Un territoire sous perfusion ? Les chiffres interpellent

L’archipel affiche une résistance économique réelle, mais ses fragilités structurelles restent visibles.
Entre dépendance publique, vieillissement démographique et coût de la vie élevé, Wallis-et-Futuna joue son avenir économique.
Une économie qui résiste malgré des fragilités profondes
Le dernier rapport annuel économique et financier de l’Institut d’émission d’Outre-mer (IEOM) dresse le portrait d’un territoire qui tient bon malgré des contraintes structurelles importantes. En 2025, l’économie de Wallis-et-Futuna reste globalement bien orientée, portée par la consommation des ménages, la progression de l’emploi privé et le maintien d’un niveau élevé d’investissement public.
Mais derrière ces indicateurs encourageants, le diagnostic rappelle une réalité connue : le modèle économique du territoire demeure largement dépendant de la puissance publique, avec un secteur privé encore limité et une démographie préoccupante.
L’IEOM souligne que la consommation continue de jouer un rôle moteur dans l’activité locale. Les importations de biens de consommation progressent ainsi fortement en 2025, atteignant 5 milliards de francs CFP, soit une hausse de 14,6 % sur un an.
Cette progression traduit une activité intérieure encore dynamique, mais aussi la dépendance du territoire aux approvisionnements extérieurs. À Wallis-et-Futuna, l’équilibre économique repose toujours largement sur les échanges avec l’extérieur, dans un contexte où les contraintes logistiques restent permanentes.
L’inflation, de son côté, demeure contenue sans disparaître. Elle atteint +2,8 % en moyenne en 2025, un niveau proche de celui enregistré en 2024 (+2,9 %). Toutefois, cette stabilité masque une pression importante sur certains postes essentiels.
Les prix alimentaires restent le principal facteur de hausse, avec une progression moyenne de +5,7 % sur l’année. Une situation particulièrement sensible dans un territoire insulaire où le coût du transport et l’éloignement géographique pèsent directement sur le pouvoir d’achat.
Face à cette réalité, le dispositif de lutte contre la vie chère reste un outil central. Le Bouclier Qualité-Prix (BQP), révisé en mars 2025, comprend désormais 88 produits de première nécessité, avec un panier plafonné à 114 780 francs CFP.
Cette politique publique vise à protéger les ménages, mais elle illustre également une difficulté persistante : celle d’une économie insulaire contrainte de compenser par des mécanismes publics les effets de son isolement géographique.
L’emploi privé progresse, mais le poids du secteur public demeure dominant
L’un des signaux positifs du rapport de l’IEOM concerne l’évolution de l’emploi salarié. En 2025, Wallis-et-Futuna compte 2 859 emplois salariés, contre 2 757 un an auparavant, soit une progression de +3,7 %.
Cette hausse est entièrement portée par le secteur privé, qui gagne 102 emplois supplémentaires. Une dynamique encourageante alors que le territoire cherche depuis plusieurs années à renforcer son tissu entrepreneurial.
Le secteur du commerce affiche notamment une progression significative avec +9 % d’emplois, atteignant 446 postes. Le BTP connaît également une hausse importante, avec +17,3 %, soit 22 emplois supplémentaires.
Pour autant, la structure du marché du travail reste très particulière. Le secteur public représente encore près de 63 % des emplois déclarés. L’administration, la santé et l’éducation demeurent les principaux employeurs du territoire.
Cette situation rappelle un enjeu majeur pour l’avenir économique de Wallis-et-Futuna : réussir à développer davantage d’activités privées capables de créer de la richesse et des emplois durables.
Le secteur du BTP illustre parfaitement cette dépendance. Malgré une progression de l’emploi, l’activité reste étroitement liée aux commandes publiques. Les importations de ciment reculent légèrement en 2025, tout comme certains matériaux destinés à la construction.
Cette évolution ne traduit pas un effondrement, mais plutôt un ralentissement après plusieurs années soutenues par d’importants investissements publics.
L’État continue néanmoins de jouer un rôle central. Le Contrat de convergence et de transformation 2024-2027, doté de 4,9 milliards de francs CFP, doit accompagner le développement des infrastructures, du social et de la transition durable.
En 2026, plusieurs grands chantiers devraient soutenir l’activité locale, notamment la reconstruction du bâtiment de l’Assemblée territoriale, la rénovation du lycée d’État, la piste de l’aéroport de Hihifo ou encore le futur hôpital de Kaleve à Futuna.
Ces investissements constituent un levier essentiel pour maintenir l’activité économique, mais ils rappellent aussi la nécessité de renforcer l’autonomie économique du territoire.
Une population en recul et des défis économiques à long terme
L’un des principaux points d’inquiétude du rapport concerne la démographie. Après un rebond exceptionnel en 2024 lié au mouvement de retour au pays après les émeutes en Nouvelle-Calédonie, le solde migratoire redevient négatif en 2025.
Le territoire enregistre ainsi 111 départs nets, confirmant une tendance lourde : le vieillissement de la population et le recul démographique représentent des défis majeurs pour l’avenir.
Cette évolution pèse directement sur la capacité du territoire à renouveler sa population active et à développer son économie. Comme plusieurs territoires ultramarins, Wallis-et-Futuna doit répondre à une équation complexe : maintenir ses services publics tout en créant suffisamment d’opportunités économiques pour retenir sa jeunesse.
Le secteur bancaire reflète également cette situation contrastée. Les actifs financiers progressent fortement en 2025 pour atteindre 9,3 milliards de francs CFP, mais l’encours de crédits reste marqué par la prudence des acteurs économiques.
À périmètre constant, les crédits aux entreprises reculent de 20,7 %, signe d’une certaine retenue dans les investissements privés.
Autre signal préoccupant : les difficultés financières des ménages progressent. Le nombre de personnes en interdiction bancaire augmente de 21 %, atteignant 522 personnes fin 2025. Les incidents de paiement par chèque progressent également fortement.
Dans ce contexte, le développement économique passe par plusieurs priorités : renforcer l’activité privée, améliorer la connectivité régionale et soutenir les secteurs créateurs de valeur.
L’accord de coopération signé avec les Fidji en novembre 2025 ouvre notamment des perspectives dans les domaines aérien, maritime, numérique, agricole et de la pêche.
Mais le territoire reste exposé aux risques extérieurs. La hausse possible des prix de l’énergie et les tensions internationales pourraient peser sur les coûts d’approvisionnement.
Le rapport annuel économique 2025 de l’IEOM livre donc un constat équilibré : Wallis-et-Futuna résiste, mais son modèle doit évoluer. La solidarité nationale demeure indispensable, mais la consolidation d’une économie locale plus autonome apparaît comme le principal défi des prochaines années.
(Crédit photo : iStock / Getty Images Plus)
