Îles Loyauté : Mickaël Forrest président, mais une majorité qui tient à deux voix

Élu ce vendredi 3 juillet à la tête de la province des Îles, Mickaël Forrest doit sa présidence non pas à un triomphe, mais à l'appoint des deux élus du Palika. Derrière l'affichage d'une continuité indépendantiste, le scrutin révèle surtout une collectivité fracturée, un duel familial et une institution au bord de l'asphyxie financière.
Huit voix contre six, l'arithmétique d'un accord de dernière minute
Le résultat est tombé dans l'hémicycle de Wé : Mickaël Forrest a été porté à la présidence de la province des Îles par huit voix contre six pour Omayra Naisseline. Un écart de deux bulletins qui raconte à lui seul la fragilité de la nouvelle mandature.
Car sur les quatorze sièges que compte l'assemblée, la liste UC-FLNKS de Forrest et la liste Nation autochtone de Naisseline en détiennent exactement six chacune. Aucun des deux camps ne disposait donc de la majorité. Ce sont les deux élus du Palika Îles, Wali Wahetra et Émile Lajoredine, qui ont fait pencher la balance en faveur de l'Union calédonienne. Sans ce ralliement, l'Union calédonienne perdait une collectivité qu'elle contrôle depuis des années.
Le frère contre la sœur, le symbole d'une famille indépendantiste divisée
Le fait est suffisamment rare pour être souligné : les deux candidats à la présidence étaient frère et sœur. Mickaël Forrest et Omayra Naisseline, issus de la même lignée politique loyaltienne, se sont affrontés pour la même fonction. Une image qui vaut tous les discours sur l'état réel du camp indépendantiste aux Loyauté.
Loin du récit d'une marée souverainiste unie, les provinciales du 28 juin ont surtout confirmé un émiettement. La liste de Forrest est certes arrivée en tête, mais avec 3 946 voix seulement, soit 91 de plus que sa sœur, et bien en deçà des plus de 5 000 suffrages que l'UC-FLNKS avait rassemblés en 2019. Autrement dit : le vainqueur du soir a reculé. Il gouverne aujourd'hui une majorité de coalition, arrachée dossier par dossier, dans une province où pas un seul élu non-indépendantiste ne siège.
Une province exsangue, un cadeau empoisonné
Forrest hérite d'une collectivité que ses propres alliés qualifient de préoccupante. Le déficit se chiffre en milliards de francs, les problèmes de transport maritime et aérien restent insolubles depuis des années, et la gestion de l'ère Lalié-Waneux a laissé des comptes que la Chambre territoriale des comptes a régulièrement épinglés. Jacques Lalié lui-même, ancien président de 2019 à fin 2024, n'a pas réussi son retour dans les urnes, rattrapé par ses déboires judiciaires et par la sévérité des magistrats financiers.
Le nouveau président devra donc composer avec un héritage lourd, une trésorerie sous tension et des chantiers structurants restés au point mort, comme le pont de Tadine. Le tout avec une majorité qui repose sur l'humeur de deux conseillers Palika.
Un profil qui ne date pas d'hier
À 46 ans, Mickaël Forrest n'est pas un inconnu. Deuxième vice-président de l'Union calédonienne, il a siégé au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, où il était chargé du secteur diplomatique et de la coopération régionale, un portefeuille qui l'a notamment conduit à porter la voix du FLNKS sur la scène internationale. Il aborde la présidence de la province en revendiquant la continuité avec l'exécutif sortant et en plaçant la question de la souveraineté au cœur de son mandat.
Reste une équation politique brutale : pour tenir, il lui faudra transformer un accord de circonstance avec le Palika en alliance durable, tout en maintenant à distance une sœur qui a démontré, à 91 voix près, qu'elle pouvait lui contester le leadership des Loyauté.

