Le Vanuatu veut arracher deux îles à la France

Le différend autour des îles Matthew et Hunter, longtemps cantonné à des échanges diplomatiques feutrés, prend aujourd’hui une tournure bien plus offensive. Le Vanuatu hausse le ton et acte une rupture claire avec la voie du dialogue bilatéral, ouvrant une séquence incertaine dans cette région stratégique du Pacifique Sud.
Une souveraineté française assumée face à une contestation persistante
Depuis plusieurs décennies, la France administre les îles Matthew et Hunter dans le cadre de la Nouvelle-Calédonie. Ces deux îlots inhabités, isolés mais stratégiques, confèrent à Paris et à la Nouvelle-Calédonie une zone économique exclusive (ZEE) estimée à 350 000 kilomètres carrés. Un atout géopolitique majeur dans une zone indo-pacifique de plus en plus convoitée.
Face à cela, le Vanuatu n’a jamais renoncé à ses revendications. Depuis son indépendance en 1980, Port-Vila affirme que ces terres faisaient historiquement partie des Nouvelles-Hébrides. Un argument ancré dans une lecture postcoloniale de l’histoire, mais contesté par la France sur les plans juridique et administratif.
Le désaccord remonte à l’époque du condominium anglo-français. Si les îles étaient alors souvent associées aux Nouvelles-Hébrides, la France les a ensuite intégrées à la Nouvelle-Calédonie avant l’indépendance du Vanuatu. Depuis, Paris maintient une position constante : aucune remise en cause de sa souveraineté n’est envisageable.
Rupture des négociations : le tournant stratégique de Port-Vila
Le vendredi 10 juillet marque un véritable point de bascule. Le vice-Premier ministre Johnny Koanapo a annoncé publiquement la fin des discussions bilatérales avec la France. Un choix assumé, qui traduit l’échec de deux cycles de négociations tendues engagées en 2025.
Dans une déclaration à ABC Radio Australia Pacific Beat, Johnny Koanapo a été explicite : le Vanuatu estime avoir épuisé toutes les voies diplomatiques. Il affirme que « ces deux îles appartenaient au Vanuatu avant l’arrivée des Européens », tout en reconnaissant l’absence de consensus avec Paris.
Plus encore, Port-Vila annonce désormais explorer des recours juridiques internationaux. Un changement de méthode qui vise à internationaliser le conflit et à contourner le blocage diplomatique. La question a déjà été portée devant l’Assemblée générale des Nations unies, signe d’une volonté d’élargir le rapport de force.
Ce durcissement intervient alors que les discussions prévues début 2025 avaient été reportées en raison des échéances électorales en Nouvelle-Calédonie. Un calendrier politique qui n’aura finalement pas permis de désamorcer les tensions.
Un enjeu stratégique majeur pour la présence française dans le Pacifique
Derrière ce différend territorial se cache un enjeu bien plus large : la place de la France dans le Pacifique. La maîtrise d’une vaste ZEE renforce la souveraineté maritime, l’accès aux ressources et l’influence régionale de Paris.
Dans ce contexte, la position du ministère des Affaires étrangères reste ferme. La France refuse toute remise en cause de sa souveraineté sur Matthew et Hunter.
La ligne est claire : il n’y aura pas de concession territoriale. Une posture assumée, cohérente avec la stratégie française dans l’Indo-Pacifique, où la souveraineté maritime constitue un pilier central.
Ce différend n’est pas nouveau. Dans les années 1980, le Vanuatu avait déjà tenté d’affirmer sa présence en envoyant des expéditions pour planter son drapeau sur les îles. Des initiatives rapidement contrées par les forces françaises, illustrant la détermination de Paris à défendre ses positions.
Depuis, malgré des relations globalement apaisées et une coopération en matière d’aide au développement, la question de Matthew et Hunter est restée un point de friction latent. L’annonce récente marque donc une escalade, avec un passage du dialogue à la confrontation juridique.
Aujourd’hui, le bras de fer entre la France et le Vanuatu entre dans une nouvelle phase : celle où le droit international, plus que la diplomatie classique, pourrait devenir le terrain principal de l’affrontement.
(Crédit photo : musée maritime de Nouvelle-Calédonie)

