Mis en examen pour escroquerie, Bastien Lachaud et Mathilde Panot débarquent en Calédonie pour dix jours de leçons

Le trésorier de La France insoumise, dont l'instruction sur les comptes de campagne 2017 de Jean-Luc Mélenchon vient de se refermer sur une mise en examen pour escroquerie, pose ses valises à Nouméa jusqu'au 12 juillet. Objectif affiché avec Mathilde Panot : relancer la « décolonisation » du Caillou. Problème de timing : des clichés de la cheffe de file insoumise, présentés comme la montrant en classe affaires, tournent depuis hier sur les réseaux. La sobriété, oui, mais à 17 000 kilomètres près.
Il y a des calendriers plus heureux que d'autres. Alors que l'information judiciaire ouverte en 2018 sur les comptes de la campagne présidentielle 2017 de Jean-Luc Mélenchon vient tout juste de se refermer, après huit ans d'instruction, sur quatre mises en examen, l'un des principaux mis en cause s'offre une tournée calédonienne. Bastien Lachaud, député de Seine-Saint-Denis et trésorier de La France insoumise, est attendu sur le territoire du 3 au 12 juillet. Dix jours au chevet de la « Kanaky ».
Escroquerie présumée à Paris, leçons de décolonisation à Nouméa
Rappelons les faits, puisqu'ils ont leur importance. Trésorier de la campagne, Bastien Lachaud était salarié de l'association L'Ère du peuple, rémunéré autour de 29 000 euros brut. Sa prestation aurait été refacturée près de 130 000 euros à La France insoumise, selon Radio France. Un écart que le camp insoumis conteste fermement, avançant des ratios alignés, dit-il, sur les pratiques des agences d'intérim. La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a néanmoins confirmé sa mise en examen le 16 juin 2022, pour des faits de faux, escroquerie et prêt illicite de main-d'œuvre. Il partage désormais l'affiche avec l'association L'Ère du peuple, la mandataire financière Marie-Pierre Oprandi et la députée Sophia Chikirou, mise en examen en 2024 pour escroquerie aggravée et abus de biens sociaux.
Le parquet doit encore prendre ses réquisitions avant que les juges ne tranchent : renvoi devant le tribunal correctionnel ou non-lieu. Reste que l'image, elle, est difficile à contourner : un homme poursuivi pour avoir soupçonnément gonflé des factures remboursées par l'argent public vient donner, à 17 000 kilomètres de Paris, des cours de vertu institutionnelle.
Une délégation qui tombe à pic (pour ses adversaires)
Car c'est bien l'objet du voyage. Aux côtés de Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l'Assemblée, Bastien Lachaud vient consulter les élus fraîchement sortis des urnes municipales et provinciales, et défendre les positions de son mouvement. Au menu, un classique de la maison : « relancer le processus d'indépendance et de décolonisation de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie », au motif que « la poussée électorale du camp indépendantiste en confirme l'urgence ». Une lecture des résultats du 28 juin qui fera sans doute sourire les Calédoniens attachés à la France, majoritaires dans les urnes, et qui goûtent modérément qu'on vienne leur expliquer leur avenir depuis la Seine-Saint-Denis.
Ce n'est pas la première tournée du duo. Les deux insoumis étaient déjà venus en mai 2025, déjà pour peser sur le débat institutionnel. La constance a du bon. Elle a aussi ses angles morts.
La sobriété, sauf pour soi
Et voilà l'angle mort du moment. Depuis hier, des clichés présentés comme montrant Mathilde Panot installée en classe affaires circulent abondamment sur les réseaux sociaux. La ligne d'un mouvement prompt à dénoncer les privilèges et à ériger la sobriété en horizon collectif s'accommode mal, aux yeux de ses détracteurs, d'un billet premium Business sur l'une des plus longues liaisons aériennes du monde. Ceux-là rappellent que la présidente du groupe s'est faite, par le passé, la championne d'une certaine frugalité des déplacements. Le tour du monde, semble-t-il, se ferait mieux les jambes allongées.
Sollicité, l'entourage des députés n'avait pas réagi à ces images au moment de publier ces lignes. Mais la séquence, elle, est lancée, et elle promet d'accompagner chacun des dix jours calédoniens de la délégation.
Entre une instruction qui se referme à Paris et des photos qui s'ouvrent sur les réseaux, le déplacement insoumis commence sous les meilleurs auspices. Pour la chronique, en tout cas.
Crédit photo Outre Mer la 1ère

