Pêche dans le Pacifique : la Calédonie passe à l’offensive

La Nouvelle-Calédonie confirme son ancrage régional dans la gouvernance des ressources maritimes. Du 29 juin au 2 juillet 2026, le territoire, représenté par Adolphe Digoué, membre du gouvernement chargé de la pêche, a pris part à deux rendez-vous majeurs organisés à Wellington, en Nouvelle-Zélande : la 25e réunion ministérielle du Comité des pêches du Forum et la 7e réunion régionale des ministres des pêches. Une participation loin d’être symbolique, dans un contexte où la maîtrise des ressources halieutiques devient un enjeu stratégique majeur dans le Pacifique.
Une présence calédonienne affirmée dans les instances régionales
Accompagné de son cabinet, du chef du service des pêches et de la déléguée de la Nouvelle-Calédonie en Nouvelle-Zélande, Adolphe Digoué a porté la voix du territoire dans des discussions à la fois techniques et politiques. Ces échanges ont permis de rappeler une réalité incontournable : la gestion des ressources marines n’est plus seulement une question environnementale, mais bien un levier de souveraineté économique.
Les réunions ont abordé des sujets clés tels que la régulation de l’exploitation des stocks, la durabilité des ressources halieutiques et le développement de la pêche côtière. Dans un Pacifique sous pression, où les grandes puissances cherchent à étendre leur influence, la structuration d’une stratégie régionale cohérente devient une nécessité absolue.
La Nouvelle-Calédonie, bien que simple observateur au sein de l’Agence des pêches du Forum depuis 1999, démontre qu’elle entend peser davantage. Ce positionnement traduit une volonté claire : ne pas subir, mais participer activement à la définition des règles du jeu dans son propre espace maritime.
Coopération renforcée avec la Nouvelle-Zélande : un axe stratégique assumé
En marge des réunions, Adolphe Digoué a rencontré deux figures majeures du gouvernement néo-zélandais : Shane Jones, ministre de l’Océan et de la Pêche, et Winston Peters, ministre des Affaires étrangères. Ces échanges ont permis de réaffirmer une convergence d’intérêts entre Nouméa et Wellington.
Les autorités néo-zélandaises ont exprimé leur volonté de renforcer les liens avec la Nouvelle-Calédonie. Une dynamique qui s’inscrit dans une logique régionale claire : consolider les partenariats entre acteurs du Pacifique face aux défis économiques et géopolitiques croissants.
Cette coopération ne relève pas du simple dialogue diplomatique. Elle s’inscrit dans une stratégie concrète visant à optimiser la gestion des ressources, sécuriser les activités de pêche et renforcer les capacités locales. Dans un environnement marqué par la concurrence internationale, notamment sur les ressources en thonidés, l’alliance avec des partenaires solides devient un impératif.
La présence calédonienne à ces réunions illustre également une volonté de sortir d’une posture passive. Le territoire entend désormais capitaliser sur ses atouts maritimes pour générer des retombées économiques tangibles, au bénéfice direct de sa population.
La pêche, pilier économique et enjeu de souveraineté
Fondée en 1979, l’Agence des pêches du Forum des îles du Pacifique (FFA) joue un rôle central dans la structuration de la filière halieutique régionale. Sa mission est claire : garantir une exploitation durable des ressources tout en maximisant les retombées économiques pour ses 17 États membres.
Ses actions couvrent plusieurs axes stratégiques : gestion des stocks, surveillance des pêches, formation des acteurs locaux et valorisation des productions. Dans ce cadre, la Nouvelle-Calédonie bénéficie d’un statut d’observateur depuis plus de deux décennies, un positionnement qui lui permet d’anticiper les évolutions réglementaires et de s’inscrire dans une dynamique régionale.
En 2024, une lettre d’intention a été signée entre la Nouvelle-Calédonie et la FFA, marquant une étape supplémentaire dans le renforcement des collaborations. Cet engagement repose sur un principe simple mais fondamental : partager l’information et coordonner les stratégies pour mieux défendre les intérêts économiques du territoire.
Dans un contexte où les ressources marines sont de plus en plus convoitées, la maîtrise des flux, la surveillance des zones de pêche et la capacité à négocier deviennent des outils de puissance. La Nouvelle-Calédonie ne peut se permettre de rester en retrait.
Au-delà des enjeux techniques, c’est bien une vision politique qui se dessine : celle d’un territoire qui assume son rôle dans le Pacifique, qui refuse la marginalisation et qui choisit de défendre ses intérêts avec fermeté dans un environnement concurrentiel.
(Crédit photo : Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie)

