GAUCHOVERSE. Les pontes insoumis ne sont pas les seuls à s’étrangler après que Beauvau les a étiquetés à l’extrême gauche. De Lutte ouvrière à Révolution permanente, on crie au scandale pour se démarquer d’une formation trop « institutionnelle », presque « socialiste ». L’insulte !

C’est l’histoire d’un camembert qui dit au roquefort : « Tu ne pues pas assez ! » Depuis ce mercredi 4 février, La France insoumise est officiellement classée à l’extrême gauche en vertu d’une circulaire du ministère de l’Intérieur en vue des élections municipales des 15 et 22 mars. Si le parti ne cesse d’aller plus loin dans la course à la radicalité, ses représentants n’ont pas tardé à faire part de leur mécontentement. À commencer par Jean-Luc Mélenchon.
« Depuis quand Laurent Nuñez décide de ce type de changement ? Pour satisfaire quelle demande et de qui ? Pourquoi maintenant ? » a fustigé le tribun, allant jusqu’à parler de « République bananière » dans une diatribe – pleine de sous-entendus – sur X. Son bras droit Manuel Bompard a pour sa part dénoncé une « magouille » et le député du Nord, Ugo Bernalicis, « un acte politique assumé de déstabilisation ».
« Gérer » ou « renverser » le capitalisme ?
Mais la formation d’extrême gauche – on peut désormais l’affirmer ! – n’est pas la seule à pousser des cris d’orfraie : cette nouvelle étiquette fait voir rouge jusqu’au sein des partis trotskistes traditionnels. « On ne voudrait pour rien au monde être mélangés avec la gauche. LFI s’indigne de ne pas l’être. Et en effet, cela recouvre deux options politiques incompatibles. Celle de LFI, gérer le capitalisme. La nôtre, le renverser », a souhaité clarifier Nathalie Arthaud, porte-parole de Lutte ouvrière et triple candidate à la présidentielle. De quoi donner lieu à une guerre picrocholine dont seule la gauche de la gauche a le secret.
« Je pense que nous sommes anticapitalistes avec une stratégie d’inversement de la domination : au lieu de voir notre monde soumis au capitalisme, nous voulons soumettre le capitalisme, le marginaliser et placer au-dessus les peuples et les communs », s’est empressée de lui répondre Sophia Chikirou, députée et candidate LFI aux municipales à Paris. Avant de développer, sur un ton passif-agressif : « Nous défendons aussi la souveraineté économique, ce qui suppose d’affronter la finance internationale. Vous avez raison, sinon, nous ne sommes pas d’extrême gauche mais nous apprécions le rôle de l’extrême gauche dans la vie politique et dans les luttes 😉 »
Plus à gauche encore sur l’échiquier politique, le mouvement Révolution permanente, né d’une scission avec le Nouveau parti anticapitaliste, lui-même scindé en deux micro-formations (le NPA – L’Anticapitaliste et le NPA – Révolutionnaires), a également commenté la circulaire de Beauvau. « Le fait d’être classé à l’extrême gauche n’a évidemment rien d’infamant. Cependant, la réaction de La France insoumise est parfaitement légitime. Pour le régime, ce changement de l’étiquette du mouvement de Jean-Luc Mélenchon constitue en effet une énième tentative de diaboliser une force d’opposition de la gauche institutionnelle, en l’assimilant à des organisations qui se revendiquent d’une autre stratégie qu’elle », peut-on lire dans une élucubration publiée sur le site de la formation fondée par l’ancien syndicaliste cheminot Anasse Kazib.
Un trotskiste, c’est un parti. Deux trotskistes, c’est une tendance. Trois trotskistes, c’est une scission
Cette politique serait « d’autant plus scandaleuse que LFI n’a de cesse de démontrer ces dernières années que sa perspective est strictement institutionnelle, en nouant même des alliances avec des forces aussi intégrées au régime que le Parti socialiste ». Les militants de Révolution permanente, sans doute trop occupés à enflammer les piquets de grève, ont dû passer à côté de la nouvelle stratégie du parti mélenchoniste qui s’efforce, ces derniers mois, de tirer à boulets rouges sur ses anciens alliés du Nouveau Front populaire et d’incendier l’Assemblée nationale par son obstruction parlementaire, ses cris et ses polémiques sans fin. Cette guéguerre remet, là est son seul mérite, au goût du jour une plaisanterie vieille comme l’URSS : « Un trotskiste, c’est un parti. Deux trotskistes, c’est une tendance. Trois trotskistes, c’est une scission. »
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