Culture : le scandale des coquilles vides

Résumé IA
Au Congrès, Loïc Basset Creugnet, élu loyaliste, dénonce le financement de 4,28 milliards de francs pour le musée Muz et la bibliothèque Bernheim, fermés au public. Les chantiers sont achevés ou en cours, mais les établissements restent inaccessibles. Il propose de rendre la culture aux provinces, provoquant la réplique de Vaimu'a Muliava.
Les murs sont finis, les portes restent closes. Au Congrès, un élu loyaliste a demandé des comptes sur 4,28 milliards de francs.
Un vote en retard, une vérité qui dérange
Trois mois de retard.
C'est ce qu'il aura fallu pour que le Congrès de la Nouvelle-Calédonie adopte, ce vendredi 18 septembre, le compte administratif 2025.
Un vote technique, d'ordinaire. Celui-ci a pourtant ouvert un débat que beaucoup préféraient éviter.
Comment demander aux Calédoniens de se serrer la ceinture quand la collectivité elle-même continue de financer des bâtiments que personne ne peut visiter ?
Car c'est bien la situation. Le musée de la Nouvelle-Calédonie, rebaptisé Muz, et la bibliothèque Bernheim sont toujours fermés au public.
Loïc Basset Creugnet a mis les pieds dans le plat. Conseiller du groupe Les Loyalistes, troisième vice-président de la province Sud chargé notamment de la culture, il a égrené les chiffres sans trembler.
540 millions pour le musée de la Nouvelle-Calédonie, 513 millions pour la bibliothèque Bernheim. C'est ce que le gouvernement a une fois de plus ajouté au pot pour l'année 2025.
La note totale, selon lui, atteint 4,28 milliards de francs pour les deux bâtiments à fin 2025.
C'est trop, beaucoup trop.
Surtout pour ce qu'il appelle, sans détour, des coquilles vides.
Deux chantiers, zéro visiteur
On a fait les murs, on n'a pas prévu le budget pour ce qui doit aller à l'intérieur.
Tout est dit. Pas le début du commencement d'un franc, selon l'élu, pour rouvrir ces établissements, pourtant essentiels à la valorisation du patrimoine calédonien.
Prenons le Muz.
Le chantier a démarré en 2019. Il devait durer deux ans. Il en a duré plus de six. Départ d'un maître d'œuvre, Covid, entreprises défaillantes, émeutes de 2024 : aucun aléa n'a été épargné au projet.
Le bâtiment a été livré le 26 février 2026, avec quatre ans de retard. Coût final : environ 3,5 milliards de francs, soit 1,5 milliard de plus que prévu au départ.
Et depuis ? Rien.
Dès février, lors du budget primitif 2026, le gouvernement avait prévenu les élus : la scénographie n'était pas financée. Il manquait environ 500 millions pour aménager l'intérieur. Une ouverture partielle aurait coûté 37 millions. Un virement de crédits avait même été évoqué en séance.
Sept mois après la livraison, le musée reste fermé.
Un bâtiment flambant neuf, achevé, réceptionné. Et parfaitement inutile pour le public.
Passons à Bernheim. Le cas est encore plus grave.
Le site historique du centre-ville de Nouméa a fermé pour des travaux de rénovation et d'extension. La médiathèque provisoire installée au-dessus de la place des Cocotiers, Bernheim villa, a elle-même fermé ses portes le 15 novembre 2025.
Pendant que le chantier avançait, les finances plongeaient.
En 2025, l'établissement vote un budget avec 89 millions de déficit. Le haut-commissaire saisit la chambre territoriale des comptes. Un plan de redressement sur trois ans est adopté en septembre 2025, pour un retour à l'équilibre en 2028.
La trajectoire n'a pas été tenue.
En juillet 2026, la CTC tire la sonnette d'alarme : le budget 2026 aggrave les déséquilibres, et la trésorerie ne permet pas de tenir au-delà du mois d'août. Les financements ont chuté de 45 % depuis 2019. Les provinces, qui apportaient 114 millions il y a sept ans, n'en versent plus qu'un.
Résultat : une bibliothèque rénovée à grands frais, toujours inaccessible, et un établissement qui n'a plus les moyens de fonctionner.
La bibliothèque Bernheim est d'ailleurs en cessation de paiement et sous tutelle de l'État, a lancé Loïc Basset Creugnet.
Rendre la culture aux provinces, l'Éveil océanien s'indigne
L'élu loyaliste ne s'est pas arrêté au réquisitoire.
Que le gouvernement se recentre sur ses vraies compétences, qu'il rende la culture aux provinces et aux communes, qu'il leur transfère les crédits consacrés, et elles sauront faire meilleur usage de ces budgets, et de ces bâtiments.
Une ligne simple. Chacun son métier, et l'argent là où il sert.
La proposition a fait bondir Vaimu'a Muliava, de l'Éveil océanien.
Cet argent a maintenu le secteur du BTP, a-t-il rétorqué.
L'argument n'est pas anodin venant de lui. Ancien membre du gouvernement chargé de la construction, c'est Vaimu'a Muliava qui, en 2024, présentait l'avancement du chantier du Muz et en justifiait les retards.
Mais un musée n'a pas été conçu pour faire tourner les bétonnières. Une bibliothèque non plus.
Leur raison d'être, c'est le public. Les élèves. Les chercheurs. Les familles. Les touristes.
Or aujourd'hui, aucun d'eux ne peut franchir la porte.
Justifier des milliards par l'activité du bâtiment, c'est admettre que l'essentiel a été oublié en route : ouvrir.
Dans une Nouvelle-Calédonie qui se relève difficilement de la crise, où l'on réclame des sacrifices aux ménages comme aux entreprises, l'interpellation de Loïc Basset Creugnet pose une question de fond. Celle du sérieux de la dépense publique.
Des bâtiments neufs, fermés, éclairés pour personne. Les Calédoniens attendent autre chose que des murs.



