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Au delà du récif

L'élection dont personne ne parle

13 septembre 2026 à 10:00
5 min de lecture
L'élection dont personne ne parle

Résumé IA

Le 27 septembre 2026, 178 sièges du Sénat sont renouvelés par 93.000 élus locaux, notamment des maires, dans 58 départements métropolitains et plusieurs territoires. Le Rassemblement national vise dix sénateurs pour constituer un groupe, tandis que la majorité LR-centriste reste confortable. La Nouvelle-Calédonie n'est pas concernée, mais Wallis-et-Futuna vote avec quatre candidats.

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Sept mois avant la présidentielle, le Sénat rejoue une partie que presque personne ne regarde et que tout le monde comptera.
Le 27 septembre 2026, ce ne sont pas les électeurs qui tranchent, mais 93.000 élus locaux. Autant dire : la France des communes.

Une élection d'élus, où les maires font la loi

Pas de meeting, pas de plateau télé, pas de sondage à commenter en boucle. Les sénatoriales se jouent ailleurs.

178 sièges sur 348 sont remis en jeu le 27 septembre, pour un mandat de six ans. Un peu plus de la moitié de l'hémicycle. Le Sénat se renouvelle par moitié tous les trois ans, à l'échelon départemental, et cette année 58 départements métropolitains sont appelés aux urnes : de l'Ain (01) à l'Indre (36), du Bas-Rhin (67) au Territoire de Belfort (90).

La quasi-totalité de la couronne méditerranéenne vote. Les deux départements de Corse aussi. S'y ajoutent la Guyane, quatre collectivités d'outre-mer et six élus des Français de l'étranger, regroupés dans une circonscription unique.

L'Île-de-France et Paris, elles, attendront 2029. Le Nord et le Pas-de-Calais également.

On surnomme le Sénat la « Chambre des territoires ». Ce n'est pas une formule. Les sénateurs sont élus par un collège d'élus locaux, et 95 % des 93.000 grands électeurs sont des conseillers municipaux ou des délégués désignés par eux. Le poids des communes, en particulier les petites et les moyennes, est donc écrasant.

Conséquence directe : le résultat des sénatoriales découle presque mécaniquement de celui des dernières municipales. Députés, sénateurs, conseillers régionaux et départementaux complètent le collège.

Le vote est obligatoire. 100 euros d'amende pour les absents.

Les candidats doivent avoir au moins 24 ans. Leur campagne ? Un tête-à-tête avec le maire. Un café en petit comité avec trois conseillers municipaux. Du terrain, du concret, du relationnel.

Deux modes de scrutin cohabitent, et cela change tout.

Dans les circonscriptions les moins peuplées, celles qui élisent un ou deux sénateurs, on vote au scrutin majoritaire à deux tours, le même jour. Le matin, est élu le candidat qui réunit la majorité absolue des suffrages exprimés et au moins 25 % des inscrits. En cas de ballottage, second tour l'après-midi, chacun libre de se maintenir. Le mieux placé l'emporte. À égalité parfaite, c'est le plus âgé qui est élu. Candidat et remplaçant doivent être de sexe différent.

Ailleurs, dès trois sièges à pourvoir, place au scrutin proportionnel de liste à un tour. Les listes comptent autant de noms que de sièges, plus deux, avec alternance homme-femme. Elles sont bloquées. Le panachage est interdit. La répartition se fait à la plus forte moyenne, méthode de calcul redoutablement technique pour les derniers sièges.

Les bureaux, souvent installés en préfecture, ferment à 17 h 30 en métropole.

Le RN à l'assaut des terres de droite

C'est là que se concentre l'enjeu.

Le Rassemblement national ne compte aujourd'hui que trois sénateurs. Il en veut dix. Pourquoi dix ? Parce que c'est le seuil qui permet de constituer un groupe politique, avec ses moyens, ses temps de parole, sa visibilité institutionnelle. Une première dans l'histoire du parti.

Alpes-Maritimes, Vaucluse, Var. Les bons résultats municipaux du parti de Marine Le Pen ont ouvert son appétit, et il entend grappiller des sièges à la droite dans ses terrains de conquête. L'objectif dépasse le Luxembourg : c'est un jalon sur la route de l'Élysée.

Mais la Haute Assemblée ne se laisse pas prendre comme l'Assemblée nationale, où les dynamiques partisanes nationales font la loi. Ici, le clivage droite-gauche reste structurant et les bouleversements sont rares. Les chiffres parlent : 131 sénateurs Les Républicains, 59 à l'Union centriste. Les socialistes suivent avec 64 élus. La France insoumise n'en compte aucun.

La mainmise des Républicains survivra à ce scrutin. La majorité LR-centristes est confortable, et rien n'indique qu'elle vacille.

Reste que la droite se disperse localement. Reflet assez fidèle des tiraillements nationaux à l'approche de 2027 : d'un côté la candidature autonome de Bruno Retailleau, de l'autre les appels au rassemblement vers le centre.

Le camp macroniste n'est pas mieux loti. Dans l'ombre du duel Édouard Philippe–Gabriel Attal, les sénatoriales révèlent ses propres fractures.

Quant à la gauche, la désunion la guette avec des configurations différentes d'un département à l'autre. LFI, qui a progressé aux municipales, a investi des candidats presque partout, mais devra probablement patienter jusqu'à 2029 et le renouvellement francilien pour entrer enfin au Sénat.

Un dernier point, et il n'est pas mineur. Le président du Sénat est élu tous les trois ans après chaque renouvellement partiel. En cas de démission ou de décès du chef de l'État, c'est lui qui assure l'intérim jusqu'à une présidentielle anticipée. Troisième personnage de l'État dans l'ordre protocolaire, derrière le président de la République et le Premier ministre, devant le président de l'Assemblée nationale.

Gérard Larcher (LR), quinze ans de présidence au compteur, devrait être reconduit le 1er octobre. Sauf séisme.

Outre-mer : Wallis et le Fenua votent, la Nouvelle-Calédonie attend

Les deux sièges calédoniens ne sont pas concernés. Ils seront remis en jeu en 2029, au prochain renouvellement.

Wallis-et-Futuna, en revanche, vote. Quatre prétendants briguent le siège pour les six prochaines années : Mikaele Kulimoetoke, avec Akata Tauvale comme remplaçante ; Sandrine Ugatai, accompagnée de Clovis Toiava ; Lafaele Tukumuli, avec Palatina Fiakaifonu ; et Atelea Vaitulukina, avec Selesitina Laufilitoga. La liste reste provisoire, dans l'attente de la validation des dossiers par le service de la réglementation et des élections.

Au Fenua, deux sièges sont à défendre au palais du Luxembourg. Le président du Tapura Huiraatira, Édouard Fritch, et la sénatrice sortante Lana Tetuanui partent ensemble. Deux candidats autonomistes face à la dissidence de Teva Rohfritsch, sénateur sortant.

Une élection discrète, donc. Décidée par des élus que personne n'interviewe, dans des préfectures qui ferment à 17 h 30. Et qui pèsera pourtant lourd dans les sept mois qui nous séparent de la présidentielle.

(Crédit photo : Sénat fr)