Taïwan : la Chine accentue la pression sur Palau, l’Inde renforce sa présence dans le Pacifique

Résumé IA
La rivalité entre la Chine, Taïwan et l’Inde s’intensifie dans le Pacifique et en Afrique, illustrée lors du 55e Forum des îles du Pacifique à Palau. Pékin accentue ses pressions sur les États insulaires, tandis que l’Inde propose des projets de coopération comme alternative à l’influence chinoise.
La rivalité autour de Taïwan s’étend désormais jusque dans les plus petits États du Pacifique et d’Afrique. À Palau comme en Eswatini, Pékin multiplie les pressions diplomatiques et économiques, tandis que l’Inde cherche à s’imposer comme un partenaire alternatif dans l’Indo-Pacifique.
Le 55e Forum des îles du Pacifique, organisé à Palau, a une nouvelle fois illustré cette bataille d’influence qui oppose la Chine, Taïwan et plusieurs grandes puissances présentes dans la région.
Palau au cœur du bras de fer entre la Chine et Taïwan
Palau fait partie des seulement douze États dans le monde maintenant des relations diplomatiques officielles avec Taïwan.
Dans le Pacifique, ils ne sont plus que trois : Palau, Tuvalu et les Îles Marshall.
Cette proximité avec Taipei s’est retrouvée au centre des tensions lors du Forum des îles du Pacifique. Le ministre taïwanais des Affaires étrangères, Lin Chia-lung, était présent à Palau pour participer à plusieurs réunions organisées en marge du sommet.
Une présence vivement contestée par Pékin, qui considère Taïwan comme faisant partie de son territoire et s’oppose à toute reconnaissance diplomatique internationale de l’île.
La Chine a ainsi averti le Forum de possibles « conséquences », accentuant encore la pression sur les États de la région entretenant des relations avec Taipei.
L’absence de plusieurs dirigeants alimente les interrogations
Cinq dirigeants du Pacifique n’ont finalement pas participé personnellement au sommet : ceux des Fidji, du Vanuatu, des Samoa, de Kiribati et des Îles Salomon ont été représentés par des ministres ou responsables de rang inférieur.
Le contexte entourant ces absences a alimenté les interrogations sur une possible influence chinoise, même si aucun lien direct n’a été publiquement établi pour l’ensemble de ces décisions.
Le ministre néo-zélandais des Affaires étrangères Winston Peters a notamment jugé particulièrement inhabituelle l’absence simultanée d’une partie importante des dirigeants de la région.
De son côté, le président de Palau Surangel Whipps Jr. refuse que Pékin dicte la politique étrangère de son pays.
Palau a déjà accusé la Chine d’utiliser notamment le tourisme et son poids économique comme instruments de pression diplomatique.
Le Pacifique refuse de se faire dicter sa politique étrangère
L’Australie et la Nouvelle-Zélande ont également défendu l’autonomie du Forum des îles du Pacifique.
Le Premier ministre australien Anthony Albanese a rappelé que les décisions concernant le fonctionnement du Forum appartenaient aux États du Pacifique eux-mêmes et non à une puissance extérieure.
Un message particulièrement important dans une région devenue l’un des principaux terrains de confrontation diplomatique entre la Chine, les États-Unis, l’Australie, Taïwan et désormais l’Inde.
La Nouvelle-Calédonie, membre à part entière du Forum des îles du Pacifique, se trouve elle aussi directement au cœur de cet environnement stratégique.
En Afrique, l’Eswatini résiste également à Pékin
La même confrontation se joue à plusieurs milliers de kilomètres du Pacifique.
L’Eswatini est aujourd’hui le dernier pays africain à maintenir des relations diplomatiques officielles avec Taïwan.
Au printemps 2026, le président taïwanais Lai Ching-te devait s’y rendre pour participer aux célébrations organisées à l’occasion du 40e anniversaire de l’accession au trône du roi Mswati III.
Mais les Seychelles, Maurice et Madagascar ont retiré leurs autorisations de survol peu avant son départ. Taipei a directement accusé Pékin d’avoir exercé des pressions diplomatiques et économiques sur ces pays. Le déplacement avait dû être reporté avant d’être finalement organisé quelques semaines plus tard dans la plus grande discrétion.
L’Eswatini reste par ailleurs exclu de certains avantages commerciaux accordés par Pékin à d’autres pays africains, notamment en raison de ses relations avec Taïwan.
L’Inde avance ses pions dans le Pacifique
Pendant que Pékin tente de réduire l’espace diplomatique international de Taïwan, une autre puissance asiatique renforce progressivement sa présence dans le Pacifique : l’Inde.
New Delhi avait dépêché à Palau son ministre d’État aux Affaires étrangères, Pabitra Margherita, pour participer au dialogue entre les dirigeants du Pacifique et leurs partenaires internationaux.
L’Inde développe depuis plusieurs années sa stratégie indo-pacifique en s’appuyant notamment sur son Act East Policy et son Indo-Pacific Oceans Initiative.
New Delhi finance également des Quick Impact Projects dans les quatorze États insulaires du Pacifique avec lesquels elle développe sa coopération.
Les projets concernent notamment la santé, les infrastructures, la résilience climatique, les nouvelles technologies, la gestion des catastrophes ou encore les équipements publics.
Une autre méthode face à l’influence chinoise
L’Inde cherche ainsi à présenter son approche comme une alternative à celle de Pékin : proposer des projets répondant directement aux demandes des gouvernements locaux plutôt que conditionner la coopération à un alignement politique.
Cette stratégie participe à une compétition d’influence de plus en plus intense dans le Pacifique.
États-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande, Japon, Inde et Chine multiplient désormais investissements, projets d’infrastructures, accords de sécurité et partenariats économiques auprès des États insulaires.
Ces territoires, longtemps considérés comme périphériques dans les grandes rivalités internationales, occupent désormais une position centrale sur les routes maritimes et aériennes de l’Indo-Pacifique.
Taïwan ne compte plus que douze alliés diplomatiques
La pression est particulièrement forte pour Taipei.
Taïwan ne dispose plus aujourd’hui que de douze alliés diplomatiques officiels dans le monde. Chaque changement d’alliance constitue donc une victoire symbolique importante pour Pékin dans sa stratégie visant à isoler progressivement l’île. Mais Palau comme l’Eswatini montrent également les limites de cette stratégie.
Malgré leur faible poids démographique et économique, ces États continuent de défendre leur liberté de choisir leurs partenaires diplomatiques.
Le bras de fer dépasse donc largement la seule question taïwanaise. Dans le Pacifique, il pose désormais une question essentielle : jusqu’où les petits États pourront-ils préserver leur souveraineté face à la compétition grandissante entre les grandes puissances ?

