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Mémoire

Mère Teresa, sainte à 87 ans

5 septembre 2026 à 17:00
6 min de lecture
Mère Teresa, sainte à 87 ans

Résumé IA

Vingt-neuf ans après sa mort, Mère Teresa est honorée pour sa vie consacrée aux plus pauvres. Née Agnès Gonxha Bojaxhiu à Skopje en 1910, elle fonde sa congrégation à Calcutta et reçoit le prix Nobel de la paix en 1979. Elle meurt le 5 septembre 1997 à 87 ans.

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Elle n'avait ni budget, ni ministère, ni plan quinquennal. Un sari de coton, deux sandales et une certitude.
Vingt-neuf ans après sa mort, Mère Teresa reste le démenti le plus sec opposé à l'idée que la charité serait une affaire d'administration.

De Skopje à Calcutta : la rupture d'une institutrice

Agnès Gonxha Bojaxhiu naît le 27 août 1910 à Skopje, dans une famille d'agriculteurs. Éducation stricte, trois frères et sœurs, une foi qui ne se discute pas.

À dix-huit ans, le 28 novembre 1928, elle entre chez les sœurs de Notre-Dame de Lorette, à Rathfarnham, en Irlande. L'ordre l'expédie aussitôt en Inde pour son noviciat. Elle y restera.

Pendant près de vingt ans, sœur Agnès enseigne la géographie aux jeunes filles des hautes castes du collège Sainte-Marie de Calcutta. Une préparation involontaire, presque ironique, à la géographie autrement plus rude qui l'attendait.

Tout bascule le 10 septembre 1946, dans un train. Elle a trente-six ans. La misère est partout, et elle décide, ce jour-là, de lui consacrer le reste de sa vie.

La suite tient de la patience administrative : l'archevêque refuse, la supérieure accepte sous réserve de Rome, la permission n'arrive que le 8 août 1948. Elle troque alors son habit contre un sari blanc bordé de bleu et prend le nom de Teresa, en hommage à la petite Thérèse de Lisieux.

Un détail que l'on oublie souvent, et qui dit beaucoup du siècle : la dictature marxiste albanaise lui refusa son visa alors que sa mère agonisait. Elle ne reverra la terre de ses ancêtres que le 14 août 1989, pour se recueillir sur des tombes. Les régimes qui prétendaient libérer les peuples n'auront même pas laissé une religieuse embrasser sa mère mourante.

La Maison du Cœur pur : agir plutôt que discourir

Trois mois de formation intensive chez les Medical Sisters de Patna, et elle se lance. Sa première rencontre : une vieille femme jetée aux ordures par son propre fils, déjà couverte de fourmis.

Le 21 décembre 1948, elle ouvre sa première école dans la banlieue de Calcutta. Pas de salle de classe, pas de murs blanchis : un jardin public, en plein air, pour des enfants abandonnés à qui l'hygiène importait davantage que l'alphabet. Le 19 mars 1949, une ancienne élève la rejoint. Elles seront bientôt une douzaine, et la congrégation naît officiellement le 7 octobre 1950.

Aux trois vœux classiques, pauvreté, chasteté, obéissance, la règle en ajoute un quatrième : servir les plus pauvres, exclusivement, sans jamais accepter la moindre récompense matérielle. On mesure la distance avec l'humanitaire contemporain, ses conseils d'administration et ses campagnes de communication.

Juin 1952. Une femme agonise sur un trottoir noyé par la mousson, les pieds rongés par les rats. Tous les hôpitaux refusent la mourante. Elle s'éteint au petit matin dans les bras de la religieuse.

Mère Teresa va alors arracher à la mairie de Calcutta une annexe du temple de Kali. Ce sera la « Maison du Cœur pur », le mouroir où la police dépose chaque matin ceux que la nuit n'a pas emportés. Sa formule est restée : qu'ils aient vécu comme des bêtes ne les empêchera pas de mourir comme des hommes.

Autour de Calcutta croupissaient alors quelque 50 000 lépreux. Elle récupère les ambulances qu'on lui offre et les transforme en cliniques mobiles. Elle bâtit une « Cité de la paix » où les familles apprennent un métier et où les enfants vont à l'école. Toutes religions confondues, toutes castes confondues. Pas d'assistance : de la dignité rendue.

L'œuvre déborde vite l'Inde. Une branche masculine voit le jour le 25 mars 1963, sous l'impulsion d'un jésuite australien, frère André. Les premières fondations étrangères s'ouvrent en 1965, à Caracas et Barquisimeto. Puis la France, avec deux communautés féminines à Paris et Marseille. À sa mort, près de 3 500 sœurs tenaient plus de 400 centres sur les cinq continents.

Le Nobel, l'intransigeance et la postérité

Les honneurs pleuvent : prix Jean-XXIII remis par Paul VI en 1971, prix Pandit-Nehru en 1972, Templeton en 1973, Albert-Schweitzer en 1975, Balzan, et enfin le prix Nobel de la paix en 1979. Elle est la sixième femme à le recevoir.

À Oslo, elle fait supprimer le banquet traditionnel et redirige les 7 000 dollars économisés vers les pauvres. Sa phrase claque encore : « le peuple n'a pas besoin de pitié, mais de respect ». Toute une doctrine sociale tient dans ces huit mots, et elle est aux antipodes de la victimisation permanente érigée aujourd'hui en méthode de gouvernement.

Le 10 décembre 1979, devant un auditoire médusé, elle fait réciter la prière attribuée à saint François d'Assise. Puis elle désigne l'avortement comme le premier destructeur de la paix. Elle ne reculera jamais sur ce point, répétant à Ottawa en septembre 1988 qu'elle prenait tous les enfants dont on ne voulait pas. Populaire, Mère Teresa ? Beaucoup moins, dès qu'elle cessait d'être une icône commode.

Devant le Synode des évêques, le 6 octobre 1980, elle ne ménage pas davantage la hiérarchie : les évêques sont mariés à leurs diocèses, leur dit-elle, et les pauvres sont leurs enfants.

Le monde entier devient son cloître. Liban 1982, où elle fait évacuer une soixantaine d'enfants musulmans handicapés d'un hôpital bombardé. Chine, janvier 1985. Cuba, juillet 1986, où elle demande à Fidel Castro de prier pour elle. URSS, 1987, où elle a déjà planté cinq maisons.

Elle meurt à Calcutta le 5 septembre 1997, d'un arrêt cardiaque, à 87 ans, la veille d'une messe qu'elle devait célébrer pour Diana, disparue cinq jours plus tôt. L'Inde lui rend un hommage de masse : le 13 septembre, 15 000 personnes se pressent au stade Netaji, dignitaires et anonymes mêlés, hindous, musulmans, chrétiens. Jean-Paul II, par la voix du cardinal Sodano, appelle à poursuivre l'œuvre et rappelle que les pauvres doivent rester au cœur des priorités.

Béatifiée le 19 octobre 2003, canonisée par le pape François le 4 septembre 2016.

Le peuple, lui, l'avait canonisée de son vivant. Une femme sans mandat, sans subvention et sans service de presse aura fait, en un demi-siècle, ce que des politiques publiques entières n'ont jamais su faire : regarder un homme dans les yeux avant de mourir avec lui.

(Crédit photo : ROSLAN RAHMAN / AFP)