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Ils s'entraînent au pire, pour éviter le pire

5 septembre 2026 à 11:00
5 min de lecture
Ils s'entraînent au pire, pour éviter le pire

Résumé IA

En Nouvelle-Calédonie, des sapeurs-pompiers de la Sécurité civile, de Dumbéa, de Païta et du Port autonome suivent une formation « risques chimiques » (RCH) organisée par la DSCGR. Mercredi 2 septembre, ils s'entraînent en conditions réelles à Koutio et au Médipôle pour apprendre à reconnaître un danger, se protéger et intervenir sans improvisation.

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Une fuite de produit ne prévient personne. Un accident de transport non plus. En Nouvelle-Calédonie, des sapeurs-pompiers s'entraînent précisément à ne jamais être pris de court.

Un danger qui ne se négocie pas

Une cuve qui fuit. Un camion couché sur le bas-côté. Un local technique où quelque chose a mal tourné, dans une entreprise, un mercredi comme les autres.

Le risque chimique a ceci de particulier qu'il ne ressemble à rien tant qu'il n'a pas frappé. Pas de flammes spectaculaires, pas toujours d'odeur, parfois aucun signal visible. Et pourtant : des dangers importants pour les personnes, pour les intervenants et pour l'environnement.

C'est là que tout se joue. Celui qui arrive le premier sur les lieux doit reconnaître le danger, se protéger, établir un périmètre, choisir les moyens adaptés. Dans cet ordre. Sans hésitation. Parce qu'un intervenant mal préparé ne sauve personne : il devient une victime supplémentaire, et il complique le travail de ceux qui viendront le relever.

Il n'y a pas de place ici pour l'approximation.

La compétence ne s'improvise pas : elle se travaille

C'est tout l'objet de la formation « risques chimiques » (RCH) intégrée de niveaux 1 et 2, actuellement suivie en Nouvelle-Calédonie.

Sur les bancs : des sapeurs-pompiers de la Sécurité civile de la Nouvelle-Calédonie, des soldats du feu des villes de Dumbéa et de Païta, ainsi que des personnels du Port autonome de la Nouvelle-Calédonie. Des institutions différentes, une même exigence.

L'organisation revient au gouvernement, à travers le centre de formation de la direction de la Sécurité civile et de la gestion des risques (DSCGR). Ces formations alternent enseignements théoriques et mises en situation pratiques. Le premier niveau, dit RCH 1 équipier reconnaissance, dure sept jours. Les stagiaires y acquièrent les connaissances et les techniques nécessaires pour identifier les risques et intervenir en sécurité dans le cadre d'une mission de reconnaissance. Savoir voir, avant de savoir agir.

Le second niveau, RCH 2 équipier intervention, s'étale sur dix jours. On y approfondit les techniques d'intervention, la mise en œuvre de moyens spécialisés, la coordination des opérations. Autrement dit : ce qui sépare un homme courageux d'une équipe opérationnelle.

Dix-sept journées de formation, cumulées. Dix-sept journées où l'on répète des gestes que l'on espère ne jamais avoir à exécuter en conditions réelles.

Koutio, Médipôle : le terrain plutôt que la théorie

Mercredi 2 septembre, les stagiaires sont sortis des salles.

Direction la piscine de Koutio, puis le Médipôle. Deux sites, deux configurations, deux scénarios construits pour travailler les techniques et les procédures à mettre en œuvre face à un risque chimique.

Ces exercices ne sont pas des démonstrations. Ce sont des répétitions générales.

Car voilà ce que l'on oublie trop souvent, à force de commenter la sécurité civile depuis un fauteuil : quand l'alerte tombe, personne ne demande à ces hommes et à ces femmes s'ils se sentent prêts. On leur demande d'y aller. Et la seule chose qui fait la différence, à cet instant précis, c'est ce qu'ils ont appris pendant des jours d'entraînement dont personne n'a parlé.

Il est de bon ton, dans certains milieux, de disserter sur les risques industriels sans jamais s'intéresser à ceux qui les affrontent. On préfère les colloques aux casernes. Les rapports aux exercices.

La réalité est plus simple, et plus honorable.

Ce que dit vraiment cette formation

Le sens de cette session dépasse largement le cadre technique.

Former des équipiers RCH, c'est investir dans une capacité collective à faire face. C'est reconnaître que la Nouvelle-Calédonie n'est pas à l'abri, qu'elle compte des sites industriels, un port en activité, des transports de matières, des installations techniques réparties sur son territoire. Et que face à cela, l'incantation ne remplace pas la préparation.

C'est aussi, disons-le, une belle démonstration de ce que produit la coopération entre institutions quand elle est menée sérieusement. La Sécurité civile, les communes de Dumbéa et de Païta, le Port autonome : chacun envoie ses hommes se former ensemble, aux mêmes procédures, selon les mêmes standards. Le jour où une intervention l'exigera, ils se comprendront. Ce n'est pas un détail administratif. C'est ce qui sauve des vies.

Il y a, dans cette démarche, quelque chose qui tranche avec l'époque. Pas de discours victimaire. Pas de plainte. Des professionnels qui montent en compétence parce que c'est leur métier et qu'ils entendent l'exercer correctement.

On parle beaucoup de sécurité. On en parle même énormément. On parle beaucoup moins de ceux qui la fabriquent, jour après jour, à travers des formations exigeantes, des exercices répétés, des protocoles appris par cœur.

La DSCGR joue ici son rôle plein et entier : structurer, former, professionnaliser. Le gouvernement finance et organise. Les collectivités et les établissements engagent leurs personnels. Chacun à sa place, chacun assumant sa part.

Le résultat n'aura probablement jamais les honneurs d'une une spectaculaire. Tant mieux. Les formations réussies se mesurent aux catastrophes qui n'ont pas eu lieu, aux fuites contenues à temps, aux périmètres établis correctement, aux intervenants rentrés chez eux le soir venu.

C'est une victoire discrète. Elle vaut mieux que beaucoup de bruit.

À Koutio comme au Médipôle, ce mercredi 2 septembre, des sapeurs-pompiers calédoniens ont enfilé leur équipement pour un scénario fictif.

Pour que le jour où il ne le sera plus, personne n'ait à improviser.

(Crédit photo : Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie)