Aircal au bord du crash ?

Résumé IA
Le directeur général de l'Aviation civile, Chems Chkioua, a été reçu à Nouméa par le président du gouvernement Milakulo Tukumuli pour évoquer la crise d'Air Calédonie. Depuis le transfert de la compagnie à La Tontouta, des blocages persistent sur les aérodromes des îles Loyauté. Un schéma global de mobilité doit être présenté au Congrès.
Le patron de l'Aviation civile française a posé ses valises à Nouméa. Et le dossier Air Calédonie, lui, n'a toujours pas atterri.
Sept mois après le déménagement à La Tontouta, le gouvernement veut enfin remettre de l'ordre dans les transports calédoniens.
Une visite au sommet, en pleine tempête aérienne
Mardi 29 septembre, le président du gouvernement Milakulo Tukumuli a reçu Chems Chkioua, directeur général de l'Aviation civile. À ses côtés, Loïc Robin, qui dirige l'Aviation civile en Nouvelle-Calédonie (DAC-NC).
Le moment n'a rien d'anodin.
Depuis le 2 mars 2026, Air Calédonie a quitté l'aérodrome de Magenta pour l'aéroport international de La Tontouta, à Païta. Une décision prise pour une raison simple : la compagnie domestique était au bord du gouffre, et le pays n'a plus les moyens de financer deux plateformes. À la clé, 500 millions de francs d'économies par an.
Face à son visiteur venu de Paris, le chef de l'exécutif a martelé un message : la Nouvelle-Calédonie doit se doter d'un schéma global de mobilité adapté à ses contraintes. Pas une rustine. Une vision.
Les échanges ont aussi porté sur le rôle de la DAC-NC. Ce service mixte, à la fois du territoire et de l'État, gère et exploite les aérodromes de Lifou-Wanaham et de Koné. Il assure la régulation et la sécurité du trafic aérien. Il pilote enfin les travaux de construction et de gros entretien des infrastructures de La Tontouta, Koné, Lifou-Wanaham et Magenta.
Autrement dit, l'État reste au cœur du dispositif aérien calédonien. Et c'est une bonne nouvelle.
Sept mois de blocages, un pays pris en otage
Il faut rappeler les faits, sans détour.
Dès le jour du transfert, les aérodromes des îles Loyauté ont été bloqués par des collectifs coutumiers et d'usagers. Leur exigence n'a guère varié : le retour des vols à Magenta, sinon rien. La province des Îles avait réclamé un moratoire. Le gouvernement de l'époque avait tenu bon sur le calendrier.
Résultat ? Ce sont d'abord les habitants des îles eux-mêmes qui ont trinqué. Moins de liaisons, une économie locale asphyxiée, une compagnie dont la trésorerie fondait à vue d'œil.
Arrivé à la tête du 19e gouvernement, Milakulo Tukumuli a choisi le dialogue. Le 6 août, il s'est rendu à Lifou pour rencontrer les comités. Il leur a laissé un mois pour formuler leurs propositions dans le cadre du futur schéma de mobilité.
La réunion du 17 septembre, à Nouméa, n'a débouché sur rien de concret.
Une éclaircie tout de même : les vols ont repris sur Ouvéa le 10 septembre. Le président du gouvernement s'est engagé à maintenir au moins une rotation hebdomadaire pour les besoins économiques, sociaux et sanitaires de l'île, et à se rendre à Ouvéa avant le 4 octobre. Maré viendra ensuite, après le retour du grand chef Sinewami.
Sur la ligne à tenir, Milakulo Tukumuli n'a pas mâché ses mots. Il a mis en garde ceux qui croient qu'Aircal survivra quoi qu'il arrive : si le tribunal venait à liquider la compagnie, la question deviendrait simplement de savoir comment rejoindre les îles.
Le message est clair. Rouvrir les aérodromes n'est pas une option, c'est une nécessité.
Le schéma global de mobilité, chantier de vérité
C'est là que se joue l'essentiel.
Le gouvernement prépare un Schéma de mobilité et des transports, qui doit être présenté au Congrès dans les prochains mois. Un texte ambitieux. Aérien, maritime, terrestre : tout y passe.
Le chef de l'exécutif le dit lui-même, la vraie difficulté sera de le rendre finançable. Et de dépasser le faux débat Magenta contre Tontouta, pour s'attaquer aux déplacements de tous les Calédoniens, des Loyauté au Grand Nord, en passant par l'agglomération.
Il y a derrière tout cela un principe de bon sens : la Nouvelle-Calédonie doit reprendre la main sur sa compétence transport, trop longtemps éclatée entre le pays et les provinces.
Le Betico en est l'illustration. Selon Milakulo Tukumuli, ce n'est plus à la province des Îles de l'opérer. Un Betico 3 a été commandé à un chantier naval, et un texte propose que le pays apporte sa garantie à sa construction. Le transport terrestre, aujourd'hui délégué au SMTU, devrait lui aussi revenir dans le giron du pays.
Un point mérite d'être souligné : sur ce dossier, le président du gouvernement assure travailler de concert avec Mickaël Forrest, président de la province des Îles.
Reste l'épreuve des faits. Le schéma sera débattu au Congrès, qui aura le dernier mot sur la façon dont les Calédoniens circuleront demain dans leur propre pays.
Une chose est sûre : entre des finances publiques exsangues et une continuité territoriale à reconstruire, le temps des postures est terminé. Celui des responsabilités commence.
(Crédit photo : Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie)



