Un dimanche noir sur nos routes

Résumé IA
Deux accidents de la route ont fait deux morts en moins de vingt heures en Nouvelle-Calédonie : un homme de 45 ans à Hulup, sur l'île d'Ouvéa, et une femme d'environ 35 ans à Ouégoa. Le bilan routier atteint vingt et un décès depuis le début de l'année, et les enquêtes sont en cours.
Deux familles calédoniennes ont vu leur dimanche basculer. Deux routes, deux véhicules, deux vies fauchées en moins de vingt heures.
Et un chiffre qui, lui, ne cesse de monter.
Une nuit qui s'achève à Hulup
Il était un peu moins de 23 heures, ce dimanche 6 septembre, quand les gendarmes ont été alertés.
À Hulup, du côté du district de Fayaoué, sur cette île d'Ouvéa où tout le monde se connaît, un homme de 45 ans a perdu la vie dans un accident de la route. Le véhicule ne transportait pas qu'un seul occupant. Ils étaient plusieurs à bord.
Selon les premiers éléments recueillis par les militaires, le conducteur aurait perdu le contrôle de sa voiture. Rien de plus, à ce stade. Les circonstances précises restent à déterminer, et il serait indécent d'inventer ce que l'enquête n'a pas encore établi.
Mais il y a des faits qui, eux, n'attendent pas les conclusions. Un homme de 45 ans est mort. Une voiture avec plusieurs personnes dedans a quitté la route un dimanche soir. Et sur les îles Loyauté comme ailleurs, ce scénario n'a plus rien d'exceptionnel.
Ouégoa, dix-huit heures plus tôt : le même scénario
Le drame de Hulup n'était pas le premier de la journée.
Entre 5 et 6 heures du matin, à l'entrée sud de Ouégoa, à l'autre bout du pays, un véhicule seul en cause a effectué plusieurs tonneaux. Une femme d'environ 35 ans a été éjectée de l'habitacle. Elle n'a pas survécu.
Un autre occupant s'en tire avec des blessures légères. Une enquête est ouverte pour déterminer les causes de cette sortie de route.
Seul en cause. Ces trois mots reviennent avec une régularité qui devrait interpeller. Pas de collision. Pas de tiers. Pas de responsable extérieur à désigner. Une voiture, une route, et un contrôle perdu.
Le premier accident survient à l'aube. Le second à la nuit tombée. Entre les deux, une journée entière de circulation sur les routes calédoniennes, et deux familles qui ne le savaient pas encore.
Vingt et un morts : et si on arrêtait de chercher des excuses ?
Vingt et un.
C'est le nombre de personnes qui ont perdu la vie sur les routes du Caillou depuis le début de l'année. Vingt et un noms, vingt et un enterrements, vingt et une chaises vides.
À chaque nouveau drame, le même refrain revient : l'état des chaussées, le manque de signalisation, l'éclairage insuffisant, les moyens de la sécurité routière. Tout cela mérite d'être examiné, personne ne dit le contraire. Mais une route en mauvais état n'a jamais pris le volant à la place de qui que ce soit.
La Nouvelle-Calédonie sort d'années difficiles. Le tissu économique a été abîmé, les services publics ont été mis à rude épreuve, et les priorités budgétaires du pays sont légitimement discutées. Il serait pourtant commode et faux de transformer chaque accident en symptôme social. La perte de contrôle d'un véhicule n'est pas une fatalité géographique. C'est, presque toujours, une somme de décisions.
La vitesse. L'alcool. La ceinture qu'on ne boucle pas parce qu'on ne fait que deux kilomètres. La fatigue d'une nuit qui s'étire. Le trajet qu'on connaît par cœur et qu'on croit maîtriser les yeux fermés. Les gendarmes, eux, connaissent la liste par cœur.
Ils étaient là dimanche matin à Ouégoa. Ils étaient là dimanche soir à Hulup. Ce sont les mêmes qui relèvent les corps, préviennent les familles, et rédigent les procès-verbaux que personne n'a envie de lire. On leur reproche souvent leurs contrôles. On les remercie rarement.
Vingt et une vies, ce n'est pas une statistique. C'est un village entier qui manque à l'appel. Dans un territoire qui compte moins de 270 000 habitants, ce chiffre a un poids que les métropoles n'imaginent pas : ici, chaque mort sur la route est le cousin, le collègue ou le voisin de quelqu'un.
Alors oui, il faudra des campagnes de prévention. Il faudra des contrôles. Il faudra sans doute investir davantage dans certains axes. Mais rien de tout cela ne remplacera la responsabilité individuelle, celle qui se joue au moment précis où l'on décide de prendre ou non le volant.
Les enquêtes diront ce qui s'est passé à Ouvéa et à Ouégoa. Elles ne diront pas comment éviter le vingt-deuxième.
Ça, c'est l'affaire de chacun.
(Crédit photo : Premières Lignes)

