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L'actualité locale

Vingt-quatre morts, zéro sursaut

13 septembre 2026 à 10:45
4 min de lecture
Vingt-quatre morts, zéro sursaut

Résumé IA

Trois jeunes hommes de la tribu de Waraï, à Houaïlou, meurent dans un accident de la route, portant à 24 le nombre de morts sur les routes calédoniennes depuis janvier. Trois autres occupants sont hospitalisés au Médipôle, leur pronostic vital étant engagé. La gendarmerie ouvre une enquête.

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Trois morts. Trois pronostics vitaux engagés. Une seule voiture et un arbre, en pleine nuit.
Sur les routes calédoniennes, le compteur macabre vient d'afficher son vingt-quatrième nom depuis janvier.

Une nuit, un arbre, trois vies

Entre minuit et deux heures du matin, dans la nuit de samedi à dimanche.

Six garçons d'une vingtaine d'années, tous originaires de la tribu de Waraï, sur la commune de Houaïlou, côte Est. Une voiture. Un arbre au bout de la course.

Le choc a été d'une telle violence qu'il a emporté la moitié des occupants du véhicule.

Trois morts.

Les trois autres ont été évacués au Médipôle. Leur pronostic vital était engagé cette nuit-là. À l'heure où ces lignes sont écrites, rien ne permet de dire qu'ils sont tirés d'affaire.

Il faut s'arrêter un instant sur ce chiffre, parce qu'il dit tout. Six embarqués. Six familles prévenues dans la même nuit. Trois cercueils à préparer, trois veilles d'hôpital à tenir.

Dans une tribu, ce n'est pas un fait divers. C'est une génération amputée.

Les circonstances du drame ne sont pas connues. La gendarmerie a ouvert une enquête et c'est à elle, et à elle seule, qu'il revient d'établir ce qui s'est passé sur cette portion de route. Nous n'en dirons pas un mot de plus. Le respect dû aux victimes commence là : dans le refus de commenter ce que l'on ignore.

Ce que l'on sait, en revanche, se suffit à lui-même.

Vingt-quatre morts, et un compteur qui ne s'arrête pas

Ce drame porte à 24 le nombre de personnes tuées sur les routes calédoniennes depuis le début de l'année.

Vingt-quatre.

Ce n'est pas une statistique. C'est vingt-quatre enterrements, vingt-quatre foyers qui ne se remettront jamais tout à fait, des enfants qui grandiront sans leur père, des parents qui auront enterré leur fils.

Et le rythme ne faiblit pas.

Il y a tout juste une semaine, le dimanche 6 septembre au matin, une femme de 35 ans perdait la vie dans un accident de la circulation au lieu-dit La Bouverie, au début de la transversale qui relie Koumac à Ouégoa. Le Nord une semaine, la côte Est la suivante.

Deux drames, sept jours d'écart, deux bouts du territoire. Le même scénario qui se répète, avec une régularité qui devrait faire honte à tout le monde.

Car il faut le dire clairement : à l'échelle de notre population, ce bilan est celui d'une hécatombe. Rapporté au nombre d'habitants, la Nouvelle-Calédonie s'offre chaque année un tribut routier que la métropole ne tolérerait pas trois semaines sans que l'on parle de crise nationale.

Ici, cela passe. Cela s'accumule. Cela devient une habitude.

C'est précisément le problème.

La route ne tue pas toute seule

Il y a une petite musique, chez nous, qu'il faut avoir le courage de nommer. Celle qui transforme chaque accident en fatalité. La route est mauvaise. L'éclairage manque. La vie est dure. On compatit, on allume une bougie, on tourne la page. Et le dimanche suivant, on recommence.

Cette musique-là tue autant que le bitume.

La route ne tue pas toute seule. Elle ne conduit pas. Elle ne décide pas de l'heure à laquelle on rentre, ni de l'état dans lequel on prend le volant, ni du nombre de personnes que l'on entasse dans un véhicule.

Un arbre en bord de route n'a jamais été un coupable. Il est là depuis toujours. Il y sera encore demain.

Que l'enquête établisse les faits de ce drame précis, c'est son rôle, et nous attendrons ses conclusions sans les devancer. Mais le constat d'ensemble, lui, n'attend personne : vingt-quatre morts en huit mois, ce n'est pas le produit du hasard ni d'une malédiction géographique. C'est la somme de comportements, de renoncements et de contrôles qui ne sont pas au rendez-vous.

On nous expliquera qu'il faut « comprendre », qu'il faut « accompagner », que la répression ne résout rien.

Elle résout beaucoup.

Partout où les contrôles sont réels, fréquents et sanctionnés, la mortalité recule. Ce n'est pas une opinion, c'est une mécanique. Les campagnes de sensibilisation ont leur utilité, mais elles s'adressent à ceux qui écoutent déjà. Ceux qui n'écoutent pas ne comprennent qu'un seul langage : celui de la sanction certaine.

Il faut donc des gendarmes sur les routes de brousse, pas seulement sur le Grand Nouméa. Des contrôles la nuit, aux heures où l'on meurt. Des permis retirés et des véhicules immobilisés quand c'est nécessaire. Sans état d'âme et sans exception.

Et il faut, dans les tribus comme dans les quartiers, que les anciens, les coutumiers, les associations et les familles cessent de considérer que ces morts-là sont une malchance. Ce sont des morts évitables. Chacune d'entre elles.

Trois jeunes hommes de Waraï ne verront pas leurs trente ans. Trois autres se battent au Médipôle.

Leurs proches n'ont pas besoin de discours. Ils ont besoin que le vingt-cinquième nom ne s'ajoute pas au compteur dans quinze jours.

Cela ne dépend pas du destin.

Cela dépend de nous.

(Crédit photo : Biassev.free.fr)