La dépense publique n’est pas une abstraction comptable : c’est un choix politique, assumé et mesurable.
En 2024, l’État-providence confirme sa trajectoire, entre retraites sous tension, santé inflationniste et arbitrages budgétaires de plus en plus contraints.
Une dépense publique à 57 % du PIB : l’État au maximum de sa voilure
En 2024, les dépenses publiques atteignent 1 672 milliards d’euros, en hausse de 4,0 %, soit davantage que la croissance du PIB en valeur (+3,3 %). Leur poids reste figé à un niveau historiquement élevé : 57 % du PIB, identique à 2023.
Ce niveau place la France parmi les pays les plus dépensiers du monde développé, loin devant la moyenne européenne. Contrairement au discours politique dominant, cette hausse n’est ni marginale ni transitoire : hors soutien exceptionnel à l’énergie, toutes les grandes fonctions progressent.
L’Insee identifie un facteur transversal : l’inflation. Revalorisation du point d’indice des fonctionnaires, indexation automatique des prestations sociales, hausse des coûts d’achat des administrations : la mécanique publique amplifie la hausse des prix au lieu de l’absorber.
Retraites et protection sociale : le cœur du réacteur budgétaire
La protection sociale demeure le premier poste de dépense, avec 693 milliards d’euros, soit 41 % de la dépense publique totale. En 2024, elle augmente de 35 milliards d’euros (+5,3 %), essentiellement sous l’effet des revalorisations automatiques des retraites.
Les pensions de retraite progressent à elles seules de 23 milliards d’euros, tirées par :
-
une revalorisation de 5,3 % des pensions de base en janvier 2024 ;
-
l’effet en année pleine des hausses des retraites complémentaires décidées fin 2023.
Sur dix ans, le constat est implacable : +165 milliards d’euros de dépenses de protection sociale, sans réforme structurelle de fond. Certes, sa part dans le PIB recule légèrement (-0,8 point), mais uniquement parce que la richesse nationale a progressé, et non parce que la dépense a été maîtrisée.
À cela s’ajoutent :
-
+6 milliards d’euros pour les dispositifs liés à l’invalidité, au handicap et à la perte d’autonomie ;
-
+3 milliards d’euros pour le chômage et la formation, malgré les premiers effets restrictifs de la réforme de l’assurance chômage.
Nous sommes face à un modèle clair : la solidarité automatique prime sur la responsabilité budgétaire, quelles que soient les contraintes financières.
Santé, dette et défense : les autres moteurs de la hausse
Deuxième poste de dépense, la santé atteint 261 milliards d’euros, soit 16 % de la dépense publique. En 2024, elle progresse de 11 milliards d’euros (+4,6 %), portée par :
-
la hausse des rémunérations hospitalières ;
-
l’augmentation des volumes de soins ;
-
le coût croissant des médicaments innovants.
Contrairement aux promesses politiques post-Covid, la dépense sanitaire ne redescend pas. La crise a laissé une empreinte durable dans les comptes publics, sans contrepartie structurelle en termes d’efficience.
Autre signal d’alerte majeur : la charge de la dette, qui bondit de 7 milliards d’euros en un an pour atteindre 60 milliards d’euros. Cette dépense, totalement improductive, est quasi exclusivement supportée par l’État, conséquence directe de la remontée des taux et de l’accumulation des déficits.
Enfin, la défense, souvent caricaturée comme un gouffre budgétaire, représente 54 milliards d’euros, soit 1,9 % du PIB. Sa hausse (+3 milliards d’euros) s’inscrit dans le cadre assumé de la loi de programmation militaire, dans un contexte de réarmement stratégique et de menaces internationales accrues.
Une dépense publique massive, des arbitrages évités
Les chiffres de l’Insee sont clairs : la France ne souffre pas d’un manque de recettes, mais d’un excès structurel de dépenses contraintes. Retraites indexées, santé inflationniste, dette hors de contrôle : l’argent public est absorbé avant même tout débat politique.
La quasi-disparition des dépenses de soutien à l’énergie (-12 milliards d’euros) n’a pas suffi à inverser la tendance. Elle a seulement masqué temporairement la dynamique profonde d’un État social hypertrophié.
En 2024, l’usage de l’argent public confirme une réalité dérangeante : la dépense augmente par inertie, sans réforme systémique, tandis que la pression fiscale demeure à des niveaux records. Un modèle que les chiffres décrivent sans détour et que le débat politique continue d’esquiver.


















