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L'actualité locale

La chips qui défie le pessimisme

18 septembre 2026 à 14:00
5 min de lecture
La chips qui défie le pessimisme

Résumé IA

À Dumbéa, l'entrepreneur Matthieu Odaimy, gérant de Terra Nova, lance Olé Chips, une marque de chips locale, après un arrêt du projet en 2024. L'usine de 1 000 m², qui emploie des locaux, utilise des pommes de terre de Bourail et du sel de Poum. L'ouverture a réuni des élus, dont Virginie Ruffenach, présidente du Congrès, et la maire Cynthia Jan.

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Pendant que certains commentent le déclin du pays à longueur de plateaux, d'autres construisent des murs, installent des machines et embauchent. À Dumbéa, un entrepreneur vient de rappeler une vérité simple : un territoire ne se relève pas par les discours, mais par le travail.

Un projet que 2024 n'a pas tué

Le nom apparaîtra bientôt sur les paquets, dans les rayons des supermarchés : Olé Chips.

Derrière la marque, un homme et une société. Matthieu Odaimy, gérant de Terra Nova, se lance dès 2023 dans la création d'une chips locale. Il y croit. Puis viennent les émeutes de 2024, et avec elles l'arrêt brutal du projet. Beaucoup auraient rangé les plans dans un tiroir, changé de pays, ou attendu que d'autres s'en chargent.

Lui n'en démord pas.

Sa conviction tient en une phrase, et elle mérite d'être entendue au-delà du secteur agroalimentaire : la société calédonienne a besoin d'entrepreneurs motivés. Voilà le vrai sujet. Pas les plans de sauvetage, pas les déclarations d'intention, pas cette culture de la plainte qui s'est installée un peu partout. Des gens qui investissent, qui prennent le risque, qui assument.

Le projet représente près de 350 millions de francs. Une somme considérable à l'échelle d'une entreprise locale, engagée dans un contexte économique que personne ne qualifiera de confortable. C'est précisément ce qui rend la démarche remarquable : l'argent a été mis là où il y avait tout à reconstruire.

Et le résultat est tangible. L'entreprise dynamise aujourd'hui l'emploi local. Pas des emplois annoncés, pas des emplois promis pour dans cinq ans : des postes dans une usine qui tourne.

Mille mètres carrés, des patates de Bourail et du sel de Poum

Jeudi, l'usine a ouvert ses portes au public. Ceux qui ont fait le déplacement ont découvert un bâtiment de 1 000 m² rempli de machines, dans un enchaînement qui va de la pomme de terre brute au paquet fini.

Les machines épluchent. Elles aromatisent. Rien d'extraordinaire en apparence sauf quand on regarde d'où vient la matière première.

Les pommes de terre arrivent de Bourail et de La Foa. L'assaisonnement, lui, mobilise le poulet, le vinaigre, et surtout le sel de Ko, produit à Poum. Sur les paquets destinés aux rayons, la gamme s'élargit encore : vinaigre, fromage, barbecue, sel de mer.

Autrement dit, une chaîne de valeur qui reste sur le territoire, du champ de la côte Ouest au nord de la Grande Terre, jusqu'à la zone industrielle de Dumbéa. Chaque étape fait travailler quelqu'un ici.

On parle beaucoup de souveraineté alimentaire. On en parle même énormément, dans des colloques et des rapports. Une usine de chips, ce n'est pas un traité mais c'est concret, et c'est maintenant.

L'implantation s'est faite à la Zac Panda, à Dumbéa. Un choix qui n'a rien d'anodin pour une zone d'activité qui avait besoin d'oxygène.

L'ouverture a d'ailleurs réuni du monde du côté institutionnel. Virginie Ruffenach, présidente du Congrès de la Nouvelle-Calédonie, était présente, aux côtés de Xavier Rossard, conseiller de la Nouvelle-Calédonie et 2ᵉ adjoint au maire de Dumbéa, et d'Antoine Romain, maire de Païta. La maire de la commune, Cynthia Jan, a salué le projet, en soulignant précisément cet effet de redynamisation sur sa zone d'activité.

Une présence qui en dit long. Quand le président de l'institution, un conseiller du pays et deux maires du Grand Nouméa se retrouvent dans la même usine, ce n'est pas un simple protocole : c'est un signal envoyé aux investisseurs qui hésitent encore. Celui que l'entreprise privée, ici, n'est pas un problème à gérer mais une solution à encourager.

Rien de plus normal, d'ailleurs. Quand un élu voit arriver un investisseur qui crée de l'emploi sur son territoire, le bon réflexe est de l'accompagner. Pas de le décourager.

Le local n'est pas une punition

Il existe une idée tenace, presque un réflexe : acheter local, ce serait accepter moins bien, moins varié, plus cher. Une forme de résignation vertueuse.

Olé Chips s'attaque frontalement à ce préjugé. Sur sa page Facebook, la marque le formule sans détour :

Produire local ne veut pas dire avoir moins de choix.

La suite du message développe l'argument. L'entreprise revendique diversité, créativité et plaisir comme partie intégrante d'une production calédonienne. Plusieurs saveurs sont déjà disponibles, et la marque annonce que ce n'est qu'un début : d'autres idées, d'autres parfums, davantage d'options à venir. L'objectif affiché est clair, bâtir une marque locale capable de coller aux envies réelles des consommateurs, avec cette conclusion qui résume l'esprit du projet : plus de local, c'est aussi plus de possibilités.

Ce discours vaut mieux qu'un slogan marketing. Il traduit un changement de posture.

Pendant des années, le produit local a été vendu comme un geste militant, un effort, presque un sacrifice consenti par le consommateur. Ce positionnement l'a enfermé dans une niche. Olé Chips prend le problème par l'autre bout : proposer un produit qui se défende sur la qualité et sur le choix, et laisser le client décider. C'est infiniment plus solide.

Les paquets devraient arriver dans les rayons d'ici quelques semaines. Et pas seulement à Nouméa : la distribution est prévue jusqu'à Koné et dans les îles Loyauté. L'ambition dépasse donc le Grand Nouméa, ce qui n'est jamais évident sur un territoire où la logistique coûte cher et complique tout.

Reste l'essentiel.

Un entrepreneur a lancé un projet en 2023. Les émeutes de 2024 l'ont stoppé net. Il a recommencé, engagé 350 millions de francs, monté un bâtiment de 1 000 m², organisé une filière qui va de Bourail à Poum, et ouvert ses portes au public jeudi dernier.

Voilà ce qui fait tenir un pays. Pas les postures. Le travail, le risque assumé, et la confiance en l'avenir.

Ceux qui préfèrent expliquer que rien n'est possible ici auront bientôt les chips calédoniennes en rayon pour les contredire.

(Crédit photo : page Facebook Virginie Ruffenach)