Je me suis réveillé… et même les enveloppes votaient

Je me suis réveillé samedi matin.
J’ai ouvert les infos.
Et j’ai compris que la Nouvelle-Calédonie était entrée dans sa dernière semaine avant les provinciales.
Les candidats étaient partout.
À La Foa.
À Bourail.
À Lifou.
À Maré.
À Touho.
À Yaté.
Partout, sauf dans mon salon.
Les Loyalistes promettaient plus d’agriculture, plus de santé en brousse et plus d’autonomie alimentaire.
25 % d’autosuffisance d’ici à 2030.
J’ai regardé le prix des tomates.
J’ai continué à écouter.
D’autres listes organisaient des meetings.
Des réunions.
Des barbecues.
Encore des barbecues.
J’ai eu l’impression que la campagne électorale était devenue une compétition de grillades.
Pendant ce temps-là, 150 personnes mettaient les professions de foi sous enveloppe.
Des milliers de courriers.
Des piles de papier.
Des dos qui commençaient déjà à souffrir.
La démocratie a parfois une odeur de colle et de carton.
L’État, lui, surveillait les risques d’ingérence numérique étrangère.
Parce qu’en 2026, on ne sait jamais si l’ennemi est dans l’isoloir ou dans le Wi-Fi.
Ensuite, j’ai appris qu’on voulait relancer la filière bois locale.
Aujourd’hui, elle couvre à peine une partie des besoins.
Alors qu’on est entourés d’arbres.
Comme quoi, avoir du bois et avoir une filière bois, ce n’est pas la même chose.
Puis il y a eu les faits divers.
Des caillassages à Montravel.
Un motard blessé au Mont-Dore.
Des interpellations.
Quelques lignes dans le journal.
Comme si c’était devenu une rubrique météo.
Et puis, soudain, changement d’ambiance.
Fête de la musique.
Des concerts partout.
Du rap.
Du kaneka.
Du jazz.
Des chorales.
Même un orchestre qui joue des musiques de films.
Pendant vingt secondes, j’ai cru que tout allait bien.
Après, j’ai entendu qu’il fallait aussi penser à la fête des Pères.
Alors les magasins vendaient des perceuses.
Des ceintures.
Des chapeaux.
Des massages.
Parce qu’apparemment, l’amour paternel se mesure désormais en coffret à cliquets de 112 pièces.
Et comme le week-end n’était pas assez chargé, il y avait aussi du reboisement.
Des adoptions de chiots.
Une fête du poulpe.
Une fête de la cochonaille.
Du football.
Du rugby.
Du drift.
Du golf.
Du vélo.
Et même une Coupe du monde.
J’ai regardé tout ça.
J’ai regardé l’agenda.
J’ai regardé mon canapé.
Mon canapé avait l’air plus motivé que moi.
Bref.

