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« J'ai la main lourde » : le général Haouchine prévient

19 septembre 2026 à 08:05
7 min de lecture
« J'ai la main lourde » : le général Haouchine prévient

Résumé IA

Un an après sa prise de commandement, le général François Haouchine, patron des gendarmes de Nouvelle-Calédonie, dresse un bilan sans langue de bois. Il revendique une répression ferme face à une délinquance du quotidien, alimentée par l'alcool et les stupéfiants, et défend la réorganisation de son outil. Il évoque aussi la situation au Mont-Dore, où il affirme avoir « la main lourde ».

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Un an après sa prise de commandement, le patron des gendarmes de Nouvelle-Calédonie ne tourne pas autour du pot.
Délinquance, drogue, alcool, Mont-Dore : le général Haouchine défend l'ordre, la présence sur le terrain et une répression qu'il revendique sans complexe.

Une délinquance du quotidien, mais une délinquance lourde

Il commande la gendarmerie de Nouvelle-Calédonie depuis le 1ᵉʳ juillet 2025, où il a succédé au général Nicolas Matthéos. Ce vendredi 18 septembre, le général François Haouchine était l'invité du magazine Transparence sur RRB. Il y a dressé un bilan sans langue de bois.

Il a d'abord eu un mot pour ses troupes. Celles qui, de Bélep à l'Île des Pins, de Ouégoa aux Loyauté, travaillent en autonomie au milieu des populations. C'est à elles, dit-il, que le territoire doit une sécurité encore perfectible, mais qui progresse.

Les émeutes de mai 2024 ont laissé des traces. Le général ne le nie pas : le traumatisme est encore présent dans chaque conversation, et il refuse de le passer sous silence. Mais il ne s'y enferme pas non plus. Il faut avancer.

Sa mission, fixée par le directeur général de la gendarmerie, tenait en une phrase : transformer l'outil. C'est chose faite, assure-t-il. La réorganisation est aboutie et commence à produire ses premiers effets.

Face à lui, une délinquance essentiellement ordinaire. Cambriolages, vols de voitures, appropriations. Le droit commun, pour l'essentiel, même si le général admet quelques « arrière-pensées » de temps à autre.

Ordinaire ne veut pas dire anodine. Les chiffres qu'il cite sont sévères.

Les violences intrafamiliales dépassent de 75 % le ratio métropolitain, et d'un point la moyenne des outre-mer. Les atteintes aux biens atteignent deux fois le niveau de l'Hexagone. La Nouvelle-Calédonie figure parmi les territoires les plus touchés.

Derrière, un carburant bien identifié : l'alcool. Il alimente les violences dans les familles, contre les conjoints, auprès des plus jeunes.

Les vols de voitures, spécialité locale, repartent aussi à la hausse. Pour des raisons simples selon lui, l'argent facile et peut-être les stupéfiants.

Sur la drogue, justement, le discours est net. Le problème est largement endogène, avec ses zones de production et de consommation, et une petite économie vivrière qui tourne autour du trafic. Le général parle d'un véritable fléau. La réponse : intensifier les contrôles sur les axes, notamment de nuit, là où les trafiquants sont obligés de passer.

Et pourtant, le militaire se veut confiant. Depuis un quadrimestre, les tendances sont orientées à la baisse. Il l'attribue au travail commun des gendarmes, des élus et du parquet.

Sa méthode ? Il n'a pas demandé à ses hommes d'en faire plus, mais de faire mieux. Mieux cibler les points de deal. Mieux construire les procédures pour que le juge puisse trancher. Qualité plutôt que quantité.

Moyens, effectifs, blindés : le général met les choses au clair

La question des effectifs revient sans cesse. Vingt escadrons de gendarmes mobiles après les émeutes, huit aujourd'hui, soit environ 600 hommes. Est-ce suffisant ?

Sa réponse tient du coup de menton : en capacité de maintien et de rétablissement de l'ordre, épaulée par la force blindée, la gendarmerie est suffisamment dotée. « Trois fois oui », lâche-t-il. Il tient à ce que ce soit dit.

Le vrai besoin est ailleurs. Il manque des gendarmes départementaux, ceux qui enquêtent, qui rédigent les procédures, qui présentent les dossiers au magistrat. Un mobile ne fait pas ce travail. C'est tout l'enjeu porté par la direction générale pour les outre-mer.

D'où le recrutement local. La réserve opérationnelle doit passer de 120 à plus de 250 gendarmes, et devenir une cinquième compagnie du Comgend. Avec une logique de bon sens : envoyer un réserviste de Nouméa à Ouégoa n'a aucun intérêt. Mieux vaut recruter à Ouégoa, à Voh, à Poya, à Koné. Des relais d'influence autant que des renforts mobilisables à tout moment.

Le matériel arrivé pendant la crise, lui, reste sur place. Toute la Calédonie est désormais équipée de Centaures, ces véhicules d'intervention polyvalents qui rayonnent à l'est comme à l'ouest. Une trentaine de véhicules blindés légers complètent le dispositif, dont 15 Toyota neufs. Renvoyer un engin de 15 tonnes en métropole ? Le général sourit : on l'a déjà payé deux fois en l'acheminant par avion.

Reste le point noir, les casernes. Certaines ne sont pas aux normes, et le général l'a dit aux maires concernés. Sa règle est simple : quand une caserne n'est pas en état, les gendarmes partent. Or la gendarmerie calédonienne compte 70 % de métropolitains en rotation tous les trois ou quatre ans, à 16 000 kilomètres de chez eux. Les loger correctement n'a rien d'un caprice. Le financement, lui, relève des parlementaires.

Au Mont-Dore, la main lourde

Impossible d'éviter le sujet. Depuis la levée du verrou nord en août, des jets de pierres sporadiques persistent sur la route du Mont-Dore.

Le général ne minimise pas l'inquiétude des usagers. Mais il inscrit les faits dans la durée, et la baisse est nette selon lui. Ces cinq kilomètres sont, dit-il, parmi les mieux surveillés de France : patrouilles permanentes de petits blindés, drones, embuscades contre quelques délinquants.

La tribu de Saint-Louis fait l'objet d'une attention particulière. La gendarmerie y entre quand elle le veut. Huit fois sur dix, ça se passe bien. Les deux autres fois, elle revient.

Et le message est sans ambiguïté : lorsqu'il faut réprimer, il a la main lourde. Prévenir, oui. Mais quand des délinquants sont pris sur le fait, l'intervention est systématique.

Il refuse pourtant de faire de Saint-Louis un bouc émissaire. Des pierres, on en reçoit aussi dans le Grand Nouméa, à Poindimié, à Koné. Le jet de pierre et l'incendie relèvent d'une spécificité calédonienne. On ne s'y habitue pas, précise-t-il, mais il faut en tenir compte. Et la justice fait son travail derrière.

Sur les violences faites aux mineurs, le général se veut rassurant. Chaque plainte est enregistrée, suivie, tracée. Chaque enquêteur dispose d'un magistrat référent, et un outil de gestion interactif des procédures est en service depuis juin. Il ne voit pas de plaintes restées lettre morte. L'affaire Liana, qu'il qualifie de sordide, oblige encore davantage. Sur la dignité humaine, c'est zéro écart.

La route, enfin. Les accidents mortels repartent à la hausse, avec de jeunes victimes. Le général pointe les vraies causes : l'alcool, la vitesse, des véhicules inadaptés, quatre passagers entassés dans une benne. On meurt beaucoup sur les petites transversales. Sa réponse passe par plus de contrôles de nuit, qui préviennent en même temps cambriolages, vols et trafics.

Il soutient sans réserve l'interdiction de vente d'alcool décidée par le haut-commissaire jusqu'au 24 septembre. Sur des périodes courtes et sensibles, c'est efficace, dit-il, parce que l'alcool nourrit les rixes, les violences familiales et les morts sur la route.

Pour le 24 septembre, le dispositif est clair : aucun gendarme en repos. Tout le monde sur le pont. Il n'affiche pourtant aucune inquiétude particulière, faute de raison objective d'en avoir à ce stade.

Sa conviction tient en une formule : plus on augmente la prévention, plus on durcit la répression. Aller vers la population, même sans rien à dire. Un adjudant de Ponérihouen prépare bénévolement les jeunes au permis de conduire, dans une salle prêtée par la mairie. Des initiatives comme celle-là, le général dit en avoir partout.

Et pour la suite ? Il sent « que ça frémit ». Les Calédoniens veulent tourner la page, se projeter, même si les temps restent durs. À la gendarmerie, dans son périmètre, d'accompagner ce mouvement.

(Crédit photo : Gendarmerie de Nouvelle-Calédonie)