Province Nord : Néaoutyine se maintient grâce aux trois voix loyalistes

Le président sortant de la province Nord a été réélu ce vendredi 3 juillet à la tête de l'assemblée. Devancé dans les urnes le 28 juin par l'UC-FLNKS de Pascal Sawa, le patron de l'UNI ne doit son sixième mandat qu'aux trois élus non indépendantistes de Vanessa Wacapo. Dans le bastion historique de l'indépendantisme, ce sont les loyalistes qui ont fait le président.
Il fallait un basculement pour comprendre l'état réel du camp indépendantiste en 2026. Il a eu lieu ce vendredi matin, dans l'hémicycle de Koné. Paul Néaoutyine, 74 ans, président de la province Nord sans interruption depuis 1999, a été reconduit à la tête de l'institution. Douze voix sur vingt-deux, contre dix à Pascal Sawa, le candidat de l'UC-FLNKS. Une majorité arithmétique nette. Mais une majorité qui raconte tout le contraire d'un triomphe.
Une victoire construite sur une défaite électorale
Car dans les urnes, le 28 juin, ce n'est pas la liste de Paul Néaoutyine qui est arrivée en tête. C'est celle de Pascal Sawa. L'UC-FLNKS a rassemblé 39,93 % des suffrages et décroché dix sièges. L'UNI du président sortant a plafonné à 35,72 % et neuf élus, distancée d'environ mille voix. Autrement dit, l'homme qui préside la province depuis vingt-sept ans a perdu l'élection populaire, et conserve pourtant le perchoir.
Le tour de force tient en trois voix. Les trois sièges de la liste Loyalistes-Rassemblement « Agissons pour le Nord », portée par Vanessa Wacapo, se sont ajoutés aux neuf de l'UNI pour composer la majorité de douze. Sans ces trois bulletins non indépendantistes, Paul Néaoutyine ne serait pas président de la province Nord ce soir.
Le paradoxe d'une figure historique de l'indépendantisme
Il faut mesurer ce que cela signifie. Le fondateur du Palika, l'ancien président du FLNKS, le lieutenant de Jean-Marie Tjibaou pendant les Événements, l'homme qui a fait de la province Nord la vitrine institutionnelle de la revendication kanak, doit son maintien à trois élus qui refusent précisément le projet auquel il a consacré sa vie. Dans le fief où l'indépendantisme n'a jamais cédé une seule mandature depuis 1999, ce sont les loyalistes qui ont désigné le président.
Le précédent existe pourtant. En 2009 déjà, Paul Néaoutyine n'avait sauvé son fauteuil qu'au troisième tour et à la majorité relative, avec l'appoint d'une voix loyaliste, face à l'Union calédonienne de Gilbert Tyuienon. L'histoire bégaie, en pire : cette fois, il faut trois voix, et non plus une.
La vraie fracture n'est pas là où on la raconte
Voilà le point que la lecture nationale de ce scrutin s'obstine à ignorer. On nous a vendu, depuis Paris, l'idée d'une « poussée indépendantiste » sortie des provinciales du 28 juin. La réalité de terrain, dans le Nord, dit l'inverse. Le camp indépendantiste y est si divisé entre l'UC-FLNKS et l'UNI que ni l'un ni l'autre ne parvient à gouverner seul son propre bastion. Deux listes indépendantistes, incapables de s'entendre sur un nom, ont préféré chacune camper sur ses sièges plutôt que de bâtir une majorité commune.
Résultat : le camp qui revendique la souveraineté ne peut même pas s'accorder sur la présidence de la province qu'il domine numériquement. Et c'est une minorité loyaliste, trois élus sur vingt-deux, qui a fini par trancher. Sawa contre Néaoutyine, UC contre Palika : la ligne de fracture qui compte en Calédonie ne sépare pas seulement indépendantistes et loyalistes. Elle traverse désormais l'indépendantisme lui-même, à ciel ouvert.
Cinq ans sous perfusion loyaliste
Reste la question du lendemain. Une présidence obtenue grâce à trois voix qu'on a combattues toute sa vie n'est pas une présidence confortable. Paul Néaoutyine gouvernera la province Nord avec une majorité de circonstance, sur le fil, dépendante d'un bloc qui peut la lui retirer. Chaque budget, chaque orientation, chaque arbitrage sur le nickel et sur SOFINOR, dont la dette dépasse le millier de milliards, se négociera sous cette contrainte.
Le vieux lion de Poindimié a gagné une bataille de procédure. Il n'a pas effacé la défaite des urnes. Et il entame son sixième mandat en devant, chaque semaine, cette majorité à ceux dont il conteste jusqu'à l'existence politique. Dans le Nord aussi, désormais, on gouverne à crédit.

