L’invitation, signée par la direction de l’aéroport, a circulé ces derniers jours dans les boîtes mail de nombreux acteurs économiques et institutionnels. Date, lieu, dress code implicite : le mercredi 18 février à midi, dans le hall de l’aéroport international.
À l’ordre du jour : les vœux 2026 et « l’aube d’une nouvelle étape » avec l’arrivée prochaine d’Air Calédonie, en présence de la présidence et de la direction générale de la CCI-NC .
Rien d’illégal, évidemment. Mais un malaise évident sur le timing.
Un passé qui ne passe pas
Car à Tontouta, les cocktails officiels ont une histoire. L’extension de l’aéroport, inaugurée en grande pompe au début des années 2010, a laissé un souvenir durable : près de 12 milliards de francs CFP, des années de retard, des surcoûts assumés par les usagers, et une inauguration restée célèbre pour son faste.
Un rapport de la Chambre territoriale des comptes avait alors chiffré le coût de la seule soirée d’inauguration à près de 34 millions de francs CFP, soit environ 62 000 francs par invité, frais de réception et cadeaux compris.
Un symbole, déjà, d’un certain décalage entre la communication institutionnelle et la réalité vécue par les Calédoniens.
Depuis, les voyageurs ont vu les taxes aéroportuaires augmenter, contribuant à faire de Tontouta l’un des aéroports les plus chers de la région, pendant que les contentieux s’enchaînaient autour de la gestion du chantier.
Le contraste de 2026
Treize ans plus tard, le décor a changé. La Nouvelle-Calédonie traverse une crise économique et sociale profonde. Des internats et des cantines scolaires ferment, faute de financements. Des familles s’inquiètent pour la rentrée de leurs enfants. Des élèves devront faire plus de route, manger moins bien, ou renoncer à des solutions d’accueil jusque-là essentielles.
Dans le même temps, les habitants des îles, déjà pénalisés par la fermeture ou la réduction des liaisons à Magenta, doivent désormais transiter par Tontouta, avec les coûts et contraintes que cela implique.
C’est dans ce contexte qu’un chef d’entreprise, destinataire de l’invitation, résume le sentiment partagé par beaucoup :
Quelle honte. Et si on allait encore se goberger un peu… Toujours pour mettre en avant la présidence et la direction générale, avec l’argent de ressortissants calédoniens qui souffrent
Une question de symbole
Le sujet n’est pas le coût précis du cocktail.
Il est symbolique.
À l’heure où chaque dépense publique est scrutée, où l’on explique qu’il n’y a « plus d’argent » pour les cantines, les internats ou certaines politiques sociales, l’image d’un cocktail institutionnel à Tontouta passe mal. Très mal.
Car la question que posent aujourd’hui de nombreux Calédoniens est simple : qui trinque, et pour quoi ?
Dans un pays où l’on demande des efforts à tous, familles, élèves, salariés, entreprises, la moindre coupe levée dans un hall d’aéroport devient un message politique. Même quand ce n’est pas l’intention.
Et à Tontouta, l’histoire récente rappelle qu’en matière de réception officielle, le sens de la mesure n’est jamais un détail.

Cette séquence nous rappelle l’intervention de Jean-Jacques Brot en 2013, lors de l’inauguration du nouveau terminal de l’aéroport de Tontouta.


















