Province Nord : Néaoutyine réélu grâce aux loyalistes, LNC se retrouve dans une position délicate

Paul Néaoutyine a été réélu président de la Province Nord le 3 juillet. Il le doit aux trois voix des élus loyalistes conduits par Vanessa Wacapo. Sans elles, c'est Pascal Sawa et l'UC-FLNKS qui prenaient la présidence. Un résultat paradoxal qui place dans l'embarras ceux qui ont toujours distingué l'UNI du camp loyaliste, à commencer par ceux qui en parlent le plus.
Les faits
Au premier tour de l'élection du président de la Province Nord, Paul Néaoutyine (UNI/Palika) a obtenu 12 voix sur 22. Pascal Sawa (UC-FLNKS) en a obtenu 10. Les trois voix décisives sont celles des élus loyalistes emmenés par Vanessa Wacapo, sans lesquelles Sawa était président.
Le résultat est arithmétiquement limpide : le leader historique de l'indépendantisme institutionnel, figure de l'UNI depuis sa fondation, doit sa sixième réélection à la présidence de Province Nord aux loyalistes qu'il combat depuis trente ans.
Alcide Ponga, président loyaliste actuel du gouvernement, a évoqué des "échanges" préalables. Paul Néaoutyine, lui, a déclaré qu'il n'y avait eu "pas de discussion particulière." Ces deux versions ne sont pas exactement identiques.
Qui est embarrassé ?
Les Nouvelles Calédoniennes, détenu par le groupe Dang, a publié un article titrant sur l'embarras que cette réélection cause aux "soutiens habituels" de Néaoutyine.
C'est journalistiquement honnête. C'est aussi, involontairement, une question que LNC se pose à elle-même.
Le groupe Dang possède également des parts dans la structure qui porte Calédonia TV. L'écosystème médiatique ainsi constitué a, depuis des années, traité l'UNI/Palika comme la ligne indépendantiste "constructive et raisonnable" ; par opposition aux courants plus radicaux de l'UC-FLNKS. La grille de lecture habituelle est simple : loyalistes d'un côté, indépendantistes de l'autre, et l'UNI quelque part au milieu mais plutôt du bon côté.
Cette grille vient de prendre un coup.
Les loyalistes, régulièrement présentés comme extrémistes ou comme l'obstacle à toute évolution, ont sauvé la ligne modérée de l'indépendantisme de la ligne radicale. Sans eux, c'est l'UC-FLNKS qui prenait la Province Nord.
Commenter ça sans se contredire demande un certain talent.
La vraie question
Au-delà du paradoxe idéologique, il y a une question plus simple que personne n'assume clairement.
Un accord existe ou n'existe pas. Néaoutyine dit non. Ponga dit autre chose. Les trois voix loyalistes ont voté pour un candidat indépendantiste le lendemain d'élections où leurs listes s'étaient affrontées.
Dans la politique calédonienne, les coïncidences de cette ampleur ont généralement un nom. On ne sait pas encore lequel.

