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Demain, jour d'élection au Congrès, la télé publique sera en grève

9 juillet 2026 à 21:20
6 min de lecture
Demain, jour d'élection au Congrès, la télé publique sera en grève
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Il fallait y penser. Le jour où la Nouvelle-Calédonie élit le président de son Congrès, sa télévision publique pourrait ne pas être là pour le filmer.

C'est écrit dans le tract de l'intersyndicale : la grève de vendredi « pourra avoir des conséquences importantes sur les programmes, notamment sur la couverture de l'élection du Président du Congrès ». On a lu la phrase deux fois. Elle dit bien ce qu'elle dit.

Les grévistes, victimes et pensionnaires du même système

Qu'on s'entende : les grévistes de NC la 1ère ne sont pas les méchants de cette histoire. Leur tract serre le cœur : charge de travail « devenue insoutenable », « souffrance au travail qui ne cesse de s'aggraver », pratiques managériales dénoncées depuis des mois. Deux réunions de négociation. Deux. Et une direction qui « a fait le choix de ne pas apporter de réponses à la hauteur de la situation ». Cette souffrance-là, on la croit sur parole.

Mais on ne va pas non plus se raconter d'histoires. Ces salariés qui souffrent sont aussi les pensionnaires d'un système que personne d'autre, dans ce pays, ne connaîtra jamais : grilles de service public national, primes et statuts dont ne bénéficie aucun journaliste, aucun cadreur, aucun technicien du privé calédonien, à travail égal et souvent à audience supérieure. On peut être à la fois victime du management et bénéficiaire de la rente : c'est la définition exacte de ce système absurde, qui maltraite ses gens tout en les payant assez pour qu'ils ne partent pas. La grève de demain dit la première moitié de la vérité. Elle se garde bien de dire la seconde.

La colère doit donc viser le système entier : la souffrance en bas, la rente au milieu, les salaires de pacha en haut. Car ce qui craque à Nouméa craque parce que la maison mère, à Paris, est en train de couler. Et quand un paquebot prend l'eau, ce sont toujours les cabines du fond qu'on ferme en premier.

« Le Lehman Brothers de l'audiovisuel »

Cette maison mère, c'est France Télévisions, et il suffit de lire les rapports. Le député Charles Alloncle a passé six mois à la tête d'une commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public. Sa conclusion tient en une phrase : « France Télévisions est le Lehman Brothers de l'audiovisuel. » La banque trop grosse pour tomber, jusqu'au matin où elle est tombée.

Exagéré ? Plus de quatre milliards d'euros par an, c'est le coût de l'audiovisuel public. Et précisons : depuis la suppression de la redevance, cette somme sort de notre fiscalité. Ce n'est pas le contribuable calédonien qui paie La 1ère, c'est le contribuable métropolitain, qui finance à 17 000 kilomètres de chez lui une chaîne qu'il ne regardera jamais. Pour quel résultat ? Un quart de milliard de déficit accumulé, des capitaux propres fondus de moitié depuis 2017, plus d'impôt sur les sociétés depuis 2021. Et en 2023, des taux d'amortissement retouchés pour éviter le rouge : 24 millions d'embellissement comptable, raconte la Cour des comptes. La même qui a parlé de « salaires de pacha ».

400 000 euros en haut, la grève en bas

Le président de France Télévisions a touché en 2024 près de 400 000 euros, dont une prime de « performance » versée à 98,5 % de son maximum. Pendant que le sommet s'attribue la note de 98,5 sur 100, le bas de la pyramide fait grève pour ne plus souffrir en allant travailler. Voilà l'indécence, posée simplement.

Le rapport Alloncle chiffre le gâchis à un milliard d'euros d'économies possibles. On peut discuter ses remèdes ; son diagnostic, personne ne l'a renversé : cette maison dépense trop, compte mal, paie trop bien en haut et traite mal en bas.

La sortie existe, elle est écrite depuis 1999 : l'article 27

Or voici ce que presque personne ne dit. L'article 27 de la loi organique de 1999 liste les dernières compétences transférables à la Nouvelle-Calédonie. Dedans, noir sur blanc : la communication audiovisuelle. Une résolution du Congrès, une loi organique, et ce pays cesse de dépendre de l'ARCOM et de France Télévisions.

Concrètement ? La station calédonienne représente un train de vie estimé à plus de 3,5 milliards de francs CFP par an, payés par le contribuable métropolitain. Raison de plus pour ne pas les gaspiller. Aujourd'hui, ces milliards financent une chaîne unique, un monopole, une pensée. Transférée, la compétence permettrait d'employer la même enveloppe à bon escient : appels à projets, aides à la production locale, fréquences ouvertes. À budget égal, la pluralité au lieu du monopole. Qui pourrait honnêtement s'y opposer ?

Et des emplois : la filière audiovisuelle calédonienne est exsangue, plus de la moitié de sa ressource humaine a quitté le territoire depuis 2024. Un régulateur local et un fonds de soutien, c'est la seule chance sérieuse de la faire revenir.

Il n'y a pas de média « pays », et il faut le dire

Enfin, cela permettrait de solder un mensonge. Il n'y a pas de média « pays » en Nouvelle-Calédonie. Cela n'existe pas, et ce n'est pas grave. Il y a des médias de droite et des médias de gauche, qui assument leur regard devant des lecteurs qui choisissent en connaissance de cause. C'est cela, la pluralité. Le mensonge, c'est de faire croire qu'une chaîne unique représenterait les opinions de tous, quand son quotidien s'apparente à une ligne politique et idéologique qui ne dit pas son nom. Une opinion qui se présente comme une opinion est un point de vue. Une opinion qui se présente comme la neutralité est une propagande.

Demain, l'antenne se taira peut-être au moment précis où elle aurait servi à quelque chose. Retenez l'image : un service public à quatre milliards par an, incapable d'assurer le service le jour où le public en avait besoin.

Avec quel argent ?

Reste la question. Toujours la même, celle qu'on pose ici parce que personne d'autre ne la pose.

Tout cela, le déficit, les primes, les comptes retouchés, et maintenant l'écran noir un jour d'élection : avec quel argent ?

Celui du contribuable métropolitain, qui paie sans regarder, pour une chaîne qu'il ne regarde pas. Ce n'est pas une raison pour le jeter par les fenêtres. C'est une raison pour l'employer enfin à bon escient : la même enveloppe, pour des voix plurielles au lieu d'une voix unique. L'article 27 n'attend que ça. Le Congrès aussi, peut-être, à partir de demain.

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