Émeutes de 2024 : la facture court toujours

Résumé IA
Le Congrès de la Nouvelle-Calédonie a soldé une anomalie comptable de 23 milliards de francs, corrigée avec l'État, lors d'une session extraordinaire ce vendredi 18 septembre. Les élus ont adopté les comptes administratifs et de gestion 2025 ainsi qu'un budget supplémentaire technique. La facture des émeutes de mai 2024 pèse toujours sur le budget et les recettes fiscales restent en baisse.
Plus de deux ans après les émeutes, la facture de mai 2024 continue de s'inviter dans chaque ligne du budget calédonien.
Ce vendredi, le Congrès a enfin soldé une anomalie comptable de 23 milliards, avec le concours de l'État.
Une séance extraordinaire pour remettre les comptes d'aplomb
Journée chargée au Congrès de la Nouvelle-Calédonie.
Ce vendredi 18 septembre, les élus étaient convoqués en session extraordinaire. Avant la séance publique, ils se sont d'abord réunis en commission plénière, à huis clos. Au programme : la présentation par le gouvernement des principaux éléments et enseignements de la mission transpartisane.
Puis place aux chiffres.
Les élus ont examiné les comptes administratifs et de gestion de l'exercice 2025. Un dossier qui aurait dû être traité fin juillet. Il avait été reporté à cause d'un problème d'écriture comptable, depuis réglé avec l'État.
Le budget pèse 415 milliards de francs. Et les élus ont tenu à le rappeler : il porte toujours la marque des violences insurrectionnelles de mai 2024, qui continuent d'affecter l'économie calédonienne. Un rappel utile, à l'heure où certains voudraient tourner la page sans en assumer le coût.
L'enjeu du jour n'avait rien de symbolique. Sans l'adoption du compte administratif 2025 et du budget supplémentaire, impossible de poursuivre l'exercice budgétaire réglementaire. Impossible notamment de percevoir la dernière tranche du prêt garanti par l'État, soit 14 milliards.
Cette première étape de la méthode proposée par le gouvernement a été adoptée. Elle permet de terminer l'année, de préparer la décision modificative et de construire le budget 2027.
Vingt-trois milliards d'anomalie, enfin effacés
Pour comprendre, il faut remonter à 2025.
Cette année-là, un prêt de 95 milliards de l'AFD, garanti par l'État, a permis de rembourser les avances consenties en 2024. Paris a donc, une fois encore, tenu la Calédonie à bout de bras. Mais une anomalie comptable de 23 milliards était restée en l'état.
C'est désormais corrigé.
Le Congrès avait voté une motion préjudicielle. Les services de l'État avaient alors proposé une solution simple : traiter cette avance de trésorerie pour ce qu'elle était, une avance de trésorerie, et annuler ce résultat artificiel.
À la demande du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, la séance s'est déroulée en deux temps. D'abord, le vote du compte administratif, faisant apparaître ce résultat artificiel. C'était le souhait de l'État, attaché à ce que le compte administratif soit conforme au compte de gestion.
Dans la foulée, les conseillers ont voté un budget supplémentaire purement technique. Il a annulé cette écriture, basculée en trésorerie, et intégré les reports de restes à réaliser.
Le périmètre a été volontairement réduit à ces seules opérations essentielles. Ce texte n'est donc pas un budget supplémentaire complet, avec les dépenses dont le territoire a besoin pour finir l'année. Les autres ajustements de dépenses pour 2026, à commencer par le dossier Enercal, seront présentés plus tard, dans une autre décision modificative.
Le budget supplémentaire 2026, lui, a été approuvé à l'unanimité.
Le contexte, lui, reste lourd. La crise de 2024 a fait chuter les recettes fiscales de 15 %. Grâce au prêt garanti par l'État, la Nouvelle-Calédonie a pourtant bénéficié en 2025 de 5,1 milliards de francs de recettes supplémentaires par rapport à 2024.
L'embellie est trompeuse. Hors TGC, les recettes fiscales reculent de 11 %. Soit 4,4 milliards de francs en moins.
Les indépendantistes votent contre, les non-indépendantistes réclament de la rigueur
L'unanimité n'a pas duré.
Les comptes administratifs et de gestion 2025 ont été adoptés par 35 voix pour et 19 contre. Parmi les opposants, l'UNI, mais aussi le groupe Kanaky NC.
Omayra Naisseline, vice-présidente du groupe Kanaky NC, a profité du débat pour remettre sur la table une revendication de son camp : le transfert des compétences prévu à l'article 27 de la loi organique. Sont notamment visés le contrôle de légalité et le régime comptable et financier des collectivités publiques et de leurs établissements publics.
Autrement dit, au moment même où l'État aide à assainir les comptes, une partie des élus réclame qu'il s'en retire.
Au Rassemblement, le ton est tout autre. Son président, Jordan Courtot, a posé une exigence de bon sens :
Avant de demander des efforts aux Calédoniens, il faut leur donner des chiffres fiables et des choix compréhensibles.
Pour son groupe, la priorité est claire : financer les services essentiels.
Même lucidité chez Les Loyalistes. Leur présidente de groupe, Naïa Wateou, n'a pas cherché à enjoliver le tableau :
On règle ce que l'on peut, on remet les choses à plat, mais on est encore loin d'une situation stable.
Un point, pourtant, a rassemblé tout le boulevard Vauban. Tous les groupes politiques ont salué l'exercice de transparence mené par le 19e gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.
Des comptes sincères, des dépenses maîtrisées, un État partenaire. Face à une économie encore convalescente, la ligne a le mérite de la lisibilité.
(Crédit photo : Congrès de la Nouvelle-Calédonie)



