8 % boivent tous les jours

Résumé IA
En Nouvelle-Calédonie, six adultes sur dix boivent régulièrement, dont 8 % quotidiennement, et les cellules de dégrisement de Nouméa se remplissent chaque week-end. Face à cette consommation jugée problématique, la province Sud a révisé son code des débits de boissons en 2024 et propose une e-formation gratuite de deux heures pour sensibiliser aux risques.
Six adultes sur dix boivent régulièrement. Chaque week-end, les cellules de dégrisement de Nouméa ne désemplissent pas.
En Nouvelle-Calédonie, l'alcool a cessé d'être une affaire de comptoir : c'est devenu un problème d'ordre public que plus personne ne peut décemment contourner.
Des chiffres qui ne laissent aucune place au confort
À Moindou, le Haut-Commissariat a tranché : la consommation d'alcool a été interdite sur la voie publique du 4 au 6 septembre, sur l'ensemble de la commune.
Trois jours. Un week-end entier neutralisé par arrêté pour tenir l'espace public. La mesure est sèche, administrative, sans commentaire. Elle en dit long.
À Nouméa, le décor est le même sous une autre forme. Les cellules de dégrisement du commissariat central se remplissent chaque week-end, avec la régularité d'un rituel. Et sur l'ensemble du territoire, les infractions d'ivresse publique atteignent le double de ce que l'on enregistre en métropole.
Ce n'est pas une impression. C'est un écart mesuré.
Le baromètre santé 2021-2022 en donne la structure exacte. Près de six adultes calédoniens sur dix déclarent boire régulièrement. Parmi les consommateurs, 51 % se disent occasionnels, avec deux à trois épisodes par mois. 41 % boivent chaque semaine. Et 8 % boivent tous les jours.
Ce dernier chiffre mérite qu'on s'y arrête. Un consommateur sur douze, quotidiennement.
Depuis des décennies, l'archipel vit sous la coupe d'une consommation problématique. On peut continuer à parler de convivialité, de tradition, de moments partagés. Les données, elles, décrivent autre chose : une habitude installée, profondément ancrée, très au-delà du verre de l'amitié.
Il faudra bien, un jour, cesser d'expliquer ce qui se constate. Aucune circonstance atténuante collective n'a jamais vidé une cellule de dégrisement un dimanche matin. Ce que la statistique décrit, ce sont des comportements. Et un comportement, contrairement à une fatalité, cela se corrige.
Encore faut-il des règles claires. Elles existent.
Un code revu en 2024, des obligations qui ne se négocient pas
La province Sud a fait le choix inverse du flou. Le code des débits de boissons a été entièrement revu en 2024, avec un cadre réglementaire complet auquel les professionnels doivent se conformer.
Vendre de l'alcool n'est pas un commerce comme un autre. C'est une activité réglementée, assortie de droits et de devoirs qui varient selon la licence détenue et la nature de l'activité : consommation sur place, ou vente à emporter.
Le détail compte, et il est instructif.
Prenons le restaurant. Un client peut repartir avec sa bouteille entamée, oui. Mais seuls les vins et les bières, mentionnés au 1° de l'article 3, entamés à l'occasion d'un repas, peuvent être emportés, à condition d'être placés dans un contenant fermé permettant leur transport. Le mot « repas » n'est d'ailleurs pas laissé à l'appréciation de chacun : l'article 2-8 le définit comme l'ensemble des plats servis à table, à l'exclusion de toute nourriture de type restauration rapide.
Conséquence directe, et elle est sans ambiguïté : la bouteille de spiritueux non terminée dans un établissement de nuit ne quitte pas l'établissement.
Le serveur indépendant qui travaille pour des particuliers ou des agences événementielles relève, lui, d'un régime précis. Pour vendre de l'alcool dans un lieu privé ou privatisé, dans le cadre d'une prestation de type traiteur ou barman dont l'accès n'est pas ouvert au public, il faut solliciter la licence « vente à domicile classe 2 ». Celle-ci autorise la vente entre 10 heures du matin et 3 heures du matin. Pas au-delà.
Les verres publicitaires offerts par les distributeurs ? Ils restent utilisables pour servir bières et alcools. Mais le client ne doit pas pouvoir repartir avec, sous peine de tomber sous le coup de la réglementation sur la publicité indirecte et les cadeaux liés à l'alcool, telle que définie par l'article 3 de la loi du pays 2018-6 relative à la lutte contre l'alcoolisme.
En cas de contrôle, la présence d'un gérant simple suffit. L'ensemble des documents et autorisations d'exploitation doit néanmoins être présenté aux contrôleurs. À défaut, l'exploitant dispose de dix jours pour les transmettre.
Et la responsabilité, elle, ne se dilue pas dans l'organigramme. Les sanctions sont prises à l'encontre du gérant statutaire, celui qui figure au Kbis de l'établissement, sans préjuger des sanctions pénales susceptibles d'être infligées au salarié.
Reste le cas du commerçant qui reprend une épicerie de quartier sans espace affecté à la vente d'alcool. La demande de licence doit alors être accompagnée des plans des futurs aménagements. La licence peut être délivrée sous réserve que les obligations de l'article 123-6 soient respectées à l'ouverture au public. Le principe est simple : on ne vend pas d'abord et on aménage ensuite.
Dans cet espace dédié, en revanche, souplesse. Les produits dérivés et accessoires y ont leur place : sirop de sucre de canne, boissons d'un degré alcoolique inférieur ou égal à 1,2°, tire-bouchons.
Deux heures de formation gratuite, et plus aucune excuse
Le cadre existe. Encore faut-il le connaître. La province Sud a donc mis sur la table un outil que personne ne peut prétendre inaccessible.
Une e-formation gratuite, intitulée « Sensibilisation à la consommation excessive d'alcool », est ouverte à tous.
Professionnel du secteur, futur professionnel, étudiant en hôtellerie-restauration, jeune adulte ou simple curieux : la porte est la même pour tout le monde. Deux heures, en ligne, disponibles 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24.
Vidéos, animations, quiz. Le contenu couvre l'alcool et ses risques, l'état d'ébriété, la gestion des situations conflictuelles et l'impact de l'alcool sur la société calédonienne.
À l'issue du parcours, une attestation de suivi nominative et personnelle est délivrée. La formation ne fait pas l'objet d'un recyclage, mais elle sera mise à jour dès que le code des débits de boissons évoluera. Ceux qui ont suivi la formation obligatoire en présentiel avant le 15 juillet 2024 ne sont pas tenus de la refaire. C'est recommandé, tout simplement parce qu'elle intègre la nouvelle réglementation.
Reste un terrain que les professionnels connaissent bien : les stages de dégustation.
Les thématiques de ces stages, Beaujolais nouveau compris, ne sont pas appréhendées par la loi du pays 2018-6 du 30 juin 2018. Seule la publicité qui en est faite est réglementée affiches, réseaux sociaux et doit respecter les limitations de l'article 3.
Le caractère payant du stage n'est pas davantage défini par le code. Il faut alors revenir à l'article 4, qui pose l'interdiction, sauf exceptions, de la gratuité des boissons alcooliques. Aux organisateurs de veiller à ce que la gratuité ne serve pas de paravent à une promotion déguisée.
Le sommelier qui veut vendre à emporter les vins dégustés doit disposer d'une surface commerciale physique affectée à la vente. La vente d'alcool aux particuliers n'est autorisée que dans un débit de boissons déclaré, stage ou pas. L'autorisation de 1re classe n'est, elle, pas nécessaire. L'article 110-4 précise d'ailleurs que détenir une licence « vente à emporter » n'empêche pas d'organiser sur place des stages d'initiation biérologique ou œnologique, ou des dégustations de spiritueux.
Une limite, enfin, souvent mal comprise. Faire goûter un spiritueux à un client pour qu'il choisisse sa bouteille, dans un établissement de vente à emporter, constitue une offre gratuite à des fins commerciales, interdite par l'article 4. Ces dégustations sont proscrites, hors du cadre strict des stages œnologiques autorisés, en 3e classe uniquement.
Le texte est écrit. La formation est gratuite. Les contrôles existent.
Ce qui manquait n'était pas la règle. C'était la volonté de l'appliquer, et celle de s'y tenir.
(Crédit photo : Haut-Commissariat de la République en nouvelle-Calédonie)
