. Le BSW, formation issue de la gauche radicale et prorusse, joue sa survie parlementaire autour de 4,8 à 5 %, sans certitude de franchir le seuil.

Autrement dit : le parti antimigrants, russophile et pro-Trump pèse plus que les quatre formations suivantes réunies.

Devenu premier parti d'opposition du pays lors des législatives de 2025, il vient de franchir un cap supplémentaire. Depuis 1945, jamais une formation de droite radicale n'a dirigé une région allemande. Ce verrou-là est aujourd'hui à portée de main.

Reste une inconnue, et elle est décisive : la majorité absolue des sièges. Sans elle, aucune coalition ne s'offrira à l'AfD, sauf à débaucher ailleurs.

Ulrich Siegmund, le visage d'une colère de l'Est

« Nous avons écrit l'Histoire dans ce pays », a lancé Ulrich Siegmund sur l'antenne de l'ARD. Le chef régional de l'AfD, 35 ans, y a ajouté sa formule de campagne : le pays a besoin d'un changement politique fondamental, d'une politique qui s'occupe « enfin à nouveau de nos propres intérêts ».

On peut trouver la phrase inquiétante. On peut aussi constater qu'elle a convaincu près d'un électeur sur deux.

Le personnage sait ce qu'il fait. Star des réseaux sociaux, il a voté dimanche à Tangermünde, son fief, sous les acclamations de ses partisans, arrivé au bureau de vote avec son épouse Julia sur une Simson, la mobylette emblématique de l'ex-Allemagne de l'Est. Le symbole est limpide, et il fonctionne.

Car Siegmund joue une partition précise : celle d'une nostalgie de la RDA et d'un sentiment tenace de déclassement. Ses sympathisants s'estiment défavorisés par rapport à leurs cousins de l'Ouest et par rapport aux migrants.

Sur le terrain, l'adhésion se dit sans détour. Peter Harmuth, agent d'entretien de 56 ans à Tangermünde, confie à l'AFP qu'il le trouve « très bon et proche des gens ordinaires », qu'il va vers les électeurs et les écoute.

C'est là que le confort intellectuel des commentateurs s'effondre. On peut continuer à expliquer ce vote par l'ignorance, l'aigreur ou la manipulation étrangère. Cela n'a pas marché une seule fois en dix ans. Un électorat qui se sent méprisé ne se corrige pas à coups de leçons de morale ; il se venge dans l'isoloir.

Le programme, lui, est connu. S'il gouverne, Siegmund promet de multiplier les expulsions d'étrangers. Il veut aussi réécrire les programmes scolaires d'histoire, à ses yeux trop centrés sur la culpabilité de l'Allemagne du IIIe Reich, et sortir du financement de l'audiovisuel public, qu'il juge hostile à son parti.

Sur ce dernier point, la brutalité du projet parle d'elle-même dans un pays profondément marqué par les crimes du nazisme. À Magdebourg, la capitale régionale, des électeurs espéraient encore un sursaut. « J'espère simplement qu'à l'issue du scrutin d'aujourd'hui, on constatera que la majorité des habitants de Magdebourg et de Saxe-Anhalt ont voté en faveur de la démocratie », disait Sarah Stellmacher, employée d'école de 35 ans.

Le décompte lui donnera tort ou raison. Il ne lui donnera pas d'explication.

Merz fragilisé, le cordon sanitaire à l'épreuve

Le vrai perdant de la soirée ne s'appelle pas Sven Schulze. Il s'appelle Friedrich Merz.

Arrivé au pouvoir en mai 2025, le chancelier conservateur avait bâti une partie de son offre sur un durcissement migratoire censé siphonner les voix de l'AfD. Le résultat est là : le parti qu'il devait assécher plafonne à 44 % dans un Land entier, tandis que sa propre famille politique s'effondre sous les 20 %.

Merz est au plus bas dans les sondages nationaux. Une économie en difficulté, des disputes récurrentes avec ses partenaires sociaux-démocrates au gouvernement, des gaffes à répétition : l'addition était prévisible. Elle est désormais chiffrée.

Une leçon se dégage, et elle vaut bien au-delà du Rhin. Promettre la fermeté puis livrer de la gestion ne désarme pas la contestation : cela la légitime. L'électeur finit toujours par préférer l'original à la copie.

Reste la mécanique institutionnelle, et elle est cruelle pour tout le monde.

Si l'AfD manque la majorité absolue, elle devra briser le cordon sanitaire que la classe politique allemande maintient contre elle. Le refus reste ferme. Mais le débat, lui, pourrait bien s'ouvrir à l'intérieur de la CDU et c'est peut-être l'information la plus lourde de la soirée.

Si Sven Schulze veut conserver la tête de la Saxe-Anhalt, il devra trouver une entente avec l'intégralité des autres formations représentées. L'exercice n'a rien d'inédit : deux Länder voisins, la Saxe et la Thuringe, vivent déjà sous des gouvernements minoritaires conservateurs suspendus au soutien de la gauche radicale.

Voilà où mène la stratégie du barrage sans projet : des majorités bricolées, des alliances contre nature, et un électorat qui vote encore plus fort la fois suivante.

Au moment de glisser son bulletin, Schulze a reconnu avoir « tout donné ». Et lâché ces mots : « Cela a été véritablement épuisant ».

Dernier détail, qui n'en est pas un. Des renforts policiers ont été déployés dimanche par crainte de débordements entre pro et anti-AfD. Des grilles métalliques ont été dressées autour du Landtag, le parlement régional, et de nombreux fonctionnaires patrouillaient, selon des journalistes de l'AFP.

Une démocratie qui doit grillager son propre parlement un soir d'élection a déjà commencé à répondre à la question qu'elle prétendait poser.

(Crédit photo : MICHAEL KAPPELER / DPA / AFP)