En visite officielle à Canberra, Hilda Heine renforce les liens entre les Îles Marshall et l’Australie, sur fond de retrait américain et d’urgence climatique dans le Pacifique.
Une visite historique dans un contexte géopolitique bouleversé
La présidente de la République des Îles Marshall, Hilda Heine, a effectué début février une visite d’État en Australie, la première d’un chef d’État marshallais depuis plus de trente ans. À Canberra, elle a rencontré le Premier ministre Anthony Albanese ainsi que plusieurs membres clés du gouvernement australien, dont la ministre des Affaires étrangères Penny Wong.
Cette visite intervient à un moment charnière pour Majuro. Les États-Unis, partenaire historique des Îles Marshall, ont récemment retiré leur ambassadeur du pays et confirmé leur sortie de plusieurs cadres multilatéraux majeurs, notamment les accords climatiques internationaux. Pour un État-atoll directement menacé par la montée des eaux, le signal est lourd de conséquences.
Climat et diplomatie : l’Australie en première ligne
Au cœur des échanges à Canberra, la crise climatique et le financement de l’adaptation ont occupé une place centrale. Le gouvernement australien a réaffirmé son soutien au Resilience and Adaptation Trust Fund des Îles Marshall et annoncé une aide renforcée à Women United Together Marshall Islands, organisation majeure de défense des droits des femmes à Majuro.
La discussion a également porté sur la préparation du prochain Forum des îles du Pacifique, qui se tiendra cette année en Palau, et sur les perspectives d’une réunion régionale préalable à la COP, organisée dans le Pacifique avant la conférence climatique mondiale prévue à Antalya, en Turquie.
Cette dynamique contraste avec le désengagement américain. Après s’être retiré de l’Accord de Paris, Washington a annoncé sa sortie de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (UNFCCC), laissant les Îles Marshall sans l’appui du principal émetteur historique qui fut longtemps leur garant stratégique.
Le Pacifique nord, nouvel enjeu stratégique
Au-delà du climat, la visite de Hilda Heine illustre une recomposition géopolitique plus large. Longtemps marginale dans les relations australiennes, la Micronésie gagne en importance stratégique, alors que les États-Unis renforcent leur dispositif militaire à Hawaii et Guam, tout en développant de nouvelles infrastructures dans la région.
Les Îles Marshall restent un maillon clé de la stratégie américaine en Asie-Pacifique, notamment avec la base de tests balistiques de Kwajalein Atoll. Mais Majuro cherche désormais à diversifier ses partenariats, alors que l’incertitude politique à Washington fragilise les engagements financiers et diplomatiques pris dans le cadre du Compact of Free Association.
À la recherche de nouveaux partenaires
Dans ce contexte, la présidente Heine assume un tournant diplomatique. Si les liens avec les États-Unis demeurent essentiels, notamment pour la diaspora marshallese et les flux financiers, l’ouverture vers l’Australie traduit une volonté claire : ne plus dépendre d’un seul allié.
Les Îles Marshall, qui font partie des rares États du Pacifique à maintenir des relations diplomatiques avec Taïwan, sont également au cœur des rivalités d’influence entre Washington, Canberra et Pékin. Le recentrage australien est donc observé de près, tant pour ses implications climatiques que stratégiques.
Un message politique clair
En se rendant à Canberra après plus de trois décennies sans visite présidentielle, Hilda Heine a adressé un message sans ambiguïté. Aux États-Unis, elle rappelle que l’alliance ne peut être tenue pour acquise. À l’Australie, elle souligne l’attente croissante des États insulaires du Pacifique, confrontés à l’urgence climatique et à l’effritement des cadres multilatéraux.
Alors que de nombreux pays occidentaux réduisent leur aide au développement, les Îles Marshall regardent résolument vers le sud. Pour Canberra, cette visite marque aussi un test : celui de sa capacité à s’imposer comme acteur central et crédible dans un Pacifique en pleine recomposition.

















