Quand certains élus préfèrent les slogans à la géographie, la réalité stratégique finit toujours par se rappeler à eux.
Dans le Pacifique, l’angélisme politique n’a jamais protégé un peuple, encore moins garanti sa liberté.
La souveraineté sur le papier, la dépendance dans les faits
Le discours du FLNKS se veut lyrique, décolonial et résolument tourné vers une Mélanésie « libre, solidaire et souveraine ».
Mais, à l’épreuve des faits, cette souveraineté tant vantée ressemble davantage à une illusion politique entretenue, voire à un mensonge stratégique servi à une base militante tenue à distance de la réalité.
Oui, les États de l’arc mélanésien sont juridiquement souverains.
Non, ils ne le sont pas économiquement ni stratégiquement.
Depuis plus de quinze ans, la Chine déploie méthodiquement une stratégie de contrôle indirect du Pacifique, fondée sur la géographie, l’endettement et l’influence politique.
Les îles ne sont pas de simples confettis exotiques : elles structurent des zones maritimes immenses, contrôlent des routes commerciales majeures et forment des corridors de projection militaire entre l’Asie, les Amériques, l’océan Indien et les pôles.
Celui qui contrôle les îles contrôle l’espace autour. Pékin l’a compris. Le FLNKS, manifestement non ou feint de l’ignorer.
Le Pacifique, clef stratégique mondiale que Pékin a su exploiter
Les États-Unis ont appris cette leçon dans le sang pendant la Seconde Guerre mondiale.
C’est précisément ce constat qui a conduit Washington à établir des accords de libre association avec les îles Marshall, les États fédérés de Micronésie et les Palaos.
Ce dispositif permet à l’armée américaine de sécuriser un corridor stratégique est-ouest, de Hawaï à Guam, jusqu’aux Mariannes du Nord, et de rejoindre sans entrave ses alliés du Pacifique occidental, notamment le Japon et les Philippines.
Cette architecture soutient la défense le long des première et deuxième chaînes d’îles, piliers de l’équilibre stratégique régional.
À l’inverse, après la guerre froide, les États-Unis ont réduit leur présence diplomatique dans le Pacifique, fermé des ambassades et délégué la gestion régionale à l’Australie et à la Nouvelle-Zélande.
Une brèche stratégique majeure, immédiatement exploitée par la Chine.
Pendant que certains militants parlaient d’autodétermination, Pékin frappait à toutes les portes.
Le soft power chinois : séduction, dette et alignement politique
La République populaire de Chine a dépensé près de 3 milliards de dollars d’aides et de prêts dans le Pacifique depuis 2008, selon plusieurs études concordantes.
Hôpitaux, ports, aéroports, routes, stades, bâtiments officiels : l’empreinte est partout.
Mais ce soft power n’a rien d’innocent.
Les chercheurs de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire résument la méthode ainsi :
La Chine séduit et subjugue, puis infiltre et contraint.
Les règles sont constantes et documentées :
– des prêts remboursables, rarement des dons ;
– des circuits opaques, hors FMI et Banque mondiale (50 % des prêts non déclarés selon le Kiel Institute) ;
– une économie circulaire fermée : banques, entreprises, matériaux et main-d’œuvre chinoises ;
– des clauses politiques implicites : non-reconnaissance de Taïwan, votes alignés à l’ONU, reprises d’actifs en cas d’insolvabilité.
Papouasie, Salomon, Vanuatu : l’exemple que le FLNKS refuse de voir
En Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Ramu Nickel Project, détenu majoritairement par la China Metallurgical Corporation, représente entre 1,4 et 2 milliards de dollars d’investissements.
À Port Moresby, Pékin a financé routes, stades, bâtiments publics, zones portuaires et un boulevard monumental de l’Indépendance.
Le Lowy Institute australien constate :
La Papouasie est passée rapidement sous la coupe des emprunts chinois.
Aux Samoa et aux Tonga, la dette chinoise atteint jusqu’à 50 % du PIB.
Aux îles Salomon, toutes les infrastructures des Jeux du Pacifique ont été financées par Pékin, tandis qu’un projet de bail de 75 ans sur l’île de Tulagi a suscité de vives inquiétudes stratégiques.
Au Vanuatu, la dette liée aux projets chinois dépasse 220 millions de dollars, au point que la CCECC y est surnommée par les habitants :
« China-China-Everywhere-China-China ».
Voilà la Mélanésie « souveraine » que le FLNKS cite en exemple.
FLNKS : aveuglement idéologique ou duplicité politique
Le communiqué du FLNKS, publié à Nouméa à l’issue des échanges avec l’Unité de projets du Groupe du fer de lance mélanésien (GFLM), dans le cadre de consultations stratégiques régionales, parle de coopération, d’autodétermination et de souveraineté.
Il ne dit rien de l’endettement.
Rien des dépendances.
Rien des rapports de force.
Soit les dirigeants du FLNKS ne comprennent pas la géopolitique du Pacifique, ce qui serait inquiétant.
Soit ils la comprennent parfaitement et mentent sciemment à leur base, ce qui serait grave.
Dans les deux cas, la Nouvelle-Calédonie mérite mieux que des slogans recyclés et des alliances à courte vue.
La souveraineté réelle ne se proclame pas : elle se défend, se finance et se sécurise.
Le Pacifique n’est pas un terrain militant. C’est un échiquier stratégique mondial.

















