J’ai regardé les infos.
Je n’ai pas cherché à comprendre.
Ça a commencé par du lait infantile rappelé.
J’ai pensé aux parents.
J’ai pensé aux notices.
J’ai pensé aux lots à vérifier.
J’ai surtout pensé au stress à 3 h du matin.
Après, on m’a parlé d’un jeune Calédonien noyé dans la Seine.
J’ai entendu le mot procès.
J’ai entendu le mot alcool.
J’ai entendu le mot amnésie.
J’ai surtout entendu le silence autour du pourquoi.
J’ai compris qu’on ne saurait jamais.
J’ai compris que mourir pour rien, ça existe vraiment.
Ensuite, on m’a dit que, sur une plage, c’était une mort naturelle.
Un malaise.
Une pathologie.
Pas de violence.
J’ai soufflé.
Puis j’ai culpabilisé d’avoir soufflé.
Après ça, j’ai vu des étudiants faire la queue pour des vêtements à 200 francs.
Ils souriaient.
Ils parlaient de solidarité.
Ils parlaient de budget de rentrée.
Moi, j’ai pensé au mot précarité.
Eux aussi, mais plus doucement.
Puis on m’a expliqué que 94 % des gens voulaient interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans.
J’ai hoché la tête.
J’ai pensé aux écrans.
J’ai pensé aux parents.
J’ai pensé aux parents sur leurs écrans.
Après, il y avait des entrepreneurs.
Des gens qui poncent du bois.
Des gens qui vendent de la vanille.
Des gens qui disent : « on se relève ».
J’ai voulu y croire.
Eux aussi, visiblement.
Puis Lifou.
Des entreprises qui ferment.
Des charges qui restent.
Des salariés qui partent.
Des gens qui disent : « c’est la fin d’un cycle ».
Comme si ça rendait la chose plus digeste.
Après, des femmes qui tiennent des communes.
Des associations sans argent.
Des idées plein les poches.
Des subventions vides.
Ensuite, du miel.
Des médailles.
De l’or.
Un moment où tout allait bien.
J’ai souri.
Ça n’a pas duré.
Et pour finir, du sport.
Des jeunes qui partent représenter le pays.
Ils parlent de discipline.
Ils parlent d’efforts.
Ils parlent d’avenir.
J’ai éteint la télé.
J’ai réalisé que tout était vrai.
Tout était grave.
Tout était normal.
Et que demain, ça recommencerait.
Bref.


















