En mer comme sur le littoral, la vigilance citoyenne devient un acte de protection environnementale et de souveraineté maritime.
Face aux dérives d’une pêche industrielle mondialisée, la Nouvelle-Calédonie organise la riposte par la connaissance et la responsabilité.
DCP dérivants : une pollution importée qui menace nos lagons
Les dispositifs de concentration de poissons (DCP) sont des outils utilisés par la pêche industrielle thonière pour regrouper les espèces pélagiques, notamment le thon. Ancrés ou dérivants, ces équipements sont déployés par milliers dans le Pacifique, principalement dans la zone équatoriale.
Un DCP dérivant se compose généralement de trois éléments distincts :
– une structure flottante (radeau de bambous, flotteurs en plastique, tubes en PVC), souvent recouverte de filets, de toiles ou de bâches ;
– une bouée satellite, permettant à l’armateur de suivre le dispositif à distance ;
– une partie immergée, faite de cordages ou de filets pouvant descendre jusqu’à 50 mètres, destinée à attirer les poissons.
Poussés par les courants marins d’est en ouest, ces dispositifs parcourent parfois des milliers de kilomètres avant d’atteindre les eaux calédoniennes. Lorsqu’ils sont perdus ou abandonnés ce qui est fréquent ils deviennent une source majeure de pollution marine, provoquant la destruction des récifs coralliens, le piégeage de tortues marines, l’enchevêtrement d’espèces protégées et un danger réel pour la navigation.
Selon les données disponibles, plus de 40 000 DCP dérivants sont déployés chaque année dans le Pacifique occidental et central. Une part significative n’est jamais récupérée. Ce sont alors les territoires insulaires, pourtant extérieurs à cette pêche industrielle, qui en subissent les conséquences.
Un programme calédonien structuré pour défendre l’intérêt local
Consciente de l’enjeu environnemental, mais aussi stratégique, la Nouvelle-Calédonie a lancé en 2022 un programme territorial de collecte de données sur les DCP dérivants, avec l’appui de la Communauté du Pacifique (CPS). Ce programme est piloté par le Service du parc naturel de la mer de Corail et de la pêche (SPNMCP).
L’objectif est clair et assumé : documenter précisément un phénomène subi afin de défendre les intérêts calédoniens dans les enceintes internationales, notamment au sein de la Commission des pêches du Pacifique occidental et central (WCPFC).
Chaque signalement permet :
– la caractérisation des phénomènes de dérive et d’échouage ;
– l’évaluation de l’impact environnemental réel sur les milieux marins ;
– l’identification de l’origine géographique des dispositifs, majoritairement déployés hors du territoire.
Entre 2015 et 2024, 96 observations de DCP dérivants ont été recensées en Nouvelle-Calédonie, dont 65 depuis la mise en place du programme en 2022. Ces observations concernent l’ensemble du territoire : la Grande Terre, les îles Loyauté, le lagon, les mangroves, les récifs et le parc naturel de la mer de Corail.
La majorité des cas correspond à des échouages sur les plages (40,6 %), mais aussi à proximité de récifs coralliens (18,8 %) ou dans le lagon (10,4 %).
Ces données ne relèvent pas de l’idéologie, mais du factuel, et constituent un levier indispensable pour exiger une responsabilisation des acteurs industriels étrangers.
Signaler un DCP dérivant : un geste simple au service de la souveraineté maritime
Le SPNMCP et la CPS ont récemment édité une affiche officielle invitant les usagers de la mer plaisanciers, pêcheurs, plongeurs, riverains à signaler tout DCP dérivant observé en mer ou échoué sur le littoral.
En cas de découverte, il est demandé de relever, dans la mesure du possible :
– la nature de l’objet (DCP avec ou sans bouée satellite, bouée seule) ;
– le numéro d’identification de la bouée ;
– toute inscription visible ;
– la date et le lieu précis de l’observation ;
– tout impact environnemental ou animal constaté.
Ces informations alimentent une base de données locale et régionale, renforçant la crédibilité de la Nouvelle-Calédonie dans les discussions internationales. Elles ont déjà contribué à des avancées concrètes, comme l’interdiction d’intégrer des filets dans la structure des DCP, en vigueur depuis le 1er janvier 2024 dans le Pacifique Ouest et central, et depuis 2025 dans le Pacifique Est.
À l’échelle locale, certaines initiatives montrent qu’une gestion responsable est possible, notamment la réutilisation de composants (batteries, panneaux solaires) ou la réaffectation de bouées sur des DCP ancrés calédoniens, en lien avec la province Sud et le projet RECON de la CPS.
Signaler un DCP dérivant, ce n’est pas céder à l’alarmisme : c’est refuser que la Nouvelle-Calédonie serve de dépotoir maritime aux excès d’une pêche industrielle mondialisée.
C’est aussi un acte citoyen, au service de la protection de nos lagons, de notre biodiversité et de nos intérêts stratégiques.
Contact signalement DCP dérivant :
Service du parc naturel de la mer de Corail et de la pêche (SPNMCP)
Courriel : [email protected]
Téléphone : 27 06 64


















