Milei rallume la guerre des Malouines

Résumé IA
Lors d'une allocution à la Casa Rosada, Javier Milei réaffirme la souveraineté argentine sur les Malouines et annonce des mesures pour dissuader les opérations non autorisées autour de l'archipel. Le Royaume-Uni, par la voix de son ministre de la Défense Wes Streeting, répond que les îles sont britanniques par choix de leurs habitants.
Buenos Aires hausse le ton. Londres ne bouge pas d'un pouce. Entre une banderole de footballeurs et une allocution solennelle, Javier Milei a rouvert un dossier vieux de près de deux siècles.
Une allocution millimétrée depuis la Casa Rosada
Tout est parti d'une pelouse d'Atlanta.
En demi-finale du Mondial, l'Argentine venait de battre l'Angleterre 2-1. Sur le terrain, plusieurs joueurs de l'Albiceleste, dont Giovani Lo Celso et Lisandro Martínez, déploient une banderole sans ambiguïté : « Las Malvinas son Argentinas ». Les Malouines sont argentines. Quarante-quatre ans après la guerre de 1982, le message ne visait pas seulement l'adversaire du soir.
Il offrait surtout à Buenos Aires une vitrine planétaire pour une revendication qui concerne un archipel de 3 500 habitants et de plus de 500 000 moutons.
Sur le moment, Javier Milei avait pourtant appelé au calme.
Ne mélangeons pas les choses. Les Malouines se récupèrent avec une diplomatie avisée et non avec des gestes de patriotisme bon marché, déclarait-il sur Radio Mitre.
La leçon avait de la tenue. Elle n'a pas tenu longtemps.
Le 3 septembre, le président argentin a lui-même remis l'archipel au cœur de son récit politique. Décor choisi : le Salon Blanc de la Casa Rosada, tous les membres du gouvernement rassemblés derrière lui, caméras de télévision braquées.
Rien d'improvisé dans cette mise en scène.
Convoqués dès 16 heures, les ministres ont dû patienter. Le chef de l'État rentrait du Chili avec sa sœur Karina Milei et le ministre des Affaires étrangères Pablo Quirno, avant de recevoir l'économiste américain James Heckman, prix Nobel et professeur à l'université de Chicago. Selon le quotidien La Nación, l'enregistrement n'a commencé qu'à 18 h 52. Dix minutes avant la diffusion, l'ensemble du gouvernement publiait sur les réseaux sociaux le lien de l'allocution, accompagné du même mot d'ordre. Coordination parfaite.
Le fond, lui, est sec. L'Argentine déploiera « tous les instruments diplomatiques, économiques, judiciaires » pour dissuader les acteurs, étatiques ou non, qui portent atteinte à sa souveraineté. Un projet de loi est annoncé pour durcir les sanctions et les peines visant les entreprises engagées dans des « opérations non autorisées » autour de l'archipel de l'Atlantique sud.
Puis, jeudi, la formule assénée sans nuance : les Malouines
sont argentines par l'histoire et par le droit, il n'y a aucune discussion à ce sujet.
Le pétrole, nerf d'un contentieux vieux de deux siècles
Derrière la rhétorique, il y a un gisement.
C'est sous les fonds marins que se joue désormais l'essentiel. Le projet pétrolier Sea Lion cristallise la colère de Buenos Aires, parce qu'il pose une question que l'Argentine juge centrale : qui décide de l'exploitation des ressources naturelles de l'archipel ? Pour le gouvernement Milei, Londres ne peut rien autoriser seul sur une zone dont la souveraineté reste contestée.
Pablo Quirno l'a formulé ainsi :
Il se passe des choses aux Malouines qui relèvent de décisions unilatérales du Royaume-Uni, que non seulement nous rejetons, mais que nous condamnons très clairement.
Le contentieux, lui, n'a rien de neuf. L'Argentine qualifie d'« occupation » la présence britannique établie depuis 1833. Depuis 1965, une résolution des Nations unies reconnaît l'existence d'un différend de souveraineté et invite les deux parties à rechercher une solution pacifique. Les États-Unis, comme la plupart des pays occidentaux, reconnaissent que le Royaume-Uni administre de facto les îles, sans se prononcer sur la souveraineté stricto sensu.
En 1982, le différend a viré à la guerre. Après l'invasion de l'archipel par les forces argentines, Londres a envoyé ses troupes reprendre le contrôle. En 74 jours, le conflit a fait 649 morts argentins et 255 morts britanniques.
Six cents kilomètres séparent les Malouines de la côte patagonienne. La distance n'a jamais valu titre de propriété.
L'autodétermination, seule réponse au discours victimaire
Reste l'élément qui a mis le feu aux poudres : Donald Trump.
Interrogé lundi sur les Malouines, le président américain n'a pas exclu de « revoir » la neutralité de Washington.
Je passe toujours toutes les positions en revue. C'en est une parmi d'autres, a-t-il lâché, sans aller plus loin.
Javier Milei s'en est aussitôt réjoui, évoquant :
quelque chose de très fort concernant la cause la plus importante et la plus sacrée pour nous les Argentins.
Une petite phrase. Pas une décision.
À ce stade, rien ne permet de conclure que les États-Unis s'apprêtent à se ranger derrière l'Argentine. Aucun changement officiel de la position américaine n'a été annoncé.
Londres, en revanche, a répondu vendredi 4 septembre au matin. Et sans détour. Par la voix de son ministre de la Défense Wes Streeting, sur X :
Les Malouines sont britanniques parce que les habitants des Malouines choisissent d'être britanniques.
Avant d'ajouter : Notre engagement envers les Malouines est absolu et inébranlable.
Le ministre a également estimé que la sortie de Javier Milei en disait davantage sur « la politique intérieure en Argentine » que sur le statut réel de l'archipel.
La remarque fait mouche.
Car c'est bien là que le discours de Buenos Aires révèle sa faiblesse. Le président argentin conteste aux 3 500 habitants des Malouines le droit à l'autodétermination, les qualifiant de « population implantée sur un territoire usurpé ». Autrement dit : ces gens vivent là, votent, travaillent, mais leur volonté ne compterait pas.
Le procédé est connu. On efface les habitants d'un territoire au nom d'une blessure historique, on transforme une revendication en cause « sacrée », et l'on demande au reste du monde de trancher à leur place.
Cette mécanique-là, la France la connaît. Elle sait ce que vaut le principe selon lequel les populations concernées décident elles-mêmes de leur avenir, par les urnes, et non sous la pression d'un voisin qui invoque la géographie ou une carte du XIXe siècle. C'est précisément ce principe que Londres oppose aujourd'hui à Javier Milei. Et c'est le seul qui ait une valeur juridique et démocratique tangible.
Le reste relève du calendrier politique argentin.
Une allocution soigneusement chorégraphiée, un mot vague du président américain, un gisement pétrolier prometteur : les ingrédients d'une séquence de communication réussie à Buenos Aires. Pas ceux d'un changement de souveraineté.
Aux Malouines, les habitants n'ont pas changé d'avis. C'est peut-être là le seul fait qui compte vraiment.
(Crédit photo : SAUL LOEB / AFP)

