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Mémoire

Le jour où l'Occident a tenu debout

13 septembre 2026 à 12:00
5 min de lecture
Le jour où l'Occident a tenu debout

Résumé IA

À Marathon en 490 av. J.-C., 11 000 Grecs menés par Miltiade défont 20 000 Perses, infligeant 6 400 pertes contre 192. La course du messager inspire le marathon, tandis que le tumulus commémore les morts athéniens.

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Ils étaient onze mille. En face, ils étaient vingt mille. Un après-midi de septembre, dans une plaine côtière, l'Europe a tenu debout.

Une expédition punitive qui tourne au fiasco

On l'a souvent comparée à Valmy. Le rapprochement n'a rien d'abusif : dans les deux cas, une armée que tout donnait perdante inflige à l'envahisseur une gifle dont la portée politique dépasse de loin le bilan militaire. Le 20 septembre 1792, Dumouriez et Kellermann arrêtent Brunswick. Vingt-deux siècles plus tôt, sur une plaine grecque, onze mille hommes libres ont fait exactement la même chose.

Darius règne sur l'un des plus vastes empires que le monde ait connus. Le « Grand Roi » a pourtant un problème récurrent : les cités grecques d'Asie Mineure supportent mal le joug des Perses achéménides.

En 499, la révolte éclate au grand jour. Deux cités de Grèce continentale, Athènes et Érétrie, viennent prêter main-forte. Inférieurs en nombre, les coalisés prennent malgré tout l'avantage sur mer, puis sur terre. Sardes brûle. La riposte perse les défait à Éphèse.

Athènes se retire. La révolte, elle, se propage à toute l'Asie Mineure.

La réponse de Darius sera méthodique et impitoyable. En 494, il prend Milet, la livre aux flammes et déporte sa population en Mésopotamie. Le message est clair : voilà ce qu'il en coûte de désobéir.

Restait à punir ceux qui avaient soutenu les rebelles. En 490, Érétrie est incendiée à son tour, ses habitants réduits en esclavage. Athènes est la suivante sur la liste.

Sur les conseils du tyran déchu Hippias, un Grec, donc, qui guide l'envahisseur vers sa propre patrie, les généraux perses Datis et Artapherne choisissent leur point de débarquement : la plaine côtière de Marathon, à une quarantaine de kilomètres au nord-est de la cité.

Le plan est habile. Attirer l'armée athénienne loin de ses murs, puis cueillir la ville par la mer.

Huit stades au pas de course

Athènes ne tombe pas dans le piège. Commandés par Miltiade, dix mille hoplites athéniens et mille Platéens marchent au-devant des vingt mille Perses.

Ils s'installent sur deux collines. Deux raisons à cela : attendre le renfort spartiate qui ne viendra jamais et verrouiller les voies terrestres vers la cité.

Les jours passent. Rien.

Puis la cavalerie perse commence à embarquer en direction de Phalère, l'un des trois ports d'Athènes. L'ennemi se divise. C'est l'instant que Miltiade attendait.

Les hoplites s'élancent. Lourdement armés, casqués, cuirassés, ils franchissent huit stades, soit 1 480 mètres à pas rapides, pour sortir au plus vite de la portée des redoutables archers perses.

Le choc est brutal. Trop étiré, le centre grec cède presque immédiatement.

Mais les ailes tiennent. Elles tiennent, puis elles enveloppent. L'armée perse, prise en tenaille, se disloque.

Il ne reste plus qu'à pousser jusqu'au rivage les débris d'une armée en déroute, qui rembarque dans la panique au prix de multiples noyades.

Le bilan défie l'entendement : 6 400 Perses tués contre 192 Grecs.

L'affaire n'est pourtant pas terminée. La flotte ennemie cingle vers Athènes, restée sans défense. Alors, sans reprendre leur souffle, les vainqueurs reprennent la route.

Huit heures de marche forcée, en armes, après une bataille rangée. Les hoplites franchissent les portes de la cité. La flotte perse se présente une heure plus tard devant le port, constate que la place est tenue, et renonce à débarquer.

La première guerre médique est terminée.

On mesure rarement ce qui s'est joué là. Ces hommes n'étaient pas des mercenaires. C'étaient des citoyens-soldats qui finançaient eux-mêmes leur équipement, votaient les lois qu'ils défendaient et n'avaient d'autre garantie que leur propre discipline. Ils ne se sont pas plaints de l'infériorité numérique. Ils ne sont pas allés quémander une protection. Ils ont couru vers l'ennemi.

Le tumulus, le messager et le stade

De Marathon, la postérité a surtout retenu une course. Elle est pourtant la partie la plus incertaine du récit.

Selon une tradition tardive rapportée par Plutarque, un messager fut dépêché vers Athènes pour annoncer la victoire. Il aurait couru quatre heures durant, se serait effondré sur l'Agora, au pied de l'Acropole, avec juste assez de souffle pour lâcher un seul mot : « Nenikamen » nous avons vaincu.

Les sources divergent sur son identité. Lucien de Samosate, au IIe siècle de notre ère, le nomme Philippidès. Plutarque, lui, l'appelle Euclée.

Chez Hérodote (Histoires, VI, 105-106), notre source principale sur la bataille, le nom de Philippidès désigne tout autre chose : le coureur envoyé d'Athènes vers Sparte avant l'affrontement, pour réclamer l'aide des Lacédémoniens. Son exploit à lui : 250 kilomètres en 36 heures.

Deux courses, donc, et deux héritages sportifs bien distincts.

La première a donné le marathon, inauguré aux Jeux olympiques d'Athènes en 1896. Le vainqueur ? Un berger grec de 24 ans, Spiridon Louis, qui avale en 2 h 58 les quarante kilomètres séparant l'antique champ de bataille du stade panathénaïque.

La distance officielle de 42,195 kilomètres ne sera fixée qu'aux Jeux de Londres, en 1908, afin que les coureurs puissent s'élancer depuis la cour du château royal de Windsor.

La seconde a donné le spartathlon, ultrafond disputé chaque mois de septembre depuis 1983 entre Athènes et Sparte.

Reste l'essentiel, qui n'est ni une médaille ni un chronomètre.

Dans la plaine de Marathon, on entretient toujours le tumulus sous lequel reposent les 192 soldats athéniens tombés ce jour-là. Un second tertre abriterait les 6 400 Perses.

Sans doute les plus anciens cimetières militaires de l'Histoire. Et une leçon que vingt-cinq siècles n'ont pas périmée : les peuples qui refusent de se penser en victimes sont ceux qui survivent.

(Crédit photo : DR)