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Au delà du récif

La déchéance de nationalité, un naufrage dont la gauche ne s’est pas relevée

17 septembre 2026 à 13:00
5 min de lecture
La déchéance de nationalité, un naufrage dont la gauche ne s’est pas relevée

Résumé IA

Dix ans après les attentats de 2015, la déchéance de nationalité divise toujours la gauche française. L'essayiste Étienne-Alexandre Beauregard analyse la demande d'excuses de Karim Bouamrane à François Hollande, qui ravive une fracture sur les questions d'autorité et de citoyenneté.

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CHRONIQUE. Dix ans après les attentats de 2015, la déchéance de nationalité continue de hanter la gauche. L'essayiste québécois Étienne-Alexandre Beauregard analyse comment la demande d’excuses de Karim Bouamrane à François Hollande ravive une fracture sur les questions d'autorité et de citoyenneté.

Étienne-Alexandre Beauregard16/09/2026 à 15:35, Mis à jour le 16/09/2026 à 18:05

En 2015, François Hollande, alors président, avait proposé d'instaurer la déchéance de citoyenneté pour les binationaux reconnus coupables d’attentats.

En 2015, François Hollande, alors président, avait proposé d'instaurer la déchéance de citoyenneté pour les binationaux reconnus coupables d’attentats. © Jean-Christophe Chartre / Hans Lucas via AFP

Alors que les forces en présence se clarifient pour la présidentielle de 2027, la gauche française demeure profondément facturée, et à la recherche d’un champion. Alors que François Hollande s’active, de moins en moins discrètement, dans l’espoir d’incarner le point de rassemblement des « non-mélenchonistes », le maire de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, lui aussi candidat, lui demande des excuses pour sa proposition de déchéance de nationalité pour les binationaux coupables de terrorisme, afin de compter sur son ralliement. Si cette prise de position est inattendue de la part d’un élu qui s’est fait connaître pour sa croisade contre Master Poulet et Tasty Crousty, elle rappelle néanmoins à quel point les suites des attentats de 2015 ont révélé des fractures toujours vives au sein de la gauche française, dont elle peine à ce jour à se relever.

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Il y a maintenant plus de 10 ans, alors que le pays était secoué par les attentats du 13 novembre 2015, quelques moins à peine après Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, le président Hollande s’est adressé solennellement au peuple français pour annoncer une réaction ferme face au terrorisme islamiste : la déchéance de citoyenneté pour les binationaux reconnus coupables d’attentats contre la France. Cette proposition, qui circulait déjà à droite, bénéficiait d’un soutien ultramajoritaire chez les Français, particulièrement dans les circonstances. C’est pourtant le camp du président qui a torpillé l’idée, notamment avec la démission fracassante de Christiane Taubira, symbole de la gauche bien-pensante s’il en est un, au motif qu’une telle fermeté « stigmatiserait » les binationaux. Malgré l’appui de son propre électorat, le Parti socialiste a donc fini par reculer, érigeant en principe la défense des coupables d’actes terroristes.

Mesure de bon sens

Sur le plan philosophique, il y a là quelque chose de révélateur. Pour l’écrasante majorité des Français, les droits issus du pacte républicain ne peuvent demeurer sans le respect de l’ordre public et des responsabilités qui y sont associées. Celui qui choisit de s’en exclure, en commettant un attentat contre le pays, ses citoyens et ses valeurs, s’exclut de facto du « plébiscite de tous les jours » évoqué par Renan, et abdique par le fait même ces droits, par une décision délibérée et non un accident du sort. En tournant le dos à cette conception de la citoyenneté, la gauche a acté sa déconnexion du peuple français, dont elle peine toujours à se relever.

Partout en Occident, le désamour du camp progressiste pour le patriotisme fait la fortune électorale de la droite

Cette incapacité de suivre le bon sens avancé par François Hollande, qu’il a lui-même renié depuis face aux pressions de son camp, laissait présager de la dérive future de la gauche française. Ses éléments les plus patriotes, attachés à l’ordre républicain et à la laïcité, y sont désormais conspués, à l’image du Printemps républicain et de Manuel Valls. Le rejet net de ces valeurs qui hier encore trouvaient leur place à gauche est d’ailleurs ce qui permet toujours à une offre politique comme celle de Gabriel Attal de vivoter au centre, alors même que la macronie est en ruines. Alors que la gauche radicale se recompose autour du rejet de la laïcité républicaine et de son obsession palestinienne, et que ces exclus demeurent trop soucieux de leur réputation pour basculer à droite, il subsiste un schisme qui empêchera la gauche de prendre le pouvoir, voire d’accéder au second tour, pour un troisième cycle présidentiel consécutif.

Cette scission n’est pas propre à l’Hexagone, bien au contraire. Partout en Occident, le désamour du camp progressiste pour le patriotisme fait désormais la fortune électorale de la droite, alors que de plus en plus d’électeurs jadis de gauche, particulièrement issus des classes populaires, forment désormais la base électorale la plus solide de partis comme le Rassemblement national, le Reform UK ou encore les Républicains américains. Les intellectuels et les politiques de gauche qui ont tourné le dos à la nation pour embrasser le multiculturalisme et la défense des puissances anti-occidentales n’ont qu’eux-mêmes à blâmer pour ce revers, dont le débat sur la déchéance de nationalité fut l’un des symboles. Réaffirmer son opposition à cette mesure qui relève du bon sens en 2026 revient à clouer une fois de plus le cercueil d’une gauche patriote et populaire, qui n’existe plus que dans les livres d’histoire. Même distincte de La France insoumise, une gauche qui s’entête dans cette voie continuera sa marginalisation électorale.