Collectivités : ça va mieux… mais jusqu’à quand ?

Deux années de dérapage, une accalmie relative… mais toujours pas de retour à l’équilibre.
Derrière les chiffres, une réalité s’impose : les collectivités restent sous pression malgré un léger mieux.
Une amélioration réelle mais encore insuffisante
La Cour des comptes a publié, le 9 juillet 2026, son rapport annuel sur la situation financière et la gestion des collectivités territoriales et de leurs établissements publics.
En 2025, le solde des collectivités territoriales affiche un déficit de -9,3 milliards d’euros, contre -12 milliards en 2024. Une amélioration nette, confirmée par le rapport publié le 9 juillet 2026 par la Cour des comptes. Mais il serait trompeur d’y voir un redressement durable : le niveau de déficit reste élevé, révélant une fragilité persistante des finances locales.
Cette évolution s’explique avant tout par une progression plus rapide des recettes que des dépenses. Les recettes augmentent de +2,3 %, tandis que les dépenses ne progressent que de +1,3 %. Autrement dit, les collectivités ont temporairement repris la main sur leurs équilibres budgétaires, sans pour autant sortir d’une logique de tension.
Dans un contexte où l’État cherche à rétablir ses propres comptes, les collectivités ont été mises à contribution. Et contrairement à certains discours victimaires, elles ont démontré une capacité d’adaptation. L’amélioration observée repose sur des choix de gestion concrets, mais aussi sur un contexte économique plus favorable.
Des recettes dopées par l’immobilier et des dépenses maîtrisées
Le principal moteur de cette embellie reste la hausse des recettes fiscales, notamment celles issues des droits de mutation à titre onéreux. Derrière ce terme technique se cachent les frais de notaire, directement liés au marché immobilier. En 2025, ces recettes progressent de 2,6 milliards d’euros, soit plus de la moitié de la hausse totale des produits de fonctionnement, qui atteint 5,9 milliards d’euros.
Cette dynamique s’explique par la reprise des transactions et par la hausse du taux appliqué, porté à 5 % dans la majorité des départements. Le levier fiscal local a donc joué à plein, preuve que les collectivités disposent encore de marges d’action lorsqu’elles les utilisent pleinement.
Dans le même temps, les dépenses ont ralenti, en particulier celles liées au fonctionnement. Les charges d’achats de biens et services atteignent 53 milliards d’euros, mais leur progression est contenue à +2,3 %, soit une hausse de 1,2 milliard d’euros. Ce ralentissement tranche avec les années précédentes, marquées par une explosion des coûts sous l’effet de l’inflation post-Covid et des conséquences de la guerre en Ukraine.
La maîtrise des dépenses n’est pas le fruit du hasard, mais bien d’un effort de gestion. Elle montre que les collectivités peuvent agir sur leurs charges, sans céder à la facilité de la dépense publique incontrôlée.
Un cadre jugé instable et des réformes attendues
Malgré cette amélioration, la Cour des comptes pointe un problème structurel majeur : l’absence de visibilité à long terme. Aujourd’hui, la contribution des collectivités au redressement des finances publiques est définie chaque année, au gré des lois de finances. Une méthode jugée inefficace et imprévisible, qui empêche toute stratégie durable.
Le rapport est clair : ce manque de programmation pluriannuelle prive les collectivités de la capacité à planifier leurs investissements et à optimiser leur fonctionnement. Autrement dit, on leur demande des efforts… sans leur donner de cap.
Les recommandations vont dans le sens d’une responsabilisation accrue. Il s’agit notamment de définir une trajectoire claire des dépenses, des recettes, du déficit et de l’endettement. La Cour suggère également de revoir certains dispositifs, comme le mécanisme de lissage conjoncturel des recettes fiscales, jugé perfectible.
L’objectif est simple : sortir d’une logique d’assistance pour aller vers une logique de responsabilité. Les collectivités doivent pouvoir faire face aux chocs économiques sans dépendre systématiquement de l’État. Cela passe par des outils de réserve plus efficaces et une refonte des dotations, notamment au sein de la dotation globale de fonctionnement.
Au fond, ce rapport envoie un message politique autant que budgétaire. Oui, la situation s’améliore. Mais non, tout n’est pas réglé. La France locale doit apprendre à gérer dans la durée, avec rigueur et lucidité. Car derrière les chiffres, c’est bien la crédibilité de la dépense publique qui est en jeu.
(Crédit photo ; La Nouvelle République)

