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L'actualité locale

Ils partent chercher les jeunes chez eux

8 septembre 2026 à 09:00
5 min de lecture
Ils partent chercher les jeunes chez eux

Résumé IA

Une caravane de l’entrepreneuriat parcourt la Nouvelle-Calédonie du 7 au 18 septembre pour sensibiliser les jeunes de 12 à 25 ans, notamment en tribus et dans les îles. Portée par le Lycée Jules Garnier et soutenue par le Vice-rectorat, elle vise à déconstruire l’idée que la création d’entreprise est réservée à une élite, en associant familles et autorités coutumières.

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Ils ont entre 12 et 25 ans, et on leur répète depuis trop longtemps que créer son entreprise n'est pas pour eux.
Du 7 au 18 septembre, une caravane part démonter cette idée reçue, village par village, tribu par tribu.

Une caravane qui va chercher les jeunes là où ils sont

Le départ a été donné ce lundi 7 septembre au Lycée Lapérouse, à Nouméa. Pas de tribune, pas de discours interminable : des élèves du Parcours Entrepreneurs ont animé un atelier de pensée créative devant des Terminale STMG. Des jeux, des échanges, de la créativité. L'exercice avait un objectif simple et redoutablement concret : apprendre à repérer un besoin dans son environnement immédiat, puis imaginer le projet capable d'y répondre.

C'est déjà toute la philosophie de l'opération.

Car derrière cette Caravane de l'entrepreneuriat 2026, il y a une initiative itinérante portée par le Lycée Jules Garnier, intégrée au projet pilote « Parcours entrepreneurs » et soutenue par le Vice-rectorat. L'ambition n'a rien de cosmétique. Il ne s'agit pas d'organiser un salon de plus dans une salle climatisée du centre-ville, où viennent ceux qui savaient déjà quoi faire de leur avenir. Il s'agit de prendre la route.

Du 7 au 18 septembre, neuf étapes, de Nouméa à l'île des Pins.

Le premier jour a couvert Nouméa et Dumbéa, avec le Lycée Lapérouse le matin et le Lycée Dick Ukeiwe l'après-midi. Le lendemain, cap sur Thio : école primaire le matin, tribu de Thio Mission l'après-midi. Puis Bourail le 9, avec l'école Fernande Leriche et le CLP François d'Assise. Houaïlou le 10, à l'école primaire et au lycée professionnel privé agricole de Do-Néva, avant la tribu de Ba. Poindimié le 11, au Lycée Kéla puis à la tribu de Saint Thomas.

La deuxième semaine appartient aux Îles. Ouvéa le 14, à l'école primaire de Fayaoué, au collège public Shéa-Tiaou et à la tribu de Hnanemeu. Lifou les 15 et 16, au collège Laura Boula, au lycée polyvalent Williama Haudra et à l'EPIFE, puis dans les tribus de Traput et de Jokin. Maré le 17, au collège de Tadine et à la tribu de Cengeite. Enfin l'île des Pins le 18, à l'école primaire Saint-Joseph, au collège Saint-Joseph Vao et à la tribu de Vao.

Écoles, collèges, lycées et tribus. La précision compte. On ne demande pas aux jeunes de la brousse et des îles de venir jusqu'à Nouméa pour qu'on daigne s'occuper d'eux. On va chez eux.

Casser le mythe de l'entrepreneur né du bon côté

L'un des objectifs affichés de la Caravane mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il est rarement formulé avec autant de franchise : lutter contre les préjugés selon lesquels l'entrepreneuriat serait réservé à une élite ou à une communauté.

Voilà le vrai sujet.

Depuis des années, une petite musique s'est installée sur le Territoire. Créer, investir, embaucher, prendre des risques : ce serait l'affaire des autres. D'une caste. D'un milieu. D'une origine. Le résultat de cette musique-là, on le connaît, des talents qui s'autocensurent avant même d'avoir essayé, et une génération à qui l'on a appris à expliquer son échec plutôt qu'à construire sa réussite.

La Caravane prend le contre-pied exact de ce discours. Son message aux 12-25 ans tient en une phrase : « Chacun a le pouvoir d'entreprendre en Nouvelle-Calédonie ». Non pas certains. Non pas ceux qui ont le bon nom ou la bonne adresse. Chacun.

C'est une leçon d'égalité réelle, à mille lieues des slogans.

L'opération entend aussi démystifier l'entrepreneuriat et le rendre accessible à tous, puis valoriser le potentiel humain et économique local en encourageant les jeunes à croire en leurs propres capacités. Croire en ses capacités : l'expression paraîtra banale. Elle ne l'est pas. Elle suppose qu'on cesse de considérer la jeunesse calédonienne comme une population à assister, pour la regarder enfin comme une ressource à libérer.

Du terrain, pas des discours

Reste que rien de tout cela ne fonctionne si l'entourage suit. Les organisateurs l'ont manifestement compris, puisqu'ils cherchent à impliquer activement les enseignants, les parents, les familles et les chefs de tribu dans la dynamique entrepreneuriale du Territoire.

C'est peut-être le point le plus intelligent du dispositif.

Un adolescent de Houaïlou ou de Jokin qui rentre chez lui avec une idée en tête aura besoin qu'on la prenne au sérieux. Si la famille hausse les épaules, si la tribu n'y voit qu'une lubie, l'étincelle s'éteint dans la semaine. En associant les autorités coutumières et les familles à la démarche, la Caravane évite le travers classique des politiques publiques descendantes, celles qui débarquent, distribuent des plaquettes et repartent en laissant un désert derrière elles.

Le volet pratique n'est pas oublié pour autant. Les jeunes rencontrés sont informés des parcours de formation et d'accompagnement réellement disponibles sur le Territoire : Parcours entrepreneurs, ADIE, Impulséo, CCI, Entreprendre pour Apprendre. Des dispositifs qui existent, qui financent, qui forment et que trop de jeunes ignorent encore.

Semer les graines, disent les organisateurs. L'image est juste, à condition d'en accepter la conséquence : une graine ne donne rien le jour où on la plante.

Dans un Territoire qui a plus que jamais besoin d'activité, d'emploi et de confiance en lui-même, cette Caravane ne réglera évidemment pas tout. Mais elle fait quelque chose que peu font en ce moment : elle parle d'avenir à ceux qui n'entendent plus parler que de blocages. Elle leur dit qu'ils peuvent créer plutôt qu'attendre.

Onze jours de route, neuf étapes, des centaines de jeunes rencontrés du Grand Nouméa jusqu'à Vao.

Le reste leur appartient.

(Crédit photo : Vice-rectorat de la Nouvelle-Calédonie)